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Full text of "Œuvres de Monsieur de Montesquieu"

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Go ogle 



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(r-'r-i^E^r-T^-. ― f-^ 个—, 



(EUVRES 

CMPLfiTES 

D E 

M- DE MONTESQUIEU^ 

TOM IV. 

Conteaant la fuitt dc tEfprlt da Loi^ 



E L'E SP RIT 

D E S 

L O I; 



D E 



L' E S P R I T 
D E S LOIS. 



NO U VELL£ EDITION; 
JUrm , PHtigh , & tonJidirabUmmt 



asssss=as=s=a==s=ssssasaaei 
TOME QUATRIEME. 

; i • « Pnkm fini matn crmanu 



AUX DEUX-PONT$i 
Crez Sanson et CoMPAGNifc 

**"*^?*"*^^T7"rfcrfv» TWiriv ^^^^^^^ 





L' E S P R I T 
DBS LOIS. 

NO U V ELLE EDITION, 

Rtrm , €&mgit , 5* tonfiMrablmmt 
ax^mniU par tAutatr. 



TOME QUATRIEME. 
" • « Pfokm fini 

Oyiow 



AUX DEUX-PONTS^ 

Crez Sanson et CoMPAGNit; 

一 



D E L,E S P R I T 



D E S 



L O I S. 



Tmt IV, 、 




D E 

L, E S P R I T 

力 JEL S 工 O X S. 
L I V R E XXIX- 

Dc la manierc dc compofir Us lois. 

CHAPITRE PREMIER, 

- Ih. r^/prit du li^fflamu 

J£ le dis., & il me (emble que je n'ai fait 
cet ouvrage que pour le prouver : refprit de 
moderation doit etre cdui dtf legiflateur ; le 
fcien politique , comme le bien moral , fe 
trouve toujours entre deux limites. £n voici m 
exemple. * 

Les fofmalit& de la juflice font neceHaires a 
la liberte. Mais le nombre en pourroit ^tre fi 
grand , qui! choqueroit le but des lois memes 

A % 



4 De L'EsPRsir DEs Lois, 

qui les auroient ^tablies : les affaires n'auroient 
point de fin ; la propriety des biens refteroit in- 
certaine ; on donneroit a Fune des parties le bie 鼷 
de I'autre fans examen , ou on les ruineroit tou- 
tes les deux a force d*examiner. 

Les citoyens perdreient leur liberty & leur 
Surcte ; les accufateurs n'auroiejit plus les moyens 
de convaincre , ni les slqcuOs le mo^en de fe 
jufKfer. • 



C H A P I T R E U. 

Continuatton in mmc fujet. 

Cechius , ds^ns Aukgelk ,, difcottrant fur 
la loi des douze tables , qui permettoit au 
cr^ancier de couper en morceaux le debiteur in- 
folvable , la jufline par fon atrocit^ mSme qui 
^mpecKoit [^] qu'on n'empruntSt au - dela de 
fes facultes. Les lois les plus cruelles feront done 
les iTi^illeures ? Le bien (era Fexqbf 8c tou4 }es 
rapports des chqfe^ feront ditruits ? 



(fl)Livre XX, chap. i. 

(i) Cecilius dit i-u'il o'a jamais vu ni lu que c^tte 
peine edt ^te infllg^e ; mais il y a apparence (^u'elfe 
n'a jamais 豸 ^tablre, L'opinion de quelqucs jurif* 
confultes , ({ue la loi des douze tables ne pa«loit qu« 
de la division du prix du vendu * eft tr^ vui, 



Liv. XXIX. Chap. Ill 



CHAPITRE III, 

Que Us bis qui parpiffent sUloigner des vuei du 
kgijldteur , y font fouvcht conforms. 

A loi de Solon, qui d^clar^it infames toui 
teuz qui , dans une fedition , ne prendroierit 
aucun parti , a paru bien extraordinaire : mais il 
faut faire attention aux circonflances dans lef- 
quelles la Grece fe trouvoit pour ]e>rs. Elle ^tott 
partagee en de txhs petits ^tats : il ^toit a crain** 
ore que , dans une republique travaillie par de$ 
diffentions civile$ , les gens les plus prudens ne 
fe mi'ffent a couvert, &que par-Ik les chofes ne 
fuflent port^es a I'extriinit^. 

Dans Jes feditions qui arrivoient dans cH 
petits ^tats , le gros de k cit^ entroit dans la 
querelle , ou la faifoit. Dans nos grandes mo* 
narchies , les partis font formes par peu de gens , 
& le peuple voudroit vivre dans I'ina^iion. Dans 
ce cas, il eA naturel de rappeller les f^ditieux 
au gros 4es citoyens , non pas le gros des ci- 
toyens aux fi^ditieux : dans Paotre > il faut faire 
、 rentrer le petit ilpmbre de gens fages & tran 一 
quilles parmi les fWitieux : c'eft ^infi que la fer' 
mentation dune liqueur peut etre arret«e par 
une feule goutte d'une autre. 



A 



6 Dje l'EsIprit bes Lois 



CHAPITRE IV. 

D" lots qui choquent Us vues du legijlateun 

$L y a des lois que le legiilateur a fi peti con- 
cues, qu'elles font contraires au but mime qu'il 
s'eft propofe. Ceux qui ont etabli chez les Fran- 
cois que , lorfqu'un des deux prdtendans a un 
ben^dce., meurt, le benefice refte a celui quf 
furvit , ont cTiercW fans doute a eteindre les a" 
faires ; mais il en refulte un effet contraire ; on 
▼ort les eccUfiafiiques s'attaquer & fe battre 
nomine des dogues Anglois ju(qu*a la mort. 



. CHAPITRE V. 
Continuation du mcmi fujet, 

X^A loi dont )e vais parler fe trouvc dans ce 
ferment , qui nous a eie conferv^ par Ejch'mes (tf>. 
ff Je jure que ]e ne detruirai jamais une vilfe 
,, dev Amphi6llons , & que je ne d^tournerai 
» point fes eaux courantes ; fi quelqu€ pcuple 
» ofe faire quelqae chofe de pareil, je lui dd- 
» clarerai la guerre , & je detruirai fes villes "• 
Le dernier article de cette loi , qui paroit con- 
£i mer le premier , lui eft reellement contraire^ 



(tf) De faisd legation" 



Liv. XXIX. Chap. V. f 
Ampki&on veut qu\>h ne d^uife jaoijus le, 
Villes Grecques ; & fa loi ouvre la porte ^ la 
deilru^on ces vilies. Pour ^tablir un bon 
droit des eens parmi les' Grecs , il failoit les ac* 
coutumer a penfer que c'etoit une choie atroce 
de d^truire une vilk Grecquc ; il ne devoit done 
pas d^truire m^me les de(lru%ui%. La^loi ^Am* 
phiS&on kxott jufte, mais ^lle n'etoit pas pru«* 
dente ; cela fe prouve par I'abus mSme que I'oil 
cn fit. Philippe ne fe fit-il pas donner le pqu- 
voirxle d^truire les villes , fous pr^texte qu'ellcs 
avoient viol^ les lois des Grecs ? Anwhi^on au-« 
Toit pu infliger d'autres peines : ordonner, par 
exemple , qu'un certain nombre de magiftrats de 
la ville deftru^rice , ou de chefs de Parmce vio-* 
latrice , feroient j>uni$ de mort; que le peuple 
^eflrufteur cafferoit pour un temps de }ouir aes 
privileges des Grecs ; qu'il payeroit line amende 
jfifqu'au retabliffement de la ville* La loi devoit 
furtout porter fur la reparation du dommage. # 



C H A F I T R E VI. 

Que Us lois qui paroljfent Us memes^ nont pas 
toujQurs U mem effct. 

Cesar d^fendit {a) de garder chez foi plus de 
foixante feilerces. Cette loi fut regard6e a Rome 
comme tth% propre a concilier les dibiteurs avec 
les cr^anciers; parce quen obligeanc les riches a 



{a) Dion, XLI. 



A4 




Di l'Esprit DCS Low 



priter aux pauvres , elle mettok ceux-c! cir <tat 
de fatisfaire les riches. Une mSme loi faite en 
France , du temps da {yftSme , fut tr^ funefte r 
c*eft que la circonAance dans laquelleon la fit , 
^oit aAVeufe. Apr^ avoir M tons les moyens 
de placer fon argent , on dta •meme la reifeurce 
de ie gafdA chei foi ; ce qui ^tort ^gal k m 
enlevement fait par violence. Cifar fit fa loi |[>our 

Sue Tatgent circulat par mi le peiiple;.le miniftre 
e France fit la fienne pout que I'argent fftt 
flais dans une feule main. Le premier donna pour 
cie I'argent des -fonds de terre,ou des hypothe- 

Sues fur des particullers; le fecond propofa pour 
e rargent des effets qut n'avoient point de va- 
lear, & qui n'en pouvoient avpir par leur na- 
ture, par la raifon que fa loi obligeoit de k& 
prendre* 



• C H A P I T R E VII, 

Contirtuatian du meme fu^et, NcctJJki dt hltn tmf^ 
fojtr hs lois^ 

La loi de foftracifme fut ^tablie \ Athenes/^ 
Argos & a Syracufe. A Syracufe , elle fit 
snille maux , parce qu*elle fut fake fans prudence* 
Les principaux citoyens fc hannifToient les lais 
les autres , on fe mettant unt few lie de figuier \ 
la main (b) ; de forte que ceux qui avoient quel- 
que mirite ^ quUtepent les affaires* A Athenes^ 



fa) Ariftote, r^piiblique , liv. V « chap. UU 
\b) Fltuarqut^ vie de Deoys^^ 



L IV. XXIX. Crap. VIL 9 
oil k Ugiilateur avoit fenti I'extenfion & 】es 
boraes qu'il devoh dormer k fa ioi , foflradfine 
fut une choTe admirable : on n'jr foumettott 
iamais qu'ufte feule perfonne ; il falloit cn fi 
grand nombre de fufirages , au'il ^toit difficile 
qu'on exilit quelqu'un dont I'aUeflce ne fik pas 
n^ceflaire. 

On ne pouvoit banntr que tous les cinq ans , 
en effet , des que reftracifme ne devoit s'exercer 
que contre un grand perfonnage , qui donneroit 
de la crainte a (es concitoyeiu , ce ne devoit pas 
£tre une affiiire de tous les jours. 



C H A P I T R E VIII. 

Que la his qui paroijfint ks mimes , nont fas 
toujours aijc mem motif. 

C^N revolt en France la plupart des lois des 
Romains fur les fubffitattons ; mais les Aibflitu- 
tions y ont tout un autre motif que chei les 
Romains. Chez ceux-ci , iointe i 

de certains Sacrifices (力 qui devoient Itre faits 
par rWritier , & qui etoient regies par le droit 
des pontifes : cela fit qu*ils tinrent a d^shonneur 
de mourir fans heritier , qu'ils prirent pour he* 
riders leurs efclavcs , & qu'iljs inventerent les 
fubflitutions. La fubflitutton vulgaire , qui fut la 



' (a) Lorfque l,h 壬" dit 豸 ^toit trop charg^e , on ^Ki- 
doit I« droit des pontifes par de c«rtain€S ventes ; 
y'ukt 1^ mot fint facru htndUau 



fo De l'Esprit des Lois; 
premiere inventee , & qui n'avoit lieu que dans 
le cas oil rh^ritier inftitu^ n'accepteroit pas I'h^- 
redite , en eft une grande pfeuve ; elle n*avoit 
point pour objet de perpctuer Fheritage dans une 
famille du mime nom, mais de trouver quelr 
qu'un qui acceptat rheritage. 



C H A P I T R E IX. 

Que Us lois Grec^ues & Romain" ont puru 
t homicide de joi- mime ^ fans avoir U menu 
華 tif. 

homme , dit Platon (^) , qui a tui§ celui 
qui lui eft etroitement li^ , c'eu-a-dire lui-meme, 
non par ordre du maglflrat, ni pour iviter 
rignominie , mais par foibleffe , fera puni. La 
hi Romaine punilToit cette adiion Iprfqu'elle 
n'avoit pas dt6, faite par foiblefle d*ame, par^ 
ennui de la vie, par impuiffance de fouffrir la. 
douleur , mais par le defefpoir de quelque cri- 
me. La loi Romaine abfolvoit dans le cas ou la 
Grecque condamnoit , & coudamnoit dans le 
cas ou I'autre abfolvoit. 

La loi de Platon 6toft form^e fur les inftihi* 
tions Lacedemoniennes , oil les ordres du ma« 
giftrat etoient totalement abfolus, oil rignomi- 
nie ^toit le plus grand des malheurs , & la foi- 
bleile le plus grand des crimes. La loi Romaine 
abandonnoit toutes ces belles idees ; elle n*6toit 
qu*une loi Hfcale. 



(a) Livre IX des lois. 



tlV. XXIX. CHAP. IX. II 

. Du temps de la r^publique, il n*y avoit point 
de loi h Rome qui punit ceux fe tuoient eux- 
inemestcette aaion , chez les hiftoriens , eft tou- 
)ours prife en bonne part , & Von n'y voit ja- 
mais de punition centre ceux qui font faite. 

Ou temps des premiers Empereurs , les gran- 
ges familjes de Rome furent fans cefl*e exter- 
minees par des jugemens. La coutume s'intro- 
duifit de prevenir la condamnation par une mort 
volontaire. On y trouvoit un grand avantage. 
On obtenoit I'honneur de la fepulture {h) , ic 
les teflamens etoient executes ; cela venoit de 
ce qu'il ny avoit point de loi civile a Rome 
centre ceux qui fe tuoient eux^memcs. Mais 
lorfque les Empereurs devinrent auffi avares 
qu'ils avoient M cruels , ils ne laifferent plus i 
ceux dont ils vouloient fe di^faire )e moyen de 
conferver leurs biens ; & ils d^clarerent que ce 
feroit un criixle de s'oter la vie par ks remord» 
d*un autre crime. : 

Ce que je dis dii mottf des Emperieurs efl 
vrai , qu'ils confentirent que les biops de ceux 
{c) qui fe feroient tue*: eux - memes ne fuHent 
pas confifqueSflorrcjue le cume pour lequel ils 
s'etoient tuis n'affujcttiffoit point a la confif- 
caiion. 、 



{b) Eorum qui de fe ftatuthani , httmabantur corpora » 

Imanthant tefiamenta. , prctium fejUnandi, Tacite. , 
W Refcrit de I'Empereur Pie, dans la loi i 
& 2 , ff, de honis torum fui ante finumiam morttm fibi 
t conjiiverun" 



II J De l'Esprit des Lois. 

CHAPITRE X. 



N va aujourd'hui dans la maifen d'un hom — 
me pour Tappeller en ]ugement ; cela ne pouvoit 
fe faire chez les Romains (a). 

L'appel en jugement ^toit une adion vio— 
knte (h) , & comme une efpece de contrainte 
par corps (c) ;& on ne pouvoit pas plus alter 
dans la mailon d'un homme pour I'appdler en 
}i)gemenf , quon ne peut aujourd'hui aller con - 
train d re par corps dans fa maifon un homme qui 
n'eft condamn^ que pour des dettes civiles. 

Les iois Roinaines (d) & les n6tres admettent 
<g element ce principe , que chaque citoyen a fa 
maifon pcur afyle, & qu'il n'y doit recevoir 
aucune violence. 



(a) Leg. XVIII , ff, dein jus rocando, 

(b) Voyei la loi des douze tables. 、 

(c) Rapit in jus , Horace , fatire 9. Ceft pour cela 

2u'on Be pouvoit appeller en jugement ceux k qui on 
cvoil un certain refpe^. 



{d) Voyez la loi XVlll, ff. in jus vocando. 




Liv. XJtJX. Chap; XL 宣 3 



C H A P I T R E XL 

De qiuUc maniere deux lots divtrfcs peuvcnt itrt 
compares, 

]!£n France , la peine contre les faux ximoitm 
eft capitals ; en Ang^eterre , elle ne I'eft point* 
Pour juger laquelle de ces deux lois eft la tneil- 
leure, il faut ajouter : en France , la queftion 
contre les criminels eft pratiquee , en Aneleterre 
elle ne I'eft point ; & dire encore : en France , 
raccufe tift produit point fes t6moins, & il eft 
tr^s rare qu'on y admette ce que l,on appelle 
les faits ]uilificatifs : en Aneleterre » I'on rs^oit 
les t^moignages de part & aautre. Les trois loia 
Frangoifes forment un fyfteme tvhs X\i & tr^;^ 
fuivi ; les trois lois Angloifes en forment un qui 
ne I'eft pas moms. La loi d'Angleterre , qui ne 
connoit point la queftion contre les criminels, 
n'a que peu ranee de tirer de Faccufe la 
confeffion de (bn crime ; eUe appelle done 
tons cdt^s les timoignages Strangers, & efle 
n'ofe les dicourager par la crainte d*une jpeme 
capitale. La lol rvzxi^oxk^ qui a une reilouroe 
de plus, ne craint pas tant d'intinijider les t6- 
inoins;au comraire, la laifon demande qu'elle 
)es intimide;e]le n'^coute que les t^moins d'une 
fZTl (a) ; ce font ceux que produit la par tie pu, 



{a) Par Pancienne jurifprtrdence Fran^oife , les t^- 
moins ^toient oui's des deux parts. Auffi voit-on , dans 
1e$ ^tabUHemens de St. Lpuis » liv 山 chap, vii > qae 



14 Dc ifEsntT DEs Lob, 
l^qoe; & k deffin de Faccuie depend de leuf 
Icul temoigo^e. Mais eo Ai^letenre on re^oit 
les temoins des deux parts ; & i'a^faire eft , poor 
ainii dire, dUcntee cntr'eiix : le £niz temoignage 
J pent done etie iDoins dangereoz ; l,accui6 y 
a one rei£>iirce coot re le faux temoigoage^ au 
iea que k Joi Frao^oife nen doone point. Ainfi , 
pour ju^ feTqueiles de ces deux lois font les 
phis contbrmes i la raiibo, il ne iaot pas com- 

Eciucune de ces loix a chacuoe ; il faut les 
re tomes eniemble ,& les comparer toutes 
bk. 

C H A P I T R E XII. 

Que lis lois qm paroiffcnt Us memes , font reelU* 
ment quelqiufois diffcmus, 

X^ES^ lois Grecques & Romaines pamflbient le 
receleur du vol comme M voleur [tf ] : la loi 
Fran^oife fait de meme. Celles-la etoient raifon — 
nables , celle-ci ne I'eft pas. Chez les Grecs 8c 
chez les Romains , ie voleur ^tant condamne a 
line peine p^cuniaire , il falloit punir le receleur 
de la meme peine : car tout homme qui contri — 
bue de quelque fa^on que ce foit a un domma* 
ge , doit le reparer. Mais parmi nous , la peine 
du vol 6tant capitale, on n'a pas pu, fans outrer 
les chofes , punir le receleur comme le voleur* 

f > ' ' …… ' ' -' » ' I 瞩 

U peine contre les faux temoins tn )oAic9 ^toit 
cuniairc. • 
(a) Leg. h £f, dc nc^ptatoribus^ 



Liv. XXIX. Chap. XII. 




Celui qui regpit le vol pent en mille occafions 
le'recevpir innoceminent ; celui qui vole eft tou- 
|oars coupable : I'un etnp^che la convidion d'un 
crime deja commis , I'autre conunet ce crime: 
tout eft paflif dans I'un , il y a une a£Hon dans 
rautre : il faut que le voleur furmonte plus d'obf- 
tacles , & que (on ame fe roidifle plus long* temps 
contre les lois. 

Les jurifcopfnltes ont M plus lom : ib ont 
regard^ le receleur comme plus odieux que le 
voleur [&】 ; car fans eux , difent^ils , le vol ne 
pourroit etre cache long-temps. Cela encore une 
fois pouvoit lire bon , quand la peine dtoit p6- 
cuniaire ; il s'agifToit d'un dommage , & le re- 
celeuf 6to\t ordinaireitient plus en ^tat de le r6« 
parer : mais la peine devenue capitale , il aurok. 
lallu fe r^gler fur d*autres principes. 



C H A P I T R E XIIL 

Qu'il ne faut point feparer les lois de Mjct 
: pour Uquel tiles font jfaius. D" lois Ramainc^ 
fur U vol. 

XjORSque le voleur ^tolt furpris avec la chofe 
▼olfe, avant qu'il I'eut portee dans 】e lieu oii il 
avoit r^folu de la cacher , cela %io\t appell^ 
chez les Remains un vol manifeile; quand le 
voleur n*etoit d^couvert qu'apr^s, cVtoit un vol 
non manifefie. 



(i) Leg. dc rtctptatorihus. 



i6 De l*E$prit DCS Lois, 

La loi des douze tables ordorinoit que le vo- 
leur manifeile fKk battu de verges , & r^duit en 
fervitude , s'il ^toit pubere; ou' feulement battu 
de verges , s'il etoit impubere: elle ne condam- 
iioit le voleur non manifefie qu'au payement du 
double de la cRofe volee. 

Lorfque la loi Porcia eut aboli Fufage de battre 
de verges les citoyens , & de les riduire en fcr- 
yitude , le voleur manifefie fut- condamn^ all 
quadruple [tf] ,& on continua a punir du dou« 
ble le voleur non manifeile. 

II paroit bizarre que ces lois miflent une telle 
difE^rence dans la qualite de ces deux crimes, & 
dans la peine qu'eUes infligeoient : en effet, que 
le voleur fuc furpris avant ou apres avoir poni 
le vol dans le lieu de fa deftination ; c*etoit une 
circonftance qui ne changeoit point la nature du 
crime. Je ne laurois douter que touts la th£orie 
dos lois Romaines fur le vol nc ffit tir6e des 
infiitutions Lac^d^moniennes. Lycurgue , dans 
la vue de donner k fes citoyens de radreHe, de 
la rufe &. de I'adiviti, voulut qu'on exer^at les 
cnfans au larcin , & qu'on fouettat rudement 
ceux qui s'y laifleroient furprendre : cela ^ubHt 
chez les Grecs , & enfuite chez le- Romainf • 
une grande difference entre le. yo) manifefte 6e 
le vol non manifefte [厶】 • 

Chez les Romaic, Fefclave qui avoit vol" 
hoit priicipitii de'la roche Tarp^ienne, La, U 

fa) Voytz ce que idit Faironnus fur Aulugelle » 
Kt. XX. chap. I. 

(b) Conf^rcz ce que dit Plutarque , ,i« de Lycur^e , 
9Tejc Les lois da digefte , au titre de fitrtU i & les infti, 
t&tes,liY,lV,ti"i,S*"2 & 3, 



L 1 V, XXIX Chap. XIII. 17 
tfftoit point queftion des inftitutions Lacid^ — 
fiioniennes ; les iois de Lycurgue fur le vol n'a* 
voient point iti faites pour les efi^layes ; citoit 
les fuivre que de s*en ^carter en ce point. • 

A Rome, lorfquun impubere avoit kxt fur- 
prls dans le vol , le preteur le ^aifoit battre de 
verges a fa volonte, comme on faifoit a Lac6 — 
demone. Tout ceci venoit de plus loin. Les La* 
ced^moniens avoient tire ces ufages des Critois; 
& Platon (r) , qui veut prouver que les inftitu- 
tions des Cr^tbis etoient faites pour la guerre, 
cite celle - ci : ,, la faculty de fupporter la dou- 
» leur dans les combats particuliers , & dans les 
9 larcins qui obligent de le cacher 

Comme ks lois civiles dependent des 1ot9 
polttiqaes , parce que ceft toujours pour une 
foci^te <[u'elle$ font faites, il (eroit bon que, 
quand on veut porter une loi civile d'une nation 
chez une autre , on examinit auparavant fi ell€» 
out toutes les deux les mSmes infiitutions & le 
mimt droit politique. ' 

Ainfi , lonque les lots far le vol pafierent des 
Critois aux Lac6d£moniens» comme elles y pa(^ 
ferent avec le gouverncment & ia conftitution 
m^me 9 ces lols furent auffi fenftes chez un de 
ces peuples qu*el1es I'^toient chez I'autre, Mais 
lorfque de Lac^d^mone elks furent port^es k 
Rome ; comme elles n'y trouverent pas la m^me 
conilitution , eltes y furent toujours etrangeres , 
& n*eurent aucune liaiibn avec ks autres loi» 
civiles des Romains* 



i8 De l'E>prit des Lois 



. C H A P I T R E XIV. 

Qu'il nt faut point fepartr Us lots des ctrconftances 
dans UfquelUs elks ont iU fait", 

XJ^NE \o\ d'Athenes youloit que , torfque la ville 
^toit afli^^e , on fit mourir tous les gens inu- 
tiles [a], C'^toit one abominable Joi politique » 
qui etoit une (bite d'un abominable droit des 
gens. Chez les Grecs» les habitans d'une ville prife 
perdoient la ]iber(£ civile , & ^toient vendus 
comme cfclaves. La prife chine ville emportoit 
fon entiere deflrudion ; & ceft rorigine noiw 
^eulement de ces d^fenfes opiniitres & de ces 
aftions d^naturees , tnais encore de ces lois atro* 
ces que Von fit quelquefois. 一 

Les lois Roroaines \h\ vodoient aue les tn£* 
decins puflent etre punis pour leur negligence ou 
pour leur imperitie. Dans ces cas, dies coa- 
damneient a la deportation ]e m^ecin <Fune 
condition un peu relevee^ & a la mort celui qur 
ctoit d'une condition plus bafle. Par nos Lob; il 
en eft autrement. Les lois de Rome .n'avoient 
pas ^te faites dans les mem^s circonftances que 
lesnotres : a Rome » s'ing^roit de la medecine qur 
Touloit;. mais parmi nous les medecms font obli^ 
%k% de faire des ^tudes^ & prendre certain, 
grades; iis font done cenfib connoltre leur art^ 



{a) InudlU ttus occidatur , Syrian, ih Hermog. 
f*) La loi Cornelia , dc ficariisx inftitm. iiv. IV. tit, U 
d< lege A^uUiS, §• 7, 



、《> 



Liv, Chap. XV. 19 



Qu*U eft bon qutlquefols quune lot ft corngt 
eUe^mimc. 



A loi des douze tables [a] permettoit de taet 
Ic volcur de nuit, auffi bien que le voleur de 
)our,qui, ^tant pourfuivi fe mettoit en difenfe ; 
mais die vouloit que celui qui tuoit le voleur (^)i 
criat & appellat les citoyens; & c'eft une choie 

Iae les lois qui perm||tent de fe faire juilice* 
>i-fn£(ne, doivent toujours exiger. Ceft le cri 
de rinnocence, qui , dans le moment de FaSion , 
appelle des timoins , appelie des juees. II faut 
que le peuple prenne connoiflfance de l'a£ticm, 
& qu*il en prenne connoiilance dans le. mo- 
ment quelle a et6 faite ; dans un temps oil tout 
parle , l,air, le vifage, les paflions, le fllence, 
& ob chaque parole condamne ou juftifie. Une. 
loi qui peut devenir fi contraire a la surety & k 
la^ibert^ des citoyens , doit etre exicutee dans 
la pr^fence des citoyens. 



(a) Voyez la loi IV , ff, ad legem AquUiam. 
{hS Ihidi Yoytz le d^cret de TaffiUon , ajout4 k U 
loi des Bavarou , (U fopuUrihus leg, art, 4, 



C H A P I T R E XV. 




ao. De lTsprit ms Loi, 



CHAP I T R E XVI. 
Chofes a. ohferver dans la compofidon des IbU^ 

C/tvx qui ontun g^nie affer ^tendu pourpou«^ 
▼oir donner de» lois a lew nation ou a une autre 
dioivent faire de certaines attentions fuc la ma— 
/ niere de les former. , 

Lc ftjfle en doit etre coneis. Let lots des dauze 
tables font ua modMe de precifion : le» enfans k, 
apprenoi^ht par coeuf (―. Les naveUes de lufti- 
nien font fi difFufes, qu*i! fallut les abriger f^). 

Le ftyle des lois doit Stre fimple;: rexpreinon» 
direfle »'entend' teu jours mieux que r^xpreflionr 
riflechie* L n'y a point de majefi^* dans le» io'i^ 
du bas>efr.pire;on yfait parler les princes com- 
me des rhlteurs. Quand le ftyledes leis eft en*- 
a , oit ne les regarde qu8 comme un ouvragef 
d*oftentation«. 

11 eft efTentiel qae les paroles des lots i^il- 
fent chez tons* les homines les- memes id^es. te* 
cardinal (r) de Richelieu convenoit que Yon* 
pouvoit accufer un iminiflre devant le Roi ; mats 
3 vouloit que Von fut puni fi les chofes qii'on 
prouvoit n'^toient pas confid^rables rce qui d" 
¥oit enapScher tout le monde de dire (^Iqu^ 



(a) Ut carmen neceffanuns, Cic^£4m » de legihu^ 

Bv. II.. 、 

\c} TefUment politique » 



L IV* XXIX. C It A T. XVI. M 
▼Irite que ce ffit contre lui , piufquune chofe 
confid^rable eft enti^rement relative , & que ce 
qui eft confiderabte pour ^uekju'un ne I'eft pas> 
pour un autre* 

La lot ^Honorius puniflbit de mort celut qui' 
achetoit comme lerf un a'.ranchd, au qui aurott 
Toulu rinqui^trer (d), U ne falloit point fe fervif 
d'une expreffion u vague : Imquietude que Foa 
caufe a un homme depend enticement du degrd 
• de la fenfibilite^ 

Lorfque la lot doit faire quelque vexation, il 
iaut , autant qu'on le peut, eviter de la faire a 
prix d'argent. Miile caufes changent la valeur de 
la monnoie ; & avec la m^me denomination ». oa 
n'a plus la m^me chdfe. On fait 】,hiiloire de cet 
nnpertinent ") de Rome, qui donnoit des fouf- 
flets a taus ceux qu'il rencontroit, & leur faifoit 
pr^fenter les vingt-cinq fous de )a lot des douze 
tables, 

Lorfque dans une foi ron a bien fixi fes idies 
^es chofes , il ne faut point revenir a des cxpref- 
£ons vagues* Dans rordonnance criminelle ( f). 
de Louis XIV , aprSs c^u'on a fait renum^ratioa 
exaSe des cas royaux , on aj^oute ces oiots :: ,, Et 
n ceux dont de tous temps les j^uges royaux 
If 6nt ce qui fait restrer dans rarbitraire 

A>nt on venoit de fortiiv 

Charles VII (gf) dit qu'il apprend que des 



Aut qudlibct manumiffione dvnatum inquietan 
Ruriu Appendice code Th^odoiienrdans U premier 
tome d«s oeuvres du pere Sirmond , p. 737. 

(/) AulugdU , liv. XX , chap, u 

(/) On trouve dans le proces-verbal de cette or* 
tfonnance , les motifs que l*on eut pour cela. 

(g) Dans fon ordoiuiaace " Mootel - les - Tours > 
ran 145》 




De lTifrit des Lois, 
Coot appel, trob , quatre & fix fliois, 
ie jagement, contre la coutume da royau 二 
en pays couniniier : il ordonne qa'on ap- 
pcUera incoodoent , a moins qiTil n'y ait fraude 
ou dol du procoreor (h) , ou qull ny ait graode 
& ^vidente caafe de rdew Fappellant. La fin 
de cettc lot detniit Ie commenceinent; Sc elle Ie 
dciruffit bieo, que dans la fuite on a appelli] 
pendant trente ans (/). 

La loi des Lombards (it) ne vcut pas qu'une 
iemme qui a pris un habit de rcligeufe , quo" 
quelle ne foit pas confacree , puifle fe marier : 
» Car, dit-elle^fiun epoax qui a ei^age a lui 
» one femme (eulement par un suineau , ne peat 
» pas fans crime en ^posfer -une autre , a plus 
» forte raifon f^poufe de Dieu ou de la fainte. 

» Vicrge a Je dis que , dans les lois II 

faut raifonner de la r^alite a la realit6 ; & non 
pas de la rialiti a la figure, ou de la figure a la 
r^atite. 

Une loi de Conftantin vcut que k t^oi- 
gnage feu] de r^veque fumfe , fans ouir d'autres 
t^moins. Ce prince prenoit un cheihin bien court;. 
»1 iugeoit des affaires par les perionnes , & dss 
perfonnes par les dignites. 

Les lois jie doiveat point ^re fubtiks; elles 
•font (kites pour des gens de mediocre entende- 



(A) On ponroit punir le procureur , fans qu'il fut 
A^etfaire it troubler rordre public. 

'0 L'ordonnajuce de 1667 a fait des r^glemens la- 



ik) Lir. II . tit. 37. 

(/) Dans rappendicc dtt Pr Sirmoad au cod« Th^O* 
4o(ieA, tome I* 



Liv. XXIX. Chap. XVI. " 
ment : dies ne font point an art de logique, mais 
la raifon finaple d'un pere de famille. 

Lorfque dans une loi ks exceptions , limk" 
tions , modification^ , ne font point niceflaires , 
il vaut beaucoup mieux n,en point mettre ; de 
pareils details jettent dans de nouveaux details. 

II ne faut point faire de changement dans une 
loi , fans une raifon fuffifante. Jufiinien ordonna 

! [u*un mari pourroit £tre r^pudi^ , fans qpe la 
emme perdit fa dot, fi pendant deux aru it 
n'avoit pu confommer k manage (w). II chan- 

Efa loi, & donna trots ans au pauvre mal- 
reux (/i). Mab , dans un cas pareil , deux 
ans en valent trois,&trob h*^en valent pas plui 
que deux. 

Lorfqu'on fait tant que de rendre raifon d'une 
loi , il faut que cette raifon foit digne d'elle. Une 
hi (。) Romaine decide qn'un ayeugle ne peut 
pas plaider , parce qu'il ne voit pas les ornemeni 
de la magiflrature. II faut ravoif fait expr^s » 
pour donner une fi mauvaife raHbn , quand it 
s*en pr^fentoit tant de bonnes* , 

Le lurifcoixfulte Paul (p) dit que renfant nait 
parfait au feptieme mois , & que la raiCon des 
sombres de PytBSgore femble le prouver. II eft 
£flgulier qu'on juge ces cbofes fur ta raifon de» 
nombres de Pythagore. 

Quelques iurifconfultes Francois ont dIt que, 
lorfque le Roi acqueroit quelq^e pays , les ^glifes> 



(m) Leg. I , cod. dt repuHis, , 

(n) Voyez rauthentiqae fed hodie , au code de w/ifnt 

(o) Leg. I » ff . de pofiutdndo. 

{g} Dw U$ "oteocei, liv. ITrtit. i 



24 De l'Esprit des Lois^ 

y devenolent fujettes au droit de regale , paTce 
que la couronne du Roi eft ronde. Je ne difca- 
terai point id les droits du Roi , & fi dans ce 
cas la raifon de la loi civile ou ecclefiaflique doit 
c6der a la raifon de la loi politiaue ; mais je dirai 
Que des droits fi refpeflables doivent etre dd- 
fendus par des maxlmes graves. Qui a jamais 
▼u fonder fuf 】a figure d*un figne d'une digniti 9 
les droits r6els de cette dignit^ f 

Davila (^) dit que Chades IX fut d£clar6 ma- 
jeur au parlement de Rouen a quatorze ans com^ 
menc^s , parce que les loU veulent qu'on compte 
le temps du moment au moment , lorfqu'il s'a^t 
de la reflitution & de radmmidration des biens 
du pupile : au lieu qu'elle regards rannie com- 
menc^e comme une ann6e complette , lorfqu'il 
s'agit d'acqu^rir des honneurs. Je n*ai garde de 
cenfurer une dirpoHtion qui ne paroit pas avoir 
cu jufqu'ici d'inconvenient ; je dirai feulement 
que la raifon allegu^e par le chancelier de FHo- 

Jital n'^toit pa& la vraie : il s'en faut bien que 
J gouvernement des peuples ne ibit qu ,! m 
honneur. - 

£n fait de prifomption , celle de la loi vaut 
snieux que celfe de rhomme. i4a loi Fian^oife 
regards (r) comme frauduleux tous les ades faits 
par un marchand dans les dix jours qui ont pre- 
€^6i fa banqueroute : c'eft la prifomption de la 
loi. La loi Romaine infligeoit des peines aa marv 
qui gardqit fa femme apres radultere , a moins 
qu*i) n'y fdt d^termin^ par la crainte de I'ivc- 
nement d^un ptoch ^ ou par la n^gfigence de fa 



i,) Delta guena thiU £ Frarieia , pag. .9$,. 



Liv. XXIX. Chap, XVI; sf 
ptopre honte ; Scc'efl la pr^fomptton de rhom- 
ine.Il falloit que k jug€ prefumat les motifs de 
la conduite du niari , 6c qu,il fe determinat (ur 
une maniere de penfer tres obfcure. Lorfque le 
juge prefurae , les ju^emens devienneni arbitrai* 
res; lorfque la loi prefume , elle donne sui juge 
une regie fixe. 

La Joi de Platon (j) , comme j'ai dk , Toulolt 
qu'on punk celui qui fe tueroit , non pas pour 
eviter rignominie , mais par foibleile. Cette loi 
^toit vicieufe , en ce que , dans le feul cas oil I'oa 
ne pouvoit-pas tirer du criminel I'aveu du mo- 
tif qui ravoit fait agir, elie vouloit que le^juge 
(e determinat fur ces motifs. 

Comme les lois imitiles aiFoiblifrent les lois 
niceflaires , celles qu'on peut 61uder affoiblifleat 
la Iegiflation« Une loi doit avoir fon effet, & il 
ne faut pas permettre d'y d^roger par une con - 
vention particuliere. 

La loi Falcidie ordonnolt , chez 4es Roinams, 
que I'Jheritier eut toujours la quatrieme partie de 
rheredite ; une autre loi (f) permit au teflateur 
de d^fendre a rheritier de retenir cette quatrieme 
partie : c'eft fe jouec des lois. La loi Falcidie 
derenoit inutile : car , fi le teftateur vouloit fa- 
vorifer fon h^ritier , celui-ci n'avoit pas befoin 
de la loi Falcidie ; & s'iJ ne vouloit pas le fa« 
vorifer , U lui defendok de fe fervir 3e la loi 
Falcidie. 

11 faut prendre garde que les lois foient con- 
^aes de maniere quelles ne choquent point la 
suture des chofes. Dans la proscription du priace 



(s) Liv. IX des lois. • 
(0 c'eft I'autheiitiqsLe t fed cum teflator» 
Tom IV. C 



^6 De l'Esrit des Lois; 
dX>rai^ , PhJippe II promet a cehti qui k 
tocra, C€ dooaer a fan ou a ftes benders , vingt- 
cicq lEiile ecus & la nobveiie; & ceU en parole 
de Roi , & comme ferriteur de Dieu. La noblefle 
proozile poor use telle a^km ! une telle a^Hon 
ordocBCe en qoalite de fenriteur de Dieu ! Tout 
cela reoTerle cgalement les icets de I'honneur, 
ceHes dela moraJe , & ceilcs de la religion. 

II eft rare qii"il faille defendre one cho(e qui 
tt'cft pas maiiYaife, foos preteite de quelque 
〜 i*on imagine, 

\ ks lois one certadne candenr. Faites 
mechancete des homines, elles 
elles-memes la phis grande inno- 
t voir dans la loi des Wifigoths («) 
ridicule , par laqueUe on £t obli- 
gcr ks )uifs a nanger tomes les chofes apprS^ 
ties ayec du cochon, pounra qu^ ne mangeaf* 
fent pas du cochon m^me. Cetoit une grande 
cruaute : on'ks foumettoit a use l6i contraire 
a la lear; on oe leur laiflbit garder de la ieur 
que cc qui pouvoit etre un hgoe pour les re, 
connoitre* 

C H A P I T R E XVIL 
fidauvaifi manier^ dc donmr des IgU, 

Les Etnpereurs Ropialns manifeftoient, com" 
me no& princes, leurs volont^s par des decrets 




liv. XXIX. Chap. XVL 17 

& des idits 、• mais , ce que nos princes ne font 
pas, ib permireat que les juges ou les particu- 
iiers, dans leurs diiFerends , les interfogeaflent 
par lettres^ & leurs r^ponfes ^toient appellees 
des refcripts. Les > ddcretales des papes font, k 
propreraeiu parler , des refcripts. On fern que 
c'eft line mauvaife forte d€ I^giilation. Ceux qui 
demandent ainfi des lois font de mauvais guides 
pour le Ij^giflateur ; les fairs font rou jours mal 
-expofes. Trajan, dk Jules Capitolin [a] , refufa 
ibuvent de donner de ces ' fortes -de refcfipts , 
廉 fin qu'on n^etendit. pas a tous les cas une de- 
ciHon & fouvent une favear particuliere, Ma- 
crin [^] avoh r^folu d*abolir tous ces refcripts ; 
il ne pouvoit fpufirir qu'on regard 知 comme 
<!es lois les reponfes de Commode , de Cara- 
calla, & de tous ces autres princes pleins d'im- 
^eritie. Juftinien penia autremenc, &il en rem* 
plit fa compilation. 

Je voudrois que ceux qui iifent les lob Ro- 
maines , <iiftin£uairent hien ces fortes d'hypo- 
thefes rfavec les (enatus-confultes , les pl^bifci- 
<es , les conflitudons g^n^raies des Empereurs , 
& routes les lois fondees for la pature des cho- 
'fes , fur la fragilite des femmesv U foiblefle des 
minenrs , & rutilit^ publi^ue. 

薦 - ' •、 'I" 

^^y€i Jul«f Capitolin, in Macriao, 

6 



C a 



9B Pi l'Esprit des Lois,* 

C H A P I T R E XVIII. 

Dcs idcis uniformite. 

It 7 a de certaines idees d*uniformit^ qui fai« 
fiiTent quelquefois les grands efpiits ( car elles ont 
touch^ Charkmagne J, mais qui frappent infail- 
Jibleisem les petit$. lis y trouvent un genre de 
perfedion qu*ils reconnoiflent , parce qu'il efl 
impofSble de ne le pas d^couvrir : les memes 
poids dans la police, les memes mefures dans 
fe commerce, les memes lois dans letat , la me- 
yne religion dans toutes f^s parties. Mais ce】* 
eft-il toujputs a propos , fm exception ? Le mal 
de changer eft-il toujours moins grand que le 
inal de fouflrir ? £t b grandeur du g^nie ne 
confifieroit-elle pas mSeux a fayoir dans quel 
cas il faut runiformit^ , & 4ans quel cas il. taut 
i^s differences ? A la Chine, les Chinois fpnc 
gouverti^ par le c^r^monial Chinois , & les 
Tartares,par le,'c6rteionial Tatjtareic'eft pour- 
tant le peuple du pionde qui a le plus la tran, 
quillite pour objet. Lbrfque les citoycns fuivenl 
}^ )pis, (jtfimporte qu'ils fniyent la m^me^ " 



C H A P I T R E XIX* 

• . :,t 

Dts Upflatturs* 

A 

RiSTOTE vouloit farisfaire, tantdt fa jalouAe 
contre Platon , tantot fa paflion pour Alexandre. 
Platon ^toit indign^ contre la tyrannie du peu- 
ple d'Athenes. Machiavd itoit plein de fon kiole, 
k due de Valehtinois. Thomas More , qui par- 
loit plutot de ce qu il avoit lu que de ce ^u*il 
avoit penfi^ , vouloit (a) gouvemer tous les etats 
avec la fimplicit^ d'une viile Grecque. Arrington 
ne voyoit que la r^publique d'Angleterre , pen • 
dant qu*une foule decrivaii^ trouvoient 】e d" 
fordre par - tout ou ils ne voyoient point de 
couronne. Les lois rencontrent toujours les paf - 
lions & les prejuges du i^giilateur. Quelquefois 
dies pafTeni au travers , Si s'y teignent ; <juel- 
quefois elles y reftent,, & s'y incorporent. 



{a) Dans fob Utopi" 



<§3 

ix - . 一 • C J 



3a Df l'Espkxt dm 'ton ; 、: ; 

L I V R E XXX. 

Thioric des lois fiodales che^ lei Francs, 
dans U rapport qudUs ont avec fita^ 
ilijfcment dc ta Monarchic^ 

C H A P I T R E PREMIER. 
Des lois fiodatts. 

y E croiToU qu*ily auroit ime inperfeflion^ dans 
mon ouvrage , fi je paflbis fous ulence un ^ve- 
nement arriv^ une fois dans le monde , & qui 
fi'arpvera peut-etre jamais; fi je ne parlois de 
ces lois que Yon vit paroitre dans un moment 
dans toute l,£urope , ians qu'ell^s tinilent a cellM 
que ron avoit )uiqu'alors connues ; de ces lois 
c}u【 ont fait des biens & des maux in finis; qui 
ont laifT^ des droits quand on a ced^ le domaine ; 
qui, en donnant a plufleurs perfoones divers gen- 
res de feigneurie lur la meme chofe ou fur les 
tAemes pei fonnes , ont diminue le pcnds de la 
feigneurie entiere ; qui ont poft diverfes limites 
dans des empires trop ^tendus ; qui ont produit 
la regie avec une inclinaifon a ranarchie , & Fan ar- 
chie avec une tendance a l,ordre & a rharmonie* 
Ceci demanderoit un ouvrage expres ; mais , 
vu U nature de celui-ci , on y trouvera plutot 



Liv. XXX. Chap. I. " 
ces lois comme je les ai envifag^es, que conme 
je les ai traitees. 

C'eft un beau fpeftacle que celui deslois fio- 
dales. Un chene antique (* ) s'^leve ; roeil en 
voit de loin les feuillages : il approche , il en 
voit la tige ; mais il n'en apper^oit point les 
racines : il (am pcrccr terre pour les trouver. 

C H A P I T R E IL 
Des fouKts its his fiodalct. 

Xj£$ peupjes qui conquirent remplre Remain 
^toient fords de la Germanie. Quoiqae pen d'au- 
teurs anciens nous aient d^cnt kurs moeurs , nous 

avons deux qui font d'un tr^s grand poid$« 
Cefar , faifant la guerre aux Germains , d^crit 
les moeurs ) des Germains ; & c'eft fur ces 
moeurs qii'il a r^gl^ quelques-unes ) lie ies 
entreprifes. Quelques pages de C^far, fur cstw 
matiere , font des volumes. 

Tacite fait un ouvrage 'exprJs fnr les moeurs 
des Germains. 11 ^ft court , cet ouvrage ; mais 
c'eft I'ouvrage de Tacire , qui abr^geoic tout , 
parce qu'il voyoit tout. 

Ces deux auteurs fe trouvent dans un tel con- 



(葶 J ....... Quantum Venice ad eras 

j£thcreas , tantum radice ad tartara uniif^ 

VirgUe. 

(«) Litre vi. 

\p) Par mmplf, fa retraite d'Alleraagne , ihid^ 

C4 



3« Dt l'Esprit DCS Lois I 

cert avcc ks codes des lois des peoples barbaric 
que nous avons , qu'en lifant Cefar & Tache , 
on trouve par- tout ces codes ; & qu*en lifant 
CCS codes , on trouve par- toot Cifar & Taciu. 

Que fi , dans la recherche des lois feodales , 
jtf me vois dans un labjrrinthe obfcur , plein 
dc routes & de detours , ]e crois 'que je tiens le 
bout du fil, & que je puis marcher. 

C H A P I T R E III. 

Origine du vajfehge, 

Cesar dit {a) que a les Germains ne s*atta- 
" choient point k I'agrkulture ; que la plupart 

V vivoient de lait , de fromage & de chair ; que 
" perforne n'avoit de term ni de li mites qui 
3, lui fufient propre$ ; que les princes & les ma- 
,, gidrats de chaque nation donnoient aux parti* 
J) culiers la portion de terre quils vouloient , 8c 

V dans le lieu qu*ils vouloient , & les obligeoient 
n I'annde fuivante de paffer ailleurs.Tacitedit (^), 
,, que chaque prince avoit une troupe de gens 
» qui s'attachoient a lui & le fuivoient w. Cet 
auteur qui , dans fa langue , leur donne un nom 
qui a du rapport avec leur hat, ks nomme 
compagnons ( c ). 11 y avoit entreux une emula- 



{a) Liv; VI ,de la guerre des Gaules. Tacite ajotite : 
NuUi dcmus , out agcr , aut aliqua euro. ; prout ad iquem 
venire aluntur. De morib. Germ. 

(b) moribus German • 



Liv. XXX. Chap. DL ^3 
Aon finguliere {d) pour obtenirquelque diftitic- 
tion auprb da prince & une meme ^imilation 
entre les princes fur le nombre & 】a bravoure 
de leurs compagnons. u Ceft, ajoute Tacite, 
la dtgnit^ , c'eft la puifTance , d'etre toujours en- 
touii d'une foule de )eunes gens que I'on a choi- 
fis; c'eft un omement dans la paix, c'eft un 
reAipart dans la guerre. On fe rend celebre dans 
fa nation & chez les peuples voifms , fiTon fur-' 
pafl*e les autres par le nombre & le courage de 
fes compapnons : on revolt des prifens ; les am- , 
bailades viennent de ,toutes parts. Souvent la 
reputation dkide de la guerre. Dans le combat 
H efl honteux au prince d'etre inf^rieur en cou- 
rage ; il eft honteux a la troupe de ne point iga- 
ler la vakur du prince ; c*eft une infamie iter- 

,- nelle de lui avoir furv^cu. L'engagement le plus 
facr^ , c'eft de le defendre. Si une zwk eft en 
paix , les princes vont chez celles qui font la 
gaerre ; c'eft par - la qu*rls confervept un grand 
nombre d*»mis. Ceux-ci re^oivent d'eux le che- 
iral du combat & le javelot terrible. Les repas 

i peu d^licats , mais grands , font une efpece de 
folde pour eux. Le prince ne foutient fes libira- 
lit^s que par ]es guerres & les rapines. Vouj 
leur perfuaderiez bien moins de labourer la terre 
& d'attendre ranfl6e, que d'appeiler rennemi 
& de recevoir des bleflures ; ils n'acquerront pas 
par la fueur ce qinls peuvent obtenir par le 
fane w. 

Ainfi, chez tes Germains , il y avoit des vaC- 
(aux & non pas des fiefs : il n*y avoit point de 
fiefs, parce que les princes n'avoient point de 



(iQ Comius, 



54 De l*E$prit dzs Lois; 
terres k donner ; ou plutot les fiefs etoient deft 
chevaux de bataille , des armes , des repas. II 
y avoit des vadaux , parce quil y avoit des horn* 
mes fideles , qui etoient lies par leur parole , 
qui itoient engages pour la guerre , & qui fai- 
foient k peu pr^s Ic meme fervice que Ion fit 
depuis pour les fiefs. 

C H A P I T R E IV. 

Continuation du meme fujeu 

CAESAR dit (tf) que it quand un des princes 

d^claroit a railembl^e qu'il avoit form^ le pro- 
jet de quelque expedition , & demandoit qu'on 
ie fuivit , ceux qui approuvoient le chef & Ten- 
treprife, fe levoient & ofFroient leurfecours. lis 
Etoient lou^s par la multitude. Mais s'ils ne rem- 
pliflbient pas leurs engage mens, ils perdoient la 
con fiance publique*, & on les regardoit comme 
des d^ferteurs & des traitres ». 

Ce que dit id Cefar , & ce que nous avons 
dit dans* le chapitre precedent apres Tacite , eft 
le eerme de rhiftoire de la premiere race. 

11 ne faut pas etre etonn^ que les rois aient 
食 oujours eu a chaque expecfition de nouvelles ar- 
mies a refaire , d'autres troupes a perfuader , 
de nouvelles gens a engager ; qu'il ait fallu , pour 
acquerir beaucoup , qu'ils repandiflent beaucoup; 
qu'ils acquifTent fans^ cede par le partage des' 



Liv. XXX. Chap. IV. 39. 
terfes & des dipouilles , & qu'ils donna(&nt fan* 
cefle ces tqrres & ces depouilles ; que leur do- 
maine grofsit continuellement , & qu'il diminu^ 
fans ceite ; qu'un pere qui donnok k un de-fes 
cnfans un royaume (^), y joignit toujours un 
trefor ; que le tr^for du roi fOt regarde comme 
necefTaire a la monarchiie ; & qu'Un roi ( c) ne 
put inline, pour la dot de fa nlle, en faire part 
aux etrangers , fans 】e confentement des autres 
rois. La mon archie avoit fon allure , par des re& 
forts qu'il falloit toujours remonter. 、 



C H A P I T R E V. 
De la conqueu des Francs. 

I L n*eft pas vrai qiie les Francs , entrant dam 
la Gaule, aient occupe toutes les terres du pays 
pour en faire des fiefs. Quelques gens ont penft 
ainfi , parce qu*tls ont vu , fur la fm de la feconde 
race , prefque toutes les terres de venues des fiefs, 
des arrieres-fiefs , ou des dipendances de I'un on 
de I'autre : mais cela a eu des caufes particulieres 
qu'on expliquera dans la fuite. 
La confequence qu'on en voudroit tirer, que 



{V) Voyez la yie de Dagobert. 

(f) Voyez Gr^goire de Tours , lir, v\ , fur le ma- 
nage de la fUte de Chilpertc. Childebert lut envote 
des ambaiTadeurs , pour lui dire qu'il n'ait point i don- 
ner des villes du royaume de fon perc a fa fille , ni de 
fes tr^fors , ni des ferfs , ni dc» chevaux » oi des atte* 



5^ De l'Esfrit des Lois; 
ks Barbares firent un riglement g6n^ral pour £ta 
blir par-tout la fervitude de la glebe , n*eft pa 
moins (sLuCCe que le principe. Si dans un temp< 
oil les fiefs ^toient amovibles , toutes les terres 
du royaume avoient 士 des fiefs ou des de- 
pendances de fiefs , & tous les homines du royau- 
me des va^aux ou des ferfs qui dependoient d*eux ; 
com me celui qui a -les biens a toujours aufli la 
puifFance , le roi , qui auroit difpofe continue" 
letnent des fiefs , c'eft-a-dire , de funique pro- 
pri^t^ , auroit eu une puiiTance s^wffi arbitraire 
que celle du fultan I'eft en Turquie ; ce qui rea- 
Tcrfe toute rhiftoire. 



CHAPITRE VL 
Des Goths y des Bourgutgnons fi» des Francs* 

Xjes Gaules'furent envahies par les natioiis Ger^ 
maines. Les Wifigoths occuperent la Narbonnoife 
& prefque tout le nnidi ; les Bourguignons s'e- 
fablirent ^ms la parfie qui regarde rOrient ; & 
Ie$ Francs conquirent a peu pr^s le re fie. 、 
II ne faut pas douter quS ces barbares n*aient 
conferve dans leurs conquetes les moeurs , les 
inclinations & les ufages qu'ils avoient dans leur 
pays ; parce qu'une nation ne change pas dans 
uu inilant de tnaniere de penfer & d'agir. Ces 
peuples , dans la Germanie , coltivoient pea les 
terres. II parok, par Tacite & Cefar , qu'ils 
s'appliquoient beaucoup a la vie paftorale ; auffi 
les difpoiitions des codes des lois des Barbares 



• Liv. XXX. Chap. VI. 37 

roulent-elles prefque toutes fur les troupeaux ; 
Roricon , qui icrivoit Fhifloire chez ks Francs, 
^oit pafteur. 

C H A P I T R E VII. 

Differmcs manieres dc partagcr Us terns* 



― JES Gothts & ks Bourguignons ayant p^n^trS; 
ibus diyers pr6textes , dans rint^rieur de I'einpire 寶 
les Romains , pour arr^ter leurs d^vaftations , 
furent obliges de pourvoir a leur fubfidance. 
D'abord ils leur donnoient du ble (a) ; dans la 
fuite , ils aimerent mieux leur donner des terres* 
Les empereurs , ou fous leur nom les magiftratt 
Romains ( b W*6rent des conventions ayec eux 
iuT le p^rtacje # pays, comme on levoit dans 
les iliiiinjtffll l^r ilini les codes des Wifigoths (c) 
& des Bourguignons (J). 

Les Francs ne fuivirent paste meme plan. Oft 
ne trouye, dans les lois Saliques & Ripuairts , 
aociine trace 4'un tel part^ge de terres; ils avoient 



{d\ Voyez Zozyme , liv, V, fur la diftrtbution dpi 
hU oemand^e par Alaric. 

Cb) Burgundiones oamm Gallia occupavarunt , ter* 
Tdjqiu cum Gallicis jenatorihus divifirunt. Chroniqiie de 
Marius j fur Tan 45^. . 

WUvreX,tit.i,^: 8,9&i6. 

(f) Chapitrc uy,5. 1 & a ; & ce partage fubfiftoi't 
. -u temps de Louis le d^bonnaite , comme 11 paroit ps^r 
fop capituUire 6^ Van 829 , qui a ^c^ infi^r^ danila lol 
Bourguignons , tit, 7y> $• " . 



j8 De l*Esprit oes Lois; 
conquis, ils prirent en qu'ils voulurent , & nefi" 
• rent de r^glemens qu'entr'eux. 

Diflingom done le proc^de des Bourguignons 
& des Wifigoths dans la Gaule, celui de ces 
memes Wifigoths* en Efpagne , des foidats auxi- 
licires {e) (ous Auguiluie 6i Odoacer en Icalie , 
d'avcc celui des Francs dans les Gaules & des 
Vandales en Afrique (/). Les premiers firent 
des conventions avec its anciens habicans , 6c 
en *conf6quence un partage de terres avec eux ; 
les feconds ne firent rien de tout cela. 



C H A P I T R E VIII. 

Conmuamn du menu fujet. 



4E qui doqne Viiit d'une grande ufurparios 
des terres des Romains par les Barbares , ceft 

3u,on trouve , dans les lois des Wifigoths & 
es Bourguignons , que ces deux pleuples eurent 
le$ deux tiers des terres : mais ces deux tiers ne 
furent oris que dans. de certains quarti^rs quoa 
ieur ailigna 

. Gondebaud ) dit , dans la loi des Bour- 
guignons, que ion peuple, dans fon ^tabliile- 
ment, re^ut les deux tiers des terres ; & U eft 



(-) Voyez Procope , guerre des G.oth$. 
\f) Guerre des Vandales 拳 



Licet to tempore quo populus noflcr mancipiorum 
am 6* duos terrarum partes McepU , loi des 
Bourguignons , tit, 54 , $• i, - - 



lertiam 



Liv. XXX. Chap. VIII. 59 
Alt dans le fecond fupplement {h) a cctte loi , 
qiTon en donneroit plus que la moiti6 a ceux 
qui viendroient dans le pays. Toutes les terres 
u'avoient done pas d*abord ete partagees eatre 
les Romains & les Bourguignons. 

On trouve, dans le& textes de ces deux rigle- 
tnens,les m^mes expreffiotis ; ils s'expliquent done 
I'un 6i I'autre , & comme on ne peut pas en- 
tendre le fecond cTun partage uni verfel de& terres , 
iOn ne peut pas non plus donner cette fignifica* 
tion aupretnien 

Les Francs agirent avec la tnlme moderation 
que les Bourguignons ; ils ne depouillerent pas 
les Romains dans toute retendue de leurs con- 
quetes. Qu'auroient-ils fait de tant de terres f 
lis prirent celles qui leur convinrent , & lailTerent 
le refte. 



C H A P I T R E IX. 

Jufie appUcanon de la loi des Bourguignons & 
de celle des ff^ifigoths fur U partage 
des terres, 

faut confidircr que ces partages ne furent 
point iaits par un efprit tyrannique : mais dans 
I'id^e de fubvenir aux belcins mutuels des deux 
peuples qui devoient habiter le meme pays. 



(h) Ut non dmpUus d Burgundionibus qui infiri. vent* 
runt, requhatur quan^ ad prafins nceejfo^s Jucrit , am* 
dieus un 氣, art, ii. 



40 De t*E$pRiT DEs Lois ; 

La lol des Bourguignons vcut que chaque 
Bourguignon foit regu eu quality d*h6te chez 诚 n 
Romatn. Cela eft conforroe aux moeurs des Ger- 
mains , qui , au rapport de Tacite {a) , 6toient 
le peuple de la terrc qui aimoit le plus a exercer 
rhofpitalit^. 

La ioi veut que le Bourguignon ait les deux 
tiers des terres , & le tiers des ferfs. Elle fuivoit 
le genie des deux peoples , & fe contormoit a 
la maniere dont ils fe procuroient 】a fubiiilance. 
Le Bourguignon , qui faifoit paitre des troupeauz, 
ftvoit befoin de beaacoup de terres ,& de peu 
de ferfs ; 6c le grand travail de la culture de la 
terre exigeoit que le Romain eut moins de glebe , 
& un plus grand nombrede ferfs. Les bois etoient 
partag^s par moiti^, parce que les befoins acet 
egard Etoient les memes. 

On voit , dans le code ( ^ ) des Bourguignons , 
(|ue chaque barbare fut plac^ chez chaque Ro, 
maint Le partage ne fut done pas general : mais 
le notnbre desRomains qui donnerent le partage , 
fut egal a celui des Bourguignons qui le re^u-. 
, 1*611 1« JLi6 Romain fut lift le moins quil fut pof- 
£ble : le Bourguignon , guerrier , chafTeur & paf- 
teur , ne d^daignoit pas de prendre des friches ; 
le Romain gardoit les terres les plus propres a 
la culture ; les troupeaux du Bourguignon ea, 
graifToient le champ du Romain. 、 



ia) De morihus German, 
h) fx dans c«lui des Wifisoths. 



Chap, 



Liv. XXX. Cnxv. X. ^ 



CHAPITRE X. 

Des fervitudes. 

Il eft dit » dans la loi {a) des Bourguignons ^ 
flue quand ces peuples s'etablirent dans les Gau- 
Ies, ils re^urent les deux tiers des terres, & le 
tiers des ferfs. La fervitude de la glebe ^toit done 
^tablie dans cette partie de la Gaule , avantTen- • 
tree des Boureuignons ). 

La 】oi des oourguigpons , ftatuant fur les deux 
nations, diflingue formcllement , daiw I'une & 
dansfautre , les nobles , les inginus & les ferfs (c). 
La fervitude n^toit done point une chofe par- 
ticuliere aux Romains, ni la liberty & la 4K>- 
biefTe une chofe particuliere aux barbares. 

Cctte in^me loi dit ( d) que, fi un affranchi 
Bourguignon ri'avoit point donn^ une certaine 
fomme a fon maitre , ni re^u une portion tierce 
d'un Romain , il ^toit taujours cenf^ de la fa- 
mille de foAinaitre. Le Romain propridtaire ^toit 
done ]ibre, puifqo'il n'^itoit point dans la famille 
d'un autre; il 6toit libre, pqifque fa portion 
tkrce itoit un £gne de libertf. 、 



MTit. 54. ^ 

{h) Ccla eft confirm^ pat tout le titre du code de 
Sfficolis & cenfids & colonis, 

(c) Si dcnum optimaii Burgundioni vel Romano nohiR 
txcufferit, tit. 16 , $ . > ; & Si mediocrihus perfonis 
gettuis , tarn Burgundionilfus qu^m Romatiu : ibid. 5* " 

W Tit. 57. D 



磚 a De l'Esprit des Lois, 

I! n,jr a qu'a ouvrir les lois Saliques & R" 
pnaires, pour voir que les Romains ne vivoient 
pas plus dans la fervitude chez les Francs , que 
chez les autres conqu^rans de la Gaule. 

M. k cotnte de Boulainvillrers a maiKju^ It 
point capital de fon fyft^me; il n'a point prouv^ 
^ue les Francs aient fait un reglement general 
qui tnitks Romains dans une efpece de fervitiide* 

Comme fon ouvrag€ eft ^crit fans aucunart, 
& gu'il y park avec cette iimpllcite , cettefran- 
fhije & cette ing^nuite de I'ancknne nobleffedont 
il etoit forti, tout le monde eft capable de ju- 
ger , & des belles chofes qu*il dit , & des erreurs 
3ans lefquelles il tombe. Ainfi je ne Kexamtnerat 
point* Je dirai feulement qu'il avoit plus d'efprit 
«[ue de lumiere, plus de liimieres que de favoir r 
mab ce /avoir n'dtoit point meprifable , parce 
que, de notre hiftoire & de nos lois, Ufavoit 
tx^s bien les grandes chofes. 

M. le comte de Boulainvilliers & M l,abb* 
Bubos ont fait chacun un fyfteme , dont Yun 
femble etrc une coniuration contre le tiers-etat , 
& lautre une conjuration contre la nobleHe- 
Lorfque le Soleil donna a Phaeton fon char a 
conduire , il lui dit : u Si vous monteztrop haut ^ 
vous brulerez la demeure cilefte h vous def- 
cendez trop bas^ vous reduirez en cendres la 
terre: n'aJlez point a droite^ vous tomberiez. 
dans la conftellation du Serpent ; n'allei point troj** 
a gauche , vous iriex dans celle de I'Autel : tenei- 
Tous entrefes deux (*) 



W prtnu、Tuc fummum molire per tttktr^t currum, 
4^tius £grejfus , caUftia tiHa crcmahis ; 



Liv. XXX. Chap. XL 



CHAPITRE XL 
Cantinuatim du mcihe fiijee. 



c 



E qui a donni Tidie d'un r^glement giniral 
fait dans le temps de la conquete, c'eft qu'on a 
vu en France un prodigieux notnbre de fervitu-' 
des vers \e commencement de la troifieme race^ 
& comme on nc s'eft pas apper^u de la pro - 
greffion continuelle qui fe fit de ces fervitudes , 
on a im^gin^ dans un temps obicur une loi ge- 
nerate qui ne fut jamais. 

Dans le commencement de la premiere race i 
on voit un notnbre mfrni d'homtnes libres, foit 
parmi les Francs , foit parmi les Romains: mais 
le nombre des ferfs augmema tellement , qu'au 
commencement de la troifieme, tous les labou-. 
reurs , & prefque tons les habitans des viDes , fe 
trouverent ferfs {a): & au lieu que, dans le 
commencement de 】a premiere , il y avoit cUr» 
les villes a-peu-prfes la meme adminUlration que 



Inferius , terras : mtdio tutzj/imus His. 
Neu u dexterior tortum dtclinet ad Anguetn ; 
Neve finifierior preffam rota ducat ad Aram z 
Inter utrumque une ...... 

OyiD.. M^tam. liv. lu 

(a) Pendant i|ue la Gaule ^toit fous la domlnatioTy 
cles Romains , lis formoient des corps particuliers : 
c'etoient ordinairemeat des alfraochis ou defcendaos^ 
^»£Eranchis» 广 

D 



44 De lTsprit des L015, 
chez les Romams, des corps de bourgeoiCe, un 
i^nat, des cours de judicature ; on ne trouve 
guere, vers le commenceoient de la troifieme, 
qu'un feigneur & des ferfs, 

Lorfque les Francs, les Bourgurgnons & les 
Goths faufoient ieurs ipvafions , ils prenoient I'or , 

-Kareent , les meubles , les vetemcns , les hommes, 
les temmes , les gallons, dont rarmee pouvoit 

、i& charger; le tout fe rapportoit en commun, 
6c rarmee fe part^geoit (^). Le corps entier de 
, rhilteire prouve , qu'aprcs le premier ftabRfle- 
tnent, c'cff-a-dire , apr^s les premier^r? vages > 
lis re^urent a compontion 1m habitans , & leur 
hiiTerent tous leurs droits poFitiques Sc civils. 
Cetoit k droit des gens de ce temps- la ; on en- 
levoit tout dans la guerre , on accordoit tout dans 
h paix. Si cela n'avoit pas 在 t 在 ain(i , comment 
ti-ouverions-nous , dans les lois Saltques & Bour- 

riignoimes , tant de difpofitions contradi&oires 
la fervirude ginirak des hommes? 
Mais ce que ia conquete ne fit pas, Te id erne 
droit des gens (c) , qui fubfifla apr^s fa con- 
quite , le fit. La r^fiftance , la r^vohe , la prife 
des villes , emportoient avec elles }a Servitude 
d^s habitans. Et comme , outre les guerres que 
les difTi^rentes nations €onqii frames firent entrellesj^ 
it y eut cela de partfcuHer chez les Francs , que 
les divers partages de la monarchie iirent nakre 
fans cefie des guerres civiies eotre les freres ou 
neveux* dans kfquelles ce droit des g^nsfut tou* 



(5) Voyez Grepoire de Tours , fiv. II, ch, xxviii 
Almoin, liy. I , chap, xn, 

(0 Voxel les vks dc* Saints ,'ai4€S ci-apres k h 
natc (0 Je la page 46* 



iiv. XXX. Chap. XT. 4$ 
lours pratiqu^ ; les fervitudes derinrent plus g^- 
nerales en Fraiice que dans les autres pays : & 
ceft , je crois , une des caufes de la difference 
qui eft entre nos lois Fran—fes, & celles dl- 
talie & d'Efpagne , fur les droits des Seigneurs. 

La conqulte ne fut qae raffatre d,un moment ; 
& le droit des eens que l,on y employa , pro- 
duifit quelques iervitwdes.Lufage du m^me droit 
des gens pendant plufieurs fiecles , fit que les fer- 
yitudes s'^tendirent prodigieufement. 

Theuderic {d) croyant que les peuples d'Au- 
TCrgne ne lui ^toient pas fideles , dit aux Francs 
de Ion partage : a Suivez-moi : je vous menerai 
dans un pays oil vous aurez de I'or , de I'argeiit » 
des captifs , des vetemens , des troupeaux en 
abondance ; & vous en tramferereztous les horn- 
tncs dans votre pays »• 、 

Aprb la paix {e) qiM fe ik entre Gontran & 
Chilperic , ceux qui am^geoient Bourges ayant 
cn ordre de revenir , ils atnenerent tant de bu - 
tin , qu'iU ne latfTerent prefque dans le pays n> 
faomines ni troupeaux. 

• TWodoric , roi d'ltalie , dontl'efprit & hi poli- 
tique iitoient de fe diAinguer toujours des autre» 
rois bar bares , envoyant fon arm^e dans la Gaule, 
^crit au g^n^ral (/): « Je veux qu'on fuive les 
lois Romaines , & que vous rendiez les efclaves 
fngitifs ii leurs maitres : le defenfeur de la libertS 
ne doit point (avorifer Fabandon de la fervitude. 
Que les autres rois fe plaifent dans le pillage 6c 
la ruine des villes qu'ils ont prifes : nous voulont 



(力 Gr^goire de Tours , liv. nr. 

{€} Gr^goire de Tours , liv. VI, clw|>; xxxir 

\}) Lettre 43 Jiy. ixi» dans Cai&odore» 



46 De l'Eeprit de$ Low; 

vaincre de (naniere que nos fujets fe plaigncnf 

d'avoir acquis trop tard la fujetion ,,• 

II eft clair qu'il vouloit rendre odreux les roi* 
des Francs & des Bourgutgnons^, & qu'il faifott 
alluAon a leur droit des gens, 

Ce droit fubfUla dans la feconde race' L'ar- 
m6e de Pepin etant entree en Aquitaine, revint 
en France charg^e d'un nombre infini de de- 
pouilles &de ferts , difent les a^jnales de Metz 

Je pourrois citer des autorlt^s ( A ) fans nom« 
bre. Et comme dans ces malheurs > les emraille* 
de la charite s'emurent ; comme plufieurs faints 
^veques , voyant les captifs attaches ckux a deux, 
empJoyerent Fargent des ^giifes 6c vendirent 
meme les vafes facr^s pour en racheter ce qu'il* 
purent; que de faints moines s'y employ^rent ;. 
c'eft dans les vies des faints ( i ) que I'on trouve 
les plus g-ands ^claircifTemens fur cette matrere, 
Quoiqu'on puifTe reprocher aux auteurs de ces 
vies d'avoir etc quelquefois un peu trop credules 
fur des chofes que Dieu a certainement faites ,fi 
orit et6 dans l,ordre de fes defleins , on ne* 
laifl^ pas den tirer de grandes luniieres fur les^ 
in^rs & les ufages de ces temps-la. 

Vuand on jette les yeux fur les monumemde 
mnre hiftoire & de nos lois , il femble que tout 

py?/-' i:a"《o*a?】o:,e a 气 e 739; Paul diacre . 

"(/) Voyez les v;:: I^a'nts j^tees dans la note fuivante. 
<te S. C^faire , deS i * fP'Phane , de S. Eptadius, 

5. Jalieiu ci»ms & de Uger > les miracles 



Liv. XXX. CHAP. XL 47 
eft flier, & que les rivages mSmes manquent a 
la mer {k): tons ces ^criu froids , fees , infipide^ 
& durs, il faut les lire , il faut les devorer, 
comme la fable dit que Saturne d^oroit les 
pierres. , 

Une infinite de terres que deshommes libre^ 
fe'ifoient vaifeir (/) , fe changerent en main-tnor- 
tables : quand un pays fe trouva prive des hom- 
ines libres qui rhabitoient , ceux qui avoient beau- 
coup de fei fs prirent ou fe firent c6der de grands 
t^rritoires , &y batirent des villages , comme on 
k vpit dans diyerfes chartres. D,un autre cote^ 
les homines libres , qui cultivoient les arts , le 
trouverent ^re des ferfs qm devoient les exer- 
cer ; les fervkudes rendoiem aux arcs & au la 赠 
bourage ce qu'on leur avoit 6te» 

Ce fut unc chofe ufitee, que les propriitaires 
des terres les donner^nt aux i^ifes, pour les 
tenir*eux-m^fnes a cens, croyant participer par 
leur fervitude a la faint€t^ des ^glrfes. 



(H) . • . Deerant ^uofue Tittora ffonto. Orid. lir- 1. 

(/) Les colons m^i^nes n'^toient pas tous ferfs ; voye«r 
Za loi XVUl & XXm, au cod. Je agrko/is &rcgnfiis'^ 
tolottis^y & la XX dumem« titre» 



、z 



48 De l'Esprit des Loi$; 

*CH APITRE XII. 

Que Us terra du partage des iarbares ne payoUni 
point dt tribua. 

D £S peuples fimples, pauvres , fibres « gner- 
riers , pafteurs , qui vivoient fans induflrie , & 
ne tenoient k leurs terres que par des cafes de 
)onc , fuivoient des chefs pour (aire du butin , & 
non pas pour payer on lever des tributs (^). 
L*arf de la ma]t6te eft toujours invent 在 apris coup, 
& lorfque les homines commencent a jouir de la 
{iX\c\\k des autres arts. 

Le tribut paflager d'une cruche de vin pat 
arpent , aui . fiit une des vexations de Chifplric 
& de Fredfeonde , ne concerns que les Re- 
mains (^). En efFet, ce ne furent pas les Francs 
^ai d^chirerent les r61es de ces taxes , mais les 
eccl^fiaftiques , qui dans ces temps-la ^oient tous 
Romains (r). Ce tribut atRigea principaleraent 
les habitans {d^ des villes : or, les villes ^toient 
prefque toutes nabit^es par des Romain$. 



{a) Voyez Gr^getre de Tpurs , liv, ii. 

(c) Cela paroit par toute rhiftoire de Gr^goJre de 
Tours. Le mftme Gr^goire demande k un certain 
Valfiliacus comment tl avoh pu parventr i la cl^rica- 
ture lui qui iiott Lombard d'orig'me, Gr^goire de 
Tours liv. S. 

(d) Quit conditio univerfis urhihus per Galliam confii^ 
mis fummopcrt tft adhihita. Vie de S. Aridius. 

Gregoire 



3; 



L I V. XXX. Chap. XIL 49 
Grigoire de Tours ( e) dit qu,un certain )uge 
lut oblig^ , apr^s la mort de Cbilperic, de fe 
r^fugier dans une 6glife ; (^our avoir , fous le re- 
gne de ce prince , aifujetti a des tributs , des Francs 
qui, du temps de Chlldd^ert, ^toient injgenus : 
Multos de Francis qui , tempore ChUdeberti reps , 
ingcnui fuerant , publico trihuto fuhegit, l<es Francs 
iQi n'etoicnt point ferfs ne payoient done point 
le tributs. 

II ny a point de grammairlen qut ne piKfle; 
en voyant comment ce palTage a ct6 interpr^te 
par M. rabb^ Dubos (f). ll remarque que, 
dans ces temps-la, les attranchis itoient auffiap* 
pelles ing^us. Sur cela il interpr^e le mot latin 
mgenui par ces mots , affranchis de tributs ; €x- 
preffion dont on peut fe fervir , dans la langue 
Fran^oife , comme on dit affranchis de foins , 
affranchis de peines: mais dans la langue Latine« 
mgemd a tribuds , lihertmi a tributis , mammiffi 
tributorum , feroient des expreflions monftrueufes. 

Parthenius , dit Gr6goire de Tours (^), penfii 
litre mis k mart par les Francs, pour leur avoir 
impoi^ des tributs. M. I'abb^ Dubos (A ), preil% 
par ce paflage, fuppofe frotdement ce qui eft 
en queftion : c'^toit , dit-il, une fiircharge. 

On voit, dans ta loi des Wifigoths (i ), que. 



WLiv. vn. 

(/) EtabliflTemrnt de la monarchie Fransoife , tome 



III , chap. XIV , page 5 1 ; 
(g) LiY. Ill , ch. XXXVI. 



(g)\ 

(k) Tome III , page 514. 

-- 



ri) Judices atquc proepofiti terras Romanorum » ah ilUa 
qui occupatas tencnt , aufirant ; & Romanls jud exa> 
lame fine aliqud dilatione rejHtuant , ut nihil ffco dcbtai 
deperire. Li v. Xjtit. I, cb, xiv, 

Tom IF. £ 



JO 



De l*Esprit des Lois: 



quand un barbare occupoit le fonds d,un Romami 
le juge robligeoit de le vendre , pour que ce 
fonds continuat k etre tributaire: les barbares 
payoient done pas de tributs fur les terrcs (k\ 
M. rahbi Dubos (l)^ qui avoit befoin que 
les Wifigoths payaffent des tributs, quitte le 
fens lineal & fpirituel de la loi (m) , & ima- 
gine , uniquement parce qu'il imagine, qu'il y 
avoit eu , entre r^tabliflement des Goths & cette 
l«i , une augmentation de tributs qui ne concer- 
noit que les Romains. Mais U n'eil permis qu'ao 
pere Hardouin d'ezercer ainfi fur les faits un 
pouvoir arbitraire, 

M. l,abM Dubos {^n^ va chercher , dans le 
code de Juftinien (o), des lois , pour prouver 
que les bin^fices oiilitaires chez les Romains etoient 
{ujets aux tributs : d*ob il conclut qu'il en ^toit 
de meine des fiefs ou benefices chez les Francs. 
Mal« ropinion , que nos fiefs tirent leur origine 
de cet ^^ablifTement des Romains , eft aujour- 
d'hui profcrite : elle n'a eu de credit que dans 



(k) Les Vandalcs n'en payoient point en Afrique; 
I^rocope , perre des Vandalcs , liv. i & xi ; Hifloria 
mifccUa , liv, xvi , page ic6. Remarquez que les 
conqu^rans dc rAfirique etoient un compof^ de Van- 
dales , d'AIains & de F tunes, Hifloria nifcelta , liv. xiv, 
page 94. 

(/) EtabliiTement des Francs dans les Gaules , tome 
III , chap. XIV , pag. 5 to. 

{m) 11 s'appuie fur une autre loi des Wifigoths •' 
liv. X , tit. I , art. xi , qui ne ^rouye abfolument 
rjeh : elle dit reulement que celui qui a regu d'lin 
feigneur une terre , fous condition d'une r^devanc* t 
doit la payer. 




Liv. XJOL Chap, til 
les tetnps oii l,on connoilToit rhiftoire Romains 
& tr^s peu la ndtrc , & oil nos monumens an- 
ciens ^toient enfevelis dans la pouffiere, 
I M: I'abbe Dubos a tort de citer Cafliodore , 
& d'employer ce qm fe paflbit en Italie & dans 
la partie de la Gaule foutnife a Thiodoric, pour 
nous apprendre ce qui 6toit en ufage chez les 
Francs ; ce font des chofes qu*U ne faut point 
confondre. Je ferai voir quelque jour; dans un 
ouvrage particulier , que le plan de la monarchie 
des OSrogoths etoit entierement different du plan 
de toutes celles qui furem fondles dans ces temps* , 
!a par les autres peuples barbares : & q[ue , bieit 
ioin quon puifle dire qu'une chofe ^oit en ufage 
chez les Francs , parce qu'elle I'itoit chez- les 
Oftrogoths; on a au contraire un jufle fujet de 
penfer qu'une chdfe qui fe pratiquoitchez les O" 
trogoths ne fe pratiquoit pas chez les Francs. 
- Ce qui coute le plus \ ceux dont Fefprit flotte 
dttts une vafte Erudition , c'cft de chercher leurs 
preuves la ou elles ne font point 6trangeres au 
liijet, & de trouver, pour parler comme les 
afUonomes, le lieu du loIeiL 

M. rabb6 Dubos abufe des capitulaires eomme 
de rhiftoire, & comme des bis des peupldsbar - 
bares« Qa^nd il veut que tes Francs atent payi 
des tributs , il applique a des hommeis Jibres ce 
qui ne peut etre enteiidu que des ferfs (p)\ 
qiiand il veut parler de lear mllitaire» il appli* 



(p) EtabniTement de la monarchie Fran^oife , 
torn. Ill y chap, xiv , pag^ ou il cite I'art. iS d% 
^£fUt. & Piftes : yoyei ct«apres le chap, xvixu 、 

' , - E a 



D£ l'Esprit des Lois,' 
flue i des ferfs (?) ce qui ne poavoit. concert 
ner que des homines libres. 

C H A P I T R E XIIL 

Quelles itoient /" charges its Ramams & des 
Gaulois dans la monarchu des Francs. 

J 1 pourrois examiner fi les Gaulois & les Ro« 
mains vainctts continuerent de payer les charges 
auxqueUes ib icoient afiujettb fous les empereurs. 
Mail, pour aller plus vitc, \emt contenterai de 
dire cue , s'ils les payerent d'abord, ib en furent 
bientot e«einpt", & que ces tributs furent clum* 
gts en un fervice militaire ; & )*avoue que 
ne Contois guere comment les Francs aurbient 
amis de la maltdte, & en au, 
rolent paru tout-^-coup fi eloignis. 
i' Un capitulaire (a) de Louis le debonnairft 
nous explique tres bien r^at ob dtolentles hom- 
fnes {ibres dans U mooardue des Francs. Quelques 
bandes {h) de Qoths ou <flbcre$ fuyant J'op- 
preifion c)es Maurey, furent re^us dans les terres 
de Louis. JLa conyention qui fut &ite avec eux , 
pone que, comme les autres hommes libres, ils 
iroient k rarmfo 9,€c leur comte ; que* dans hi 



(f)Ihid. tome III, chap, iv , pas. 198. 
» {«; Dc l'an8ij , chap i. Co qui eft conformc au ca* 
,hul«ire &t Charles le cluiUTe.die I'an ^44, art. i & 2, 
(*) Hifpanu in partUuu AjifUmnU, StpimMnim, 
4rfrorin€iM fonffitntibus^ Ibid, 



L IV. XXX. CttAP. xnt. , ) 

marche, ils feroient la garde & ks patrouUlet 
foM$ les ordres da mime comte [c] ; & quils 
donneroient aux cnvoycs da roi , & aux ambaf* 
fadeurs qui partiroient de fa cour ou iroient vers 
lui , des chevaux & des chariots pour des voitu* 
res [i]; que <fshlleurs ils ne pourroient ^trtf 
contraints a payer d,autres cens , & qu*ils feroient 
trait& comme les autres homines Kbres. 

On ne petit pas dire que ce fuffent de nou - 
▼eaux ufages introdaits dans les coinfnencemens' 
de la (econde race ; cela devoit appartenir aa 
moins au milieu ou a la fin de la premiere. Un 
capitulaire de Fan 864 [e] dit exprefT^ment que 
c*6toit une coutume anctenne , que les hommcs 
libres fiflent le fcrvicc militaire, & payaiTentde 
plus les chevaux & les voitures dontnous avons 
pari 豸 ; charges qui leur ^oient particulieres , & 
dent ceux qui pofKdoient les fiefs ^toient exempts,' 
comme \e le prouverai dans la fuite. 

Ce n'cft pas tout ; il y avoit un r6g)etnent [/] 

2ui ne p«rmettoitguere de foutncttrc ces hoznmes 
bres 4 des tributs. Celui qui avoit quatre ma- 
noirs ttoit toujours obhgi de marcher a laguer- 



Excuhias & txploradoncs quas waSlas dicunt^ 

n'^totent pat oblig^ d'en donner an comte, 
ihid. art. 5. 

(e) Ut pagcnfis Franci , qui caiallos hahcnt , cum 
fuis eomitthtis in hofiem fer^ant, II eft d^fendu aux 
comtes de les prirer dc leurs cheraux ; ut hofiem fit- 
cere » & Jthitos pantvendos ficundum antiquam confue^ 
iudiium emfolvtrc pojint. Edit de Piftes , dans Baluze , 
pace 186. 

If) Capltalaire de Charlemagne , de Tan 811, ch, i, 
E^t d« Pifte* , I'an 8^4 • «rn 2,7. 、 

E 3 ^ 



54 De I'EsPRiT DES Lou ; , 
re {^g)i celui qui n'en avoit que troxs itoit jomt 
h un homme libre qui n'eii avoit qu*un ; cefui-ci 
k d^frayoit pour un quart , & refloit chez lui. 
On joignoit de meme d€iix hommes libres qui 
avoient chacun deux manoirs; celui des deux qui 
marchoit itoit defray^ de la moiti6 par celui. qut. 
reftoit. 

I】 y a plus : nous avons uoe infinite de char- 
tres f oil Yon donne les privileges des fiefs a des 
terres ou diftriSs pofledes par des hommes iibre.s, 
- & dont je parlerai beaucoup dans la fuite ( k> 
On exempte ces terres de toutes les charges qu'exi- 
geoient kir elles les comtes & autres officiers da 
soi ; & com me on ^numere en particuKer toutes 
ces charges , & qu,il n'y eft point queftioQ de 
tributs , il eft vifible qu'onn'en levoit pas. 

U dtoit que la maltote Romaine tombat 
d'elle-meme^dans la monarchic des Francs: c'etoit 
un art tres compliqu^. , & qui n'entroit ni dans 
】es idees ni dans k plan de ces peuples fimples.. 
Si les Tartares inondoient au)oQrd*Iu]i FEurope , 
il faudroit bien des affaiies pour ieur faire e》 
tend re ce que ceft qu'un financier parsni nous* 

Uauteur ( incertain de la vie de Louis le 
d^bonnalre, parlant des comtes & autres o&.\ 
ciers de la nation des Francs que Charlemagne 



{g) ^udtuoT manfos. It me femble que ce qu'on 
appeiloit manfus ^toit une certaine portion de terre 
attach^e k une cenfe oil it y avoit des efclaves ; te* 
moin le capitulaire de I'an ? 5 3 , Afud Sylvacum , tiu 
14. , contre ceux qui chaiToi^nt le, efclaves de leur 
manfus, * 

(A) Voyez ci - deifous le" chapitre xx de ce Kvr, 
page 66. 

(#) Qans Duchefoe , tome 11, page 287, 



Liv. XX3L Chap. XIIL 59 
^tablit en Aquitaine , dit qu*il leur donna la^ard^ 
de la fromiere, le pouvoir tnilitaire , & Pinten- 
dance des domaines qui appartenoient a la cou- 
ronne. Cela fait voir J'6tat des revenus du prince 
dans la feconde race. Le prince avoit gard6 des 
domaines , quSl faifoit valoir par fes cfdaves. 
Mais les indidions , la capitatibn & autres im- 
p6ts lev6s du temps des emperebrs fur la per- 
tonne ou les biens des hommes libres, avoient 
£te changes en une obligation de garder la fron- 
tiere , ou d'aller a la guerre. 

jOn voir , dans la meme hiftoire (X^, que Louis 
le debonnaire ayant et^ trouyer fon pere en Al- 
lexnagne , ce prince lui demanda comment il pou- 
voit etre fi pauvre , lui qui etoit roi : que Louis 
lai r^pondit qu'il n"etoit roi que de nom , & 
que les feigneuts tenoient prefque tous fes do* 
maines : que Charlemagne , craignant que ce jeune 
prince ne perdit leur afFe6\ion , s'ilreprenoit lui- 
xn^me ce qu'il avoit inconfid^r^ment donn^ , il 
envoy a des commifiaires pour r^tablir les chofes. 

Les eveqaes ^criyant a Louis (^/), frere de 
Charles le chauve , lui difoient: a Ayez foin de 
vos terres , afin que; vous ne foyez pas oblige 4e 
voyager fans ceue par les maifons des ecclefiaf- 
tiques , & de fatiguer leurs ferfs par des voitnres. 
Fakes en forte , difoient-ils encore , que vous ayet 
de auoi vivre &" recevoir des ambaiTades ,,• 
II eft vifible que les revenus des rois confiftoient 
alors dans leurs domaines {m). 



(k) /^irf,page 89. 

(/) Voy€z le capitulaire dans I'an 858 , art. 14. 
(m) Us levoient encore quelques droits fur les rivieres^ 
lorfqu'i! y avoit un pont ou un pafTage. 



5^ De l*E$prit des Lois; 



C H A P I T R E XIV. 

Dc ce qu*on appelloh Cenfus* 

3LroRSQUE Jesbarbares (brtifcnt de lear pays , 
ils voulurent r^diger par ecrit leurs ufages: mais 
comme on trouva de la difficult^ a ecrire des 
mots Germains avec des lettres Roina'mes , on 
dornia ces lois en latin. 

Dans la confufion de la conquete & de fes 
progr^s y la plupart des chofes changerent de na- 
ture *; il fallut , pour les exprimer , fe fervir cles 
anciens mots latins qui avoient plus de rapport aux 
nouveaux qfages. Ainfi , ce qui pouvoit reveiller 
I'idee de I'ancien Cens (a) des Romains , on le 
nomma eenfus, trlbtuum ; & quand les chofes n'y 
eurent aucun rapport quelconque , on exprima 
comme on put les mots Germains avec des let- 
tres Romaines : ainii on forma le mot fredum , 
dont Je parlerai beaucoup dans les chapitres 
fuivans. 

Les mots cenfus & tributtm ayant ^t^ amA 
employes d'une maniere arbitraire , cela a )et6 



(tf) Le cenfus itoxx. un mot e^n^ricpe , qu'on tVn 
fcrvit pour «xpriiner les phages des rivieres , lorfqu'il 
y aroit an pont ou un bac a pafTer. Voyez, le capital, 
ill de I'an 803 , Edition de Baluze , page 395 , art. i , 
fic I« V de I'an 819 , p. 616. On appella encore de ce 
notn les voitures fournies par les hommes libres au 
Roi ou il fes envoy 豸 s , comme il paroit par le capita* 
aire de Charles le chauve > de Van 865 • art* S. 



Liv, XXX. Chap. XIV. 57 
quelqu'obfcttrici dans la £^fication qn'avoient 
ces mots dans la premiere & dans la feconde 
e : & des auteurs modernes [^] qui avoient 
fyftimes pardculiers, ayant trouv^ ce mot 
IS ks Merits de ces temps-la, ils ont )ug£ que 
ce au'on appelloit cenfus etoit pricifi^ixient le cent 
des Komains ; & ils en ont tiri cette confeaaeoce , 
que nos rois des deux premieres races s ^oient 
mis ^ la place des empereurs Romains , & n'a- 
▼oient rien changi a leur adminiftratioii rc].Et 
comme de certatns droits lev4» dans b ttconit 
race oot M par quelques hafards & parde cei^ 
•taines modifications (</) conrertis en d,autres, 
ils en ont conciu que ces droits itoient le cent 
des Romains: & comme depuis ks r^glemens 
modernef , ils. om vu que le domaiiie de It 
conronne ttoxi abfolumenc inali^able , ils ont 
dit que ces droits qui repriifentoient le cens det 
Romains ,& qui ne formem pas ime partie de 
ce domaine , itoient de pures ufurpauons. Je 
laille les autres confi^uences. 

Transporter dans des fiecles recuUs toiites les 
id 仏 du fiede 00 Von vjt , c'eft des fources At 
rerreur celle qui. eft la plus fi&conde. A ces gens 
jqui veulent rendre modernes tous les fiecles an, 
dens , ie dirai ce que les pretres d'Egypte di« 
rent a Solon : a O Athiniens, vous n'ites que 
» des enfans » ! 



(A)M.l'abb《 Dubos, & ceux qui I'ont fuivi. 

(c) VOV*i la foibleffe des raifons de M. I'abb^ Du« 
bos , etablijfement de la monarchu Frartfoifc , tome III , 
liv. VI , ch. XIV ; furtout rindu^on qu'il tire d'un 
pafTage de Gregoire de Tours , fur un d^m^^ de foA 
^^Ufe avec le Roi Clurtbert. 

{d) Par cxemplc , par les afFranchiffcmeas. 



C H A P I T R E XV. 

Qfu ce aiion appelloit cenfus "- ft leyoit que fur 
Us jerfsf & non pas fur Us hommcs libres* 

liiE roi, Ics ecdifiaftiques & las feigneurs, le« 
voient des tributs rk^i% , chacun fur les ferfs de 
fes dotnaines. Je le prouve , ^ I'egard du roi, 
par le capitaine de VilBs ; a regard des ccd^- 
(Uitiques, par les codes (a')6&% lois des Bar- 
bares ; }l regard des feigneurs , par les r^glc- 
mens (^b) que Charlemagne fit la-defFus. 

Ces tributs itoient appellis cenfus : c, 叾 toient 
des droits ^conomiques & non pas fif^ux , des 
redevances uniquement privies & non pas des 
charges publiques. 

Je dis que ce mi'on appelloit cenfus itQi\ iin 
Iribut leve fur les lerfs. Je le prouve par une for- 
mule de Marculfe , qui contient une permiffion 
flu roi de fe faire clerc , pourvu qu'on foit in- 
genu (cj & qu'on ne foit point inkftt dans Id 
regiftre du cens. Je le prouve encore par une 
conuniffion que Charlemagne donne a un conite 



(tfj Loi des AUemands , cK. xxii ; & la loi des Bt- 
rarois , tit. i , chap, xiv , ou I'on trouve^es r^gle- 
mens que les eccl^iiaftiques firent fur leur Stat. 

(h) Livre V. des capitulaires , ch. cccxii. 

(c) Si ilU de c4pUe Juo bene ingenuus fit , & in puk; 
iico publico cenfitus non eft. Livre i , formule 19. 

{d) De l*an 789 , Edition des capitulaires de Baluz^j 
tome J , 250. 、 




tient I'affranchiflement des Saxons , it caufe qu,il$ 
avoient cmbrafle le chrifiianifme ; & c'eft pro- 
prement une chartre d'ing6nuit^ (^c\ Ce prince 
ks r^tablit dans leur premiere liberty civile & 
ks ezempte de payer le cens ( f\ C'etoit done 
une m^me chofe d'etre fcrf & de payer le cens* 
d'etre libre & de ne le payer pas. 

Par luie efpece de lettres-patentes du mime 
prince (g) faveur des Efpagnols qui avoient 
ete regus dans la monarchie , il eft d^fendu aux 
comtes dejtiger d'eux aucun cens & de leur 6ter 
leurs terres. On fait que les Strangers aui arri- 
Toient en France etoient traites comme aes ferfs ; 



la propriety de leurs terres , d^fendoit d'eugee 
d'eux ]e cens. 

Un capitula'ir^ de Charles le cbauve donn^ 
en fayeur des memes Efpagnols, veut qu'on les 
traite comme on traitoit Jes autres Francs , &C 
d^iend d*exiger d'eux le cens : les hpmmes libres 
ne le payoient done pas. 

L'anicle 30 de redit de Piftes r 荟 forme rabns 
par lequel plufieurs colons du Rot ou de I* 化 life 
vendbient les terres dependantes de leurs manoirs 
a des ecd^fiaftiques , ou a des gens de leur con* 



(c) Et ut ifia ingtnuUaiis papna firma ftahUifque 
CQufiftat , ibid. 

Priflinttqut Uhtrtati donates , & omni nobis 
h'uo ccnfu folutos » ibid. 

(g) Praceptum pro Hi/pants , de I'sm 812 , Edition de 
Baluze , tome i , pag. <oo. 

(A) De Van 844, editt <U Baluzc, tome u , aft. i 
& 2 , page 27. 



& Charlemaj 
des hommes 



igne voulant qu'on les regardat comme 
libres, puifqu'il vouloit quails euflenC 



'fo Di t'EsPRiT DBS Lois; 
dition, & ne fe rifervoient qu'ime petite caft; 
de forte qu'onne pouvoitplus Itrepay^ ducens; 
& il jr eft ordonnj de retablir les chofes dans 
leur premier itax : k cens ^oit done un tribut 
dTefdaves. 

n rtfulte encore de-U qu'il n'y aroit point 
de cern g^a^ral dans h monarchie; & cela eft 
clai:jwun grand nortibrc de textes. Car, que 
fignineroit ce capitulaire (i) ? "Nous voulons 
» qu'on exige le cens royal dans tous les lieux 
» oil autretois on I'exigeoit I^gitimement (Jt) «• 
Que voudrott dire celui (/) oil Charlemagne 
ordonne a fes cnvoy^s dans les provinces de 
Clire une recherche exade de tous les cens qui 
avoient anctennement (/») iti du domaine da 
Roi ? & celui (n) ou il difpofe des cens payes 
j>ar ceux (o) dont on les exige ? Quelle fignifica- 
tion dohner k cet autre {p) , oil on Ht : " Si 
,, quelqa'un (力 a acquis une terre tributaire fur 



(i) Capitulaire iii , (! e Pan 805 , art. 10 Be ai', ih- 
《M tJans. le recueil d'Anzegtfe , liv, iii , art. 1 5 • Cela 
•ft conforme k celui de Charles le chauve , de l,an S54, 
Atuniacttm , art. 6. 

W l/ndecumque legitime txigthaiur^ ibid. 

W t>e I'an 811, art. 10 & 11 , 磁 on de Ba1uze» 
*»7V ''page 498, 、 

(w) Undecum^ue and^uitus ad partem rtfis venirt fi- 
Uhant : c^yitulaire, de l*an , art. 10 & ii. 

(") De ran 813 , art. 6, ^dit. de Baluze , tome i, 
Pge 508. 

(•) De iUis unde unfa, exigutu , capitiilairc de I'an 8i9.- 
art. 6. 

(p) L'vre IV de$ capitulaires , art. 37 , 8c indri 
dans la !oi des Lombarcfs. 

M Si quis ttrram trihutariam , unde cenfus ad partem 
nofiram exirt foUhat , fufceptr'u, Liv. jv des capituiai* 
res, arc. 37, 



L IV. XXX. Chap. XV. 
» laqueUe nous avions accoutittn^ de lever le 
» cens tt>A cet autre enfin ( ,) oil Charles le 
chauvc [s] parte des terres cenfuelles , done le 
cens avoit de toute antiquiti appartenu au Roi i 

Remarquez qu'il y a quelqwes textes qui pa- 
roiflent d'abord contraires k ce que j'ai dit , & 
qui cependant le confirment. On a vu ci-defliis 
que les homines libres dans la monarchie n'i 一 
tbient obliges qua fournir de certaines voitures ; 
le capitulaire que je viens de citer, appelle cela 
cen/us (t) , & il I'oppofe au cens qui itoit p^yi 
par les ferfi. 

De plus , ridit de Piftes (v) parte de xes hom 一 • 
mes Francs qui devoient payer 1« cens royal 
pour leur t6te(x) 8c pour leurs cafes, & qui 
s'^toient vendus pendant la famine. Le roi reut 
qu'ik foient racoet^s. Ceft que ceux (y ) qui 
^oient afFranchis par lettre^ du roi , D^cqu6« 
' roient point ordinairement une {>leine 8c en-* 
tiere liberti ( r); mais ils psLyoientcen/um inca* 
pug ; & c'cft de cette forte de gens done il eft 
id parl^. 



M De Tan 805, art. 

{s) Unde cenfus ad partem regis txhii amiquitus^ 
capitulaire de Fan 805 , art. 9, 

. [-】 Cenfibus vtl paravendis quos Frond homines ad 
npMM poufiaum txfohtrt debent, 
. (v)Dt Tan 864, art. 54, ^dit. de Balaze,pag. 19a. 
. Ix) De Ulis Francis honunihus qui cenfum rcgium dc 
fuo capUe & it fuU rtctUis deheant , ibid. 

(y) L'article 18 du mftme €dit expllque bien tout 
cela ; il net m^me une diftin^ion entre raffiranchi 
Romain , & I'affrtnchi Franc : &. on y voxt que le cens 
n'^toic pas g^n^ral. II faut le lire. , 

(0 Coinine il paroit par un capitulaire de Chad-, 
nugn«, de I'an 813 • d^]i cit^. 



€t D 意 L*E$PRiT DCS Lois; 
II (ant done fe d^faire de I'id" fun cens 

SinirsA & uniyerfel, d^riv6 de la police des 
loinains, duquel on iuppofe que les droits des 
feigneurs ont derivi de mSme par des ufurpa- 
tions. Ce qu'on appelloit cens dans la monar- 
chie Fran^oife , ind^pendamment de I'abus que 
Fon a fait de ce mot , ^toit un droit particuuer 
lev^ fur les ferfs par les maitres. • 
Je fuppiie le }e6);eur de me pardonner Feiuiui 
mortel que tant de citations doivent luidonner: 
\e ferots plus court , fi je ne trouvois toi^ours 
devant moi le livre de r^tabliflement de la mo- 
fiarchie Fran^oife dans les Gaules , de M. I'abbi 
Dubos. Rien ne recule plus le progr^s des con- 
noHTances, qu'un mauvais ouvrage d'un auteur 
celebre ; parce qu'avant' d*inilruire , il faut com- 
mencer par d^tromper. 



C H AP I T R E X VL 

* Des leudes ou vaffaux, 

I parl^ de ces volontaires qui , chez les Ger- 
mains , fuivoient les princes dans leurs entre- 
prifes. Le m^me ufaee fe conferva apr^ la con- 
quete. Tacite les defigne paf le nom de com - 
pa^nons (a); la loi falique par celui d*hommes 
qui font fous la fol du roi {^J; les formules de 



ia) Condtes, 
b)(juifunt in trttftc regis , tit. 44, art. 4. 



Liv. XXX. C H A !»• XVI. 6i 
Marculfe {f') par celui d'antruftions du roi {d) ; 
nos premiers hiftoriens par celui de leudes ^ , 
de fideles ; 6c ies fuivans par celui de vaffaux(/) 
& feigneurs. 

On trouve dans les lois Saliques & Ripuaires 
on nombre infini de difpofitions pour les Francs , 
& quelques-un€s feuktnent pour les antraftions* 
Les difpofitions fuf ces antruftiohs font 4iff6ren- 
tes de celtes faites pour les autres Francs ; on y 
regie par- tout les biens des Francs, & on ne 
dit rien de ceux des antruitions : ce qui vient de 
ce qpe les biens de ccux-ci fe rigloient plutdt 
par la loi politique que-par la loi civile, & cfb'ils 
"oieqt le fort d'une armie & non le patrimoine 
d'une famille. 

Les biens x^ferv^s pour les leudes furent ap 一 
pellfe des biens fifcaux (g), des h^n^fices , des 
honneurs, des fiefc, dans les divers auteurs & 
dans les divers temps. , 

On nfi peut pas douter que d'abord les fiiefs 
oe fuiTent amovibles {h\ On voit dan$ Gr6goire 
de Tours ( i ), que l*on &te k Sunegiiile & a 



M Uvre i , formule iS. 

Da mot tnu , qui fignifie fiddle chez les Alle* 
mands , & chez les Anglois true , vrai, 
le) Leudes , fideles, 
\f) VaffalU, fimores. 

\g) Fijcal'ut, Voyez la formule 14 de Marculfe ; 
IWre I. l\ eft dit, dans la vie de S. Maur, dedit fif- 
cum unum ; & dans les annates de Metz fur Pan 747 • • 
dedit Uli ^omitatus & fifcos plurimos, Les biens defti« • 
ne$*i rentretien de la famille royale ^toient appell^ 
画 rtgaJia, 

(A) Voyez le Uvr« I , tit. i » des fiefs 5 & Cujas fur 
ce 4ivre. 
( i ) Xiirre IX , ch. zxxviii. 



€4 Dc L'EsPRiT DCS Lois; 
Galloman tout ce qu'ils tenoientdu fife, & qu'oii 
nj? leur laifle que ce qu'ils avoient en propriety, 
Gontran , ^lerantau trdnefon neveu Cbildebert , 
eut une conference fecrette avec lui , & lui io - 
diqua ceux {k) k qui il devoit donnerdes fiefs, 
& ceux a qui il devoit les 6ter. Dans une for- 
mule de Marculfe (/ ) , le roi donne en echange , 
non feulement des benefices que fon fife tenoit, 
mais 'encore ceux qu'iin autre avoit tenus. La 
loi des Lombards oppofe les benefices a la pro- 
priety (m ). Les hiftoriens , les formules, les co* 
des des diffiirens peuples barbares , tous les mo- 
numens qui nous redent , font unanimes. £n£n» 
ceux qui ont ^crit le livre des fiefs (") , nous 
dpprennent que d'abord les feigneurs purent les 
Qter k leur volont^, qu'enfuite ils les afliirerent 
pour un an (0), & apres les donnerent pour 
la vie* 



(k) Quos honorartt munenhus , quos ah honort depel" 
Urct , ibid , Mr, vii. 

(/) Vei reliquis auihufcutnque heneficiis , auodcumque 
ilU » vel fifcus nofiu , in ipfis locU unuijfc nofcitur, 
Livre I J K)rmule ^o. 

On) Livre iii , tit. 8 , 

in) FeudoTum , lib. i » tit. i • 
' \o) C^toit une cfpece de pr^caire que le feigncur 
rcnouveltoit, ou ne renouvelloit pas Paonic d'eniuitc^ 
•omme Cujas I'a rcnurqiU, 



Chap. 



lir. XXX. Chap. XVII. 6j 



C H A P i T R E XVII. 
Du fervke militaire des hommes Uhres. 

3D £ux fortes de gens ^oient tenus au fervice 
QiiUtaire ; les leudes vaiTaux ou arriere^vaffaux , 
qui y ^toient obliges en conCiquence de leur fief; 
& les hommes libres Francs, Romains &Gau- 
lois , qui fervoient (bus le comte , & 6toient me* 
nis par lui & fes ofHciers. 

On appelloit homines libres ceux qui d*uii 
c&t^ n'avoient point de bin^ces ou nefs » & 

S' de I'autre n'itoient point foumis a la feryi- 
e de la glebe ; les terres qu*ils pofKdoient , 
^toient ce qu'on appelloic des terres allodiales* 
Les comtes aflembloient les hommes libres (tf ), 
& ks menoient k la guerre ; ib avoient fous eux 
des officiers qu'ils appelloient vicaires J : & 
comme tous ks homoies libres ^oient 
cn centaines, qui fbrtnoient ce que l,on appel« 
loit un bourg, les cotntes avoient encore lous . 
eux des officiers qu'on appelloit centeniers, qui 
menoient lies hommer libres du bourg (c), Ott 
kurs centaines » Ji la guerre. 



(tf)Vo7M Ic capitttUire de CWlcnugne, die I'an' 
tti , art. 多 & 4 , edit, de Baluze » tome t • p. 4^t \ 
H r^dit At Pift«s » de Van $64, art. 26 , tome li, 
pae. 186. 

{h) Et hahthit ufiufqulfque tomes vUarios 6* cinttn" 
nos ftcum »livre it des capitulajres , alrt. iB. 
(cj 0»les appcUoit jcoihpageHfis, 

F 



66 



De l'Esprit DCS Lois 



Cette divifion par centaines eil poft^riewe a 
ritabliflement des Francs dans les Gauges. E\hti 
fut faite par Clotaire & Childebert , dans la vuc 
d*obIiger chaque diflrid^ a r^pondre des vols qui 
s'y fcroient : on voit cela dans les d^crets de ces 
princes {d) • Une pareille police s'obfervc en- 
core aiujourd'bui en Angleterre. 

Comme les comtes menoient les homines li" 
bies k la guerre, ks leudes y menoient auffi 
leurs vaflaux ou ar nere-vaiTaux ; & les iyicfoes^ 



Les ^vSques ^oient aflez embatrafKs : ils ne 
convenoient ( g) pas bicn eux- mimes de teurs 
faits. Its demanderent a Charlemagne de ne plus 
les obliger daller a la guerre ; & quand ils l,eu* 
rent obtenu, ils fe plaientrent de ce qu,on letfr 
faifok perdre la confid^atton publique : & ce 
prince fut oblig^ de iuftifier j^deffus fes inteb* 
tiohs. Quoi qu,il en foit , dans les temps 6b ih 
n'allerent plus a la guerre, )e ne vots pas que 
leurs vaiTaux y aient M meuis par les comtes ; 
on ym au contraire {&) qua les rois ou les 



(d) Donnis rtnVui 5^5 , art* i. .Voyex lies capitu- 
kires, idh, de BaluziC , page 26. Ces r^glemeos iurent> 
flits, fans doute de toncilff. 

f/JOpimhire Cbadhimagne , dc l*sm , art. t 
& f , i^t de fi^Iuze , tome 直 , p. 490. 

(^) y^y^^ ,c ^apitLitaire Ae ran 863 , Aonniii Worms , . 
iAiU Balute , pag. 40S in 41O. 

(h) CapiEulaire de W^ems; de 1'an Edition de 

Baluze , page 405^.; & U concile .de l-an 845 ,Yous ; 
Charles le chauve' /in vemo pafatlg , ^ditioa de BUt 
Ittz e , tome 11 » pag, 17 , 8, ' 




L IV. XXX. Chap. XVH. 67 
iVIques choifiiToient un des fideles pour les y 
conduire* 

Dans un capjtulaire (i ) de Louis le dibon* 
naire , le roi diftingue trois fortes de yaflaux, 
ceux du roi , ceux des ^v^cmes , ceux du comts. 
Les vaiTaux d'un leude (A:) ou feigneur n,— 
toient men^ a la guerre par le comte , que lorf- 
que quelqu'emploi dans la mailbn du roi em* 
pechoit ces leudes de les mener eux-m^mes. 

Mais gut eft-ce qui menoit les leudes i I4 
guerre ? On ne peut douter que ce ne fiic le roil 
qui 6toit tou jours a la tSte de fes fideles. Ccft 
pour cela que, dans les capitulaires , on voit, 
toujours une oppofition entre les vaflaux (I) du 
roi & ceux des ^veques. Nos rois , courageux^ 
fiers & magnanimes , n, 务 toient point dans rarm^e 
pour fe mfettre a la t^te de cette milice ecdefiafH- 
c}ue ; ce n'etoit point ces gens 4a qu'ils ^oififlbient 
pour vaincre ou mourir avec eux* ' , 

Mais ces leudes menoient de meme leurs l^af* 
faux & arriere-vaflaux ; & cela paroit bien par 
ce capitulaire (m) oix Charlemagne ordonne 



U) Capitttlare quintum anni $19, art. 27, Edition d« 
Baluze, pag. 6iS. 

(k) Dc vaffis iominicis qui adhuC intrk CAfdmJtr* 
viunt , & tamen heneficia habere nofcuntur^ fiatutum ejk 
ut quicumque ex eis cum domino Imperator* domi t" 
manferint , vAfallos fuos cafatos ftcum non rttiiuanti 
fed cum comitt , eu)us pagtnfis pant > Ire permittanit 
Capiculaire 11, de ('an 8ii> art* 7 , ^dit« de Baluze, 
tome I , p. 4.94. * 

(/) Capitulaire t , Tan 811, aft. $. De homini* 
bus nofiris, & eplfcoporum & ahhaium qui vel hentfieid^ 
vzl taJia propria h&hcnt , &c. edit, de Balu2« , toi&e V 
pae. 490. 

(m) De l,a» , ch. i. ^dit. de'Balu", p. 490. XH 
Qnmis h^mo liher qui quatuor ntanfos vejHtos propfiQ 



6S De l'Esprit DCS Lois; 
que tout homme libre, qui aura quatre inatioirs— 
U)it dans fa propri6t6 , foit dans le b^nifice de 
quelqu'un , aille contre I'ennemi , on fuive (oh 
ieigneur. II eft vifible que CKarleroagne veu? 
dire que celul qui n'avoit qu'une terre en pro- 
pre , entroit dans la milice du comte , & que 
celui qui tenoit un b^n^fice du feigneur partok 
avec lui. 

• Cependant M. FabB^ Dubos pretend que , 
quand il eft parle dans les capitulsures its hom- 
ines oui d^pendoient d'un feigneur particulier t 
11 n'cft queAion que des ferfs ; & tl fe fonde fur 
la loi des Wiiigoths & la pratique de ce peu* 

|》le. I] vaudroit mieux fe fonder fur les capitu- 
alrcs mimes. Celui que je viens dc citer , di% 
formellement le contraire. Le trait^ entre Qiar- 
les le chauvc & fes freres , parle de mime des 
homines libr^s qui peuvent prendre a leur choix 
tin feigneur ou le roi ; cette difpofition eft coa* 
forme beauconp cTautres* 

On peut done Are qu'il y aroit trois fortes 
miMces; ceBe des'Ieudes ou iideles du roi» 
oui aToient eux-tnlmes fous fear d^pendance 
a'aotres fideks; celle des ivdques ou aotres ec- 
cl^iia&iquet & de kurs vaflaux; & enfin ceUe dtt 
comte , oui menoit les hommes tibres^ 

Je ne dn point ― les vaflauz ne pufient Itre 
foumis au comte , comme cem qmont un com-- 
mandement ^articu&r dependent de celui qui a 
w coaunaodeineAt pkjs g^&raL 



fitOt fivt M aUcujus ttnefdo , haBet, ipfi fi prMpsnt, 
4t ifft in koftm Pirgat , fivt cum finion nto, 

(») Tome III , My. VI , ch. ly , p. z^^'tubiUkmut 
it U nonarchir Ftan^oifc » ^ 



ti V. XXX. Chap. XVH. 69 
On voit mimt que le comte & les enVoy^s 
du roi pouYoient leur faire payer le ban , c'eft- 
"ire, line amende , lorfqu'ils n'avoient pas rem* 
pli les engagetnens d€ kur fief. 

De mimt , fi les vaiTaux (0) du roi faifoieni 
des rapines , ils itoient foumis a la corredlion 
du comte , slls n'aimolent mieux fe foumettre a 
ceile du roi. 



C H A P I T R E XV III. 

bu double ftrvici, 

C^'iroiT tin principe fondamental de la mo* 
narchie , que ceux qui itoient fous la puiflTance 
tftilitaire de quelqu*un , ^toient aufli fous fa ju« 
rkliSion civile : auffi le capitiilaire ( a ) de Louis 
le d^bonnaire , de fan 2i$ , fait-il marcher d'un 
pas ^gal la puiflance inilltaire du comte , & fa 
)uridiaion civile fur les homines libres : auffi les 
placites {^b) du comte qui menoit \ la guerre 
fes hommes libres , ^toicnt-ils appell^s les pla- 
cites (c) des hommes libres ; d'oii rifulta fans 



(o) Capitulanrc d« Pan SSa^art. n,apudytmis paia* 
thim y 66it. de Batuze , tome ii , page 17. 

(a) Art. I & 2 ; & le conciie in vemo paiatio , de 
fan S4S , art. 8 , 6dh, de fialuze i tome 11 , pag. 17. 

(h) Plaids ou affifcs. 

(c) Capitulaires , lir. iv de la cdleAion d'Anzeglfe » 
art. 57; & le capital. , de Louis le d^bonna'ire , 
fan 81^ « art. t4,4&t, dc Baluze , tpm, i, p. 6", 



7。 De t'EsPRiT DES L(5l$ ; • 

.doute cette maxime , que ce n'etoit que Sans fe§ 
placites du comte , 6c non dans ceux de fes ofB- 
ciers, qu'on pouvoit juger les queftions fur la 
liberty : auffi 1^ comte ne menoit-il pas k la 
guerre les vaflaux ( des ^v^ques ou abbis , 
pjirce qu'ils n'etoient pas (bus fa juridi^Hon ci- 
vile: auiS n*y menoit-il pas les arriere-vaffaux 
des leudes : auflile gloHaire i^e) des bis Angloi- 
fes nous dit-il {f) que ceux qiie les Saxons ap« 
pelloient copies , tureqt nommes par les Nor 一 
mands comt" , compagnons , parce qu'ils parta- 
geoient avec le roi les amendes judiciaires i aufli 
voyons-hous dans tous les temps que Fobliga- 
童 ion de tout vafTal {g^ en vers fon feigneur , 
fut de porter les armes 、力 ^ & de juger s pairs 
dans fa cour. 

, Une des raifons qiii attachoit ainfi ce droit de 
juftice au droit de mener a la guerre , ^toit que 
celui qui menoit a la guerre ^ifoit en meme- 
temps payer les droits du fife, qui confiftoient 
en quelques fervices de voiture dus par iks hom- 
ines libres , & en ginirsA en de certains profits 
judiciaires , dont je parlerai ci-apr^s, 

^Les feigneurs eurent le droit de rendre la juf- 
tice dans leilir fief, par 】e meme principe qui 
fit que les comtes eurent le droit de la rendre 
dans leur comt^ ; & pour bien dire , les comtes. 



(d) Voyet p. 66, ta note (/); 8e pag 67 ,1a note(/).- 

(e) Que l,on trouve dans le recueil de GuiHaume* 
Lambard •• de ptifcis Angtorum legibus, 

(f) Au tnbt Jatrapia, 

(g) Les affiles de J^rufalem , chapitres ccxxi Si 
ccxxii , expliqutnt bien ceci. 

(A) Les avou^s de r^glife ( advocati ) ^toient ^g^le 赠. 
ment 4 la Ute de leors plaids & d« leur milice. 



L I V. XXX;. Chap. XVm. 7f 
dans les variations arriv^ dans les divers temps, 
fuivirent toujours les variations arriv^es dans les 
£efs: les lins & les autres etoient goi^vern^s fur 
le inline plan & fur les mimes \dies. En un 
mot , les comtes , dans leurs comt^s , Etoient dcs 
leudes ; les leudes dans leur& feigneuries, Etoient 
des comtes. 

On n'a pas en des id^s juftes , * lorfou'oo a, 
regard^ les comtes comme des officien ae jus- 
tice, & les dac$ comme des ofBciers miiitaires. 
Les tins & les autres Etoient ^aiement des ofii* 
ciers militaires & dvils (^i ) : toute la difference 
^toit que k due avoit fous lui plufieurs comtes , 
quoiqa'il y eut des comtes qui n'avoient point 
de due fur eitx , comme nous rapprenons de 
FrW6g— ( ; :》• 

On croira peut-ltre que le gouvernement des ' 
Francs itoit pour lors bien chir, puifque les 
mtoes ofHciers avotent en meme-temps fur les * 
&jet$ la puiflance miiitaire & la puiHance ci- 
vile', & m^me la puiflance fifcale ; chofc quej'ai 
dit , dans les lims pr^c^dens , dtre une des' 
marques diftindives du defpotifme. 

Mais il ne faut pas pen&* que les comtes jo- - 
eeaflent feuls ( /、 , & rendiiFent la juftice comme 
fes iuchas^ rendent en Turquie: ils affembloient , 
pour iug^r les affaires , des efpeces de plaids ou 
oa/Efes Kjn) ^ oiiles notables Itoient convoquis. 



(i) Voyez la formule viii de Marculfe , liv. I , qui 
contient les lettres accordte i un due , patri^ ou 
cotnte , qui leur donaent la |furidiAioil civite & Fadmi^ ', 
niftration fifcate. ' 

(A) Chroniqu'e , ch. txxvni , fur Pan ^36. 

(/) Voyez Gr^goire dc Tours, lir. V , annum j8o. 

(m) MaUtttfit 



7i De l'Esprit Dts Lois , 

Pour qu'on puiffe bien entendre ce qui con; 
ccrne les jugemens, dans ks formuies , les lois 
des Barbares & faes capitalaires , je dirai que {n) 
les fondions de comte » du gravion & au cen, 
tenicr, itoient ks memes ; que les juges , 】es 
rathimburges & les echevins , dtoient fous dif* 
ftrens notns les monies perfonnes ; c'itoient les 
adjoints du comte , &c ordinairefflent i\ en avoit 
fept ; & comme il ne iui falioit pas moins de 
douzSe perfonnes pouf juger ( o) , il rempliiToit 
le nombre par ks notables {p ). 

Mais, qui que ce f6t qui eut la jurididion , le 
roi, le comte , le gravion , k centeniel- , les fei- 

£eurs, les ecd 迻 fiaiUques , ils ne jugerent jamais 
lis :. & cet lifage , qui tirok ion origine des 
forlts de la Germanie, fe maintint encore , lorl- 
que. les £efs prirent une forme nouvelle. 

Quant au pouvoir fifcal , il etoit tel , que le 
comte ne pouvoit euere en abuier. Les droits du 
prince , ^ regard des homines libres , iroient fi 
limples, qu*ils ne confiftoient , comme j'ai dit, 
qu'en de certaines voitures (q) exig^es dans de 
certaines occafions pubiiques ; & quant aux droits 
}iKUciaires ,ily avoit des lois (r) qui privenoient 
ks malverfations. r 



(«) Joignez id ce que i'ai dit au livrc XXVUI, 
cbap. a8 ; 6c au Hvre XXXI , ch. 8. 

(o) V6yez fur tout ceci les capitulaires de Louis le 
il»onnaire, ajoutis i la loi falique , art. a; & la for - 
mule des jugtmens , donn^e par du Cange , au mot 
honi homines. 

(p) Per hon&s homines, QuelquefoU iKn'v avoit que 
des notables. Voytz rappendice aux forraiiks de Mar - 
culfe , cK. LI. ' 

(q) £t quelqties droits fur les riTieres dont J*ai parl^. 

(r) Vovez la loi des Ripiiaires, tit, > & la loi des 
]uombaras, fiv. 11 , tit. 5 1 , §, 5»« 



LiY- XXX. Chaf, XIX. 7j 




C H A P I T R E XIX. 



Des compjojittons checks peupUs harbaru* 



OMME ileft impoffible ffcntrcr un pea avant 



la recherche de ces moeurs & de ces lois. 

II paroit , par Tacite , que les Germains ne 
coiuioiffoient que deux cnmes 9»pitaux ; Us pen- 
doient les traitres, & noyoient les poltrons: c'^- 
toient chez eux Jes deuls crimes qui fufleiit pu- 
blics. Lorfqu'im hoAficne (tf ) avoit fait quelqae 



dsfa&ion regardoit celui g«i avoit M offend , 
s*il pouvoit ia recevoir ; & les parens, (i I'in- 



ia mort de celui qui avoit 4t6 oiFenf^ ou 
la fatisfadion leur 6tok d^voluc. 

De la maniere dont parle Tadte, ces fads- 
fadions fe faiibiem par une convention recipro- 
que etiM les parties: Aifli , dans les codes des 



(a) Sufcipcre tarn inimicitias 餐 feu pdtris , feu m» 
pinqui , quant dmicitias , mceffe efi : mee implacaliics 
durant ; luimr cnim ttiam homicidium certo armtnto^ 
rum AC pecorun rmmcro , rtclpUqut fatisfacUontm tuU' 
vtrfa domus. T iicitt « 4t morih. Germ, 






Tome IK 



74 De l'Esprit DCS Loif 

, pcuplcs barbares , ces fatisfadions s'appellent-ielles 
des coiiipo(inon5. 

Je ne trouve que la loi ^\ des Frifons qui 
alt laifie le peuple dans cene fituation oil chaque 
famille ennemie ^toit , pour ainfi dire, dans I'e- 
tat de nature ; & oil , fans etre retenue par que! - 
que loi politique ou civile , elle pouvoit a fa 
fantaifie exercer fa vengeance, jufqua ce qu'elle 
eut k\k fatisfaite. Cette loi meme fut temper 6ej 
on ^tablit ) que celui dont on demandoit la 
vie , auroit la paix dans fa maifon , qu*il I'auroit 
en allani & 8n revenant de I'iglife , & du lieu 
oil l,on rendok les jugeinens. 

Les compilateurs des 】oi$ Saliques , c'ltent un 
ancien ufage des Francs ( , par jequel celui 
qui avoit exhumiiun cadavre pour le d^pouiller,- 
etoit banni de la foci^^ des hommes , jufqu'a ce 
que les parens confentifTent a I'y faire rentrer : 
& co'mme avant ce temps il etoit d6fendu a 
tout le monde , & a fa femme m^me, de -lui 
dormer du pain , ou de 】e recevoir dans fa mai* 
foil ; un tel homjne &oit a I'egard des autres ^ 
^ les autres ^toient a fon ^eard, dans I'etat de 
nature , jufqu'a ce que cet etat eut ceiK par la 
xompofition* 

A cela pres , on vo5t que les fages des <li, 
Terfes natipns barbares longerent 4 faire p^r 
eux-fxiemes ce qu'il ^toit trop long & trop dan- 
gereux d*attendre de la convention r6ciproqiiede$' 
- parties. lis furent att^ntifs \ mettre iin prix jufte 



(》) Voyez cette loi , tit. a , fur les meuitres \ dp 
riiddition de Vullemar fur les vols, 
(c) Addkio /apUntvm, tit. i , $• f • 
(ff) loi fal— , tit. sS , §. I i tit, 17 1 5. !• 



Liv. XXX. Chap. XIX. 75 
i la compoAtion que dcvoit rccevoir celui a qui 
on avoit fait quelque tort ou quelq'u'injure.Tou- 
tes ces lois barbares ont la-deiTus une pr^cifion 
admirable : on y diftingue avec finefTe les cas^^^, 
on y pefe les circonitances ; la loi fc met k ia 
place de celui qui eft offenAi , & d^emande pour 
Jui 】a fttisfadion que, dans un moment de lang* 
froid, il auroit deinan<Ue lui-m£me. 

Ce fut par retabliflement de ces lois, que let 
peuples Germains fornrent de cet 会 tat de nature , 
oil il fetnble qu^ds etoient encore du temps de 
Tacite. 

Rhotarisd^dara , dans la loi des Lombards (J^, 
qu'il avoit augmente les cotnpofitions de la cou - 
tame ancienne pour les bleffures, afin que le 
hiefHk itant fatisfait , les inimitiis puffent cefTer: 
^ effet, les Lombards, peuple paurre, s'^tanc 
enrichis par la conquece de I'ltalie , les compo- 
fitions ancienaes devenoient frivoies , & les re- 
conciliatioi^s ne fe faifoient plus. Je ne doute 
pas que cette con(id£ration n*ait oblig^ les autres 
chefs des nations conquirantes a faire les divert 
codes de lois que nous avons auiourd'hui. 

La principale compofition ^toit celle que It 
meurtrier devoit payer aux parens du mort. Li 
difference (g)des conditions en mettoit une«bns 
les compofttions : aidfi, dans la loi 4es Angles, 
la compofition ^toit de Jhc cents (bus pour la mort 



(-) Vbyez furtout les titres 3 , 4 , 5 , 6 & 7 de 1» loi 
<Cahque , qui regardent les vols des animaux* 
(/) Livrel,tit. 7, $. 15. 

(g) Voyez la loi des Angles , tit. 1 , $• i , 2, 4; 
Jhid, tit. 5 , ^. 6 ; la loi des Bavarois , tit. i , ck. S 
& $ i 5cU loi des Frifons , tit. 15. 

G a 



76 De l'Esprit des Lois, 
d'unAdafingue , de deux cents pour -elle d'utl 
hdmme libre , de trante pour celle d'un ferf. La 
grandeur de la compofition ^rablie fur la tete 
i'un homme , faifoit done une de fes grandes pre- 
rogatives ; car, outre la diftindion qu'elle faifoit 
fa perfonne, elle etablifToit pour lui , parmi 
des nations vioientes , une plus grande surete. 

La loi des Bavarois (h ) nous fait bien (entir 
ceci : elle donne le nom des families Bavaroifes 
qui recevoient une compofition double , parce 
qu'elles ^toient les premieres (i ) apr^s ]es Agi- 
lolfingues. Les AgUolfingues ^toient de la race du- 
^ale , & on choifiilbit le Due parmi eux ; ils avoient 
une compofition quadruple. La compofition pour 
le Dup exc^doit d'up tiers celle qui itoh ^tablie 
pour les Agiiolfingues. w Parce qu'il eft Due , dit 
,, la loi , on lui rend uia plus grand honneur 
j> fes parens. " 

Xoutes ces compofitions itoient dxies a prix 
dargent. Mais comme ces peuples, furtout pen- 
dantquils fe tinrent dans laQermanie, n,en avoient 
guere ; on pouvoit donner du b^uil, du bled^ 
des tneubles , des armes, des chiens , des oifeauic 
de chafle , des terres (k)f &c. Souvent meme 
la loi (I) fixoit la vakur de c^s (hofes ; ce qui 



(h) Tit. 2, ch. XX. 

(/) Hozidra > Ozza , Sagana , Habilinzua^ Annimi 
ihrd. 

{k) Anfi la loi d'Ina eflimoit la vie une certaine 
fomme d'argent , ou une certaine portion de terre. 
Leges Intt regis , titulo de Villico regie , prifiU Anm 
glorum iegibus , Cambridge , 1(544. 

(/) Voyez la loi d«s Sairpns , qui fait mftme c^tte 
/ixation pour plufieuFS peuples , chap 18. Voyez au0i 
l^Ioi Ripuaires, tit, 36, loi des Bav^fpU. 



Liv. XXX. Chap. XtX. " 
explique comment, avec fi peu d'argent, il y eut 
chez eux tant de peines p6cuniaires. 

Ces lois s*attacherent done a marquer av6c pr^ - 
cifion la difference des torts , des injures , des 
crimes, afin que chacun connfit au jufte jufqua 
qpe] point il 茶 toit l^f^ ou ofFenf ; qu'il sut exac- 
tement la reparation C[u*il devoit recevoir , £c 
furtout qu'il n,en devoit pas recevoir davantage. 

Dans ce point de vue , on con^oit que celui 
qui fe vengeoit apr^s Vfoiv reqa la fatisfa£lIon , 
commettoit un grand crime. Ce crime ne con- 
tenoit pas moins une ofTenfe publique qu'une of- 
fenfe particuliere : c,6toit un mepris de la, loi 
m^me. Ceft ce crime que les legiiliteurs (m) 
oe manquerent gas de punir. 

II y avoit un autre crime qui fut furtout re- 
gard! cotnme dangereux (n) lorfque ces pea- 
pies perdirent dans le gouvernement civil quci- 
que chofe de leur efprit d'independance , & cj je 
les Rois s'attachereat. a mettre dans I'etat une 
nwilieure police ; ce crime etoit de ne vouloir 
point faire , ou die ne vouloir pas recevoir la fa- 



tit. I , §. lo & XI. Si aurum nan hahet , dontt allam 
f^cuniam , mancrpia , terram ,&" 

(ro) Voyez la -loi des Lombards , liv. I , tit. 15 , 
• 21 ; ibid, liv, I , tit. 9. §. 8 &. 34 ; ihid. §. 38 ; 5t 
capitul., de Charlemagne , de I'an S02 , chap. 32, 
contenant une inftruftion donate a ceux qu'il en- 
voyoit dans les provinces. 

(n) Voyez dans Gt^goire de Tours , liy. VIl , cha- 
•itre 47 , le detail d'un proces 011 une partie perd 
la moiti<5 de la compotitton qui lui avoit ^t^ adju- 
g 豸 e, pour s'^tre fait juftice eUe-m^me , au lieu de 
recevoir la fatisfa^ion , quelques exces qu'elle et\t 
fouffcrts d«puis. 



78 De l*Esprit de$ Lois ; 

耄 isfa£liofi* Nous voy ons , dans divers codes dt% 
lois de$ barbares,qu€ les l^giilateurs ( d) y oWi - 
geoient. En efFet , celui qui refufoit de rccevoir 
Ki fatisfadion , vouloit confer ver.fon droit de 
vengeance ; celui qui refufoit de hi faire , laiiToit 
a l'offeni6 fon droit de vengeance : & ceft ce 
que le$ gens fages avoient x&otmi dans les ins- 
titutions des Germaios , qui invitoient a la com* 
pofition , mais n'y obligeoient pas« 

Je viens de parler d'un texte de la loi faDque, 
ob Je Ugiflateur laiflbit a la Itbert^ de roffenfe 
de recevoir ou de ne recevoir pas la fatisfac*- 
tion \ c,eft cette loi (p) qui interdifoic a celui 
qui avoit d^pauill^ un cadavre le commerce- des 
homines , jufqu'a ce que les parens, acceptant la 
fatisfa£Hon, euflent demand^ quil put vivre pariiit 
ks Eommes. Le refpefi pour les chofes faintes 
£t que ceux qui r^digerent les lois faliques ne 
toucherent point a I'ancien ufage. 

II aurolt iti injufte d'accorder une compofi- 
tion aux parens d'un voleur tui dans Faflion di) 
vol, ou a ceux d'une femme qui avoit ct6 ren- 
\oyie apris une reparation pour crime dfadul- 



(o) Voyei la loi des Saxons, ch. j , §. 4 ; la lot 
4es Lombards Ji V.I, tit. 37, g. i 8l a; & la loi des 
Allemands , tit. 45 , ^. i & i. Cette derniere loi per- 
mettoit de fe faire juftice foi-mSm'e fur le cbamp & 
dans le premier mouvemcnt. Voyez auffi les capita* 
l.iires de Charlemagne » de I'an 779, chapitre 22 ; de 
l*an 8oa, chapitre 325 & cdui du roSnae de I'an 805, 
chapitre 5. • 

(j?) Les compilateurs des lois des Ripuaircs pa- 
reiirent avoir modiii^ cecu Voyez le titre 85 de ces 
lois, 、 



Liv. XXX. Chap. XIX. 79 
lere. La loi des Bavarois (q) ne donnoit i^int 
de compofition dam, des cas pareils, & punif- 
(bit les parens qui en pourfuivoient la vengeance. 

II n'eft pas rare de trouver , dans les coaes des 
lois des barbares , des compofitions pour des ac- 
tions involontaires. La loi des Lombards eft pref- 
que toujours fenfee ; elle vouloit ( r) que , dans 
ce cas, on comjiipsat fuivant fa gen^rofite , & 
que les parens ne puflent plus pourfnivre la ven- 
geance. 

Clot aire II fit un dicret ties fagenl defendit 
(s) h. celui qui avoit ith vole de recevoir fa 
compofition en fecret , & fans I'ordonnance du 
^uge. On va voir tout a I'heure le motif de 
cette loi. 



C H A P 1 T R E XX. 

Dc ce que Von a appelli depids la jujiicc des 
feigrteurs, 

C)uTR£ la compofition qu'on devoit payer 
• aux parens pour les meurtres , les torts & les in- 
jures , 11 falloit encore payer un certain droit que 



M Voycz le d^cret de TafliUon , de populanbus 
gihus , art. 3, 4, to , 16 , 19 i la loi des Angles , 

tit. 7. §.4. 

(s^ Liv. I , tit. 9, §• 4. 
* (j) Paclus pro tsnorc pacts inter Childehertum & Clo' 
tarium , anno j .fic dterctio Clotarii II ,、 'regit eitca 

G 4 



So De l*Esprit des Loi»; 
les codes des 】ois des barbares appeitent fri^m 
(a), J'en parlerai beaucoup^ &, pour en don - 
•n«r ridee, )e dirai que c'eft la recompenfe de la 
jprotedion accordee cbntre le droit de vengeance. 
Encore au)ourd*hui , dans la langue Suedoife fud 
veut dire la paix. 

Chez ces nations v'lolentes , rendre la iuAice 
u'etoit autre chofe qu'accordeir a celui qui avoir 
lalt une ofFenfe, fa protedidn contre la vengeance 
de celui qui Favoit re^ue ; & obliger ce dernier 
a rcceroir la farisfaflion c|ui lut efoit due : de 
forte que , chez les Gertnains , a ]a difference 
de torn les autres peuples , la juftice fe rendoit 
pour proteger ^ critnioel contre celui quil avoil 
oiTenfe. _ 

Les codes des lols des barbares nous donnent 
Jes eas ob ces fnda devoient £tre exig^s. Dant 
ceux oil ks parens ce pouvoieot pas prendre de 
vengeance y ils ne donnent point de pedum : en 
efFet 9 la oii il n*y avoit point de vengeance , il ne 
pouvoH y avoir de droit de protedion cbntre la 
vengeance. Ainfi , dans la loi des Lombards (b)^^ 
£ quelqu'un tuoit par hafard usr^homme libre, 
il pay ok Ja yaleur de rhomme mort fans 】e 
fredupi ; parce qpe., Fayant tui involootairement g 
ce n'^toit pas le cas oil les parens euHent un 
droit de vengeance. Ainfi , dans la loi des Ri, 



(a) Lorfque la loi n« le fixoit pas , 8 itoit or* 
(! Tinaireinent le tiers de ce qu'on donnoit pour Ja 
compofition » comme Q paroit dans la lor des Ri- 
puaires , chapitre 89 , oui eft explfqu^e par le troi- 
fieine capttulaire de I'an 815 » ^dit. d« Baluze, tooie I •' 



J 



tir. XXX. Chap. XX. 8i 
puaires (c) , quand un homme ^toit t\i6 par un 
morceau de bois ou un ouvra^e fait de main 
d'homme , Fouvrage ou le bois etoient cenCis 
coupables , & les parens les prenoient pour lear 
ufage 4 fans pouvoir exiger de frtdum, 

De mime , quand une bete avoit tu£ un horn* 
ne , la mSme loi (d) ^tabliifoit une compofi- 
Mon fans le frtdum , parce que les parens du mort 
n'etoient pas ofTenfes. 

Enfin , par la loi falique ( e /, un enfant qui 
avoit commis quelque fame avant I'age de douze 
am, payoit la compofition fans le frcdum : coinme 
il ne pouvoit porter encore les armes, il n'^toit 
point dans le cas oil la partie lefie ou fes parens 
puflem demander la vengeance. 

C^oh le coupable qui payoit le frtdum , pour 
la paix & la f(6curit^ que les excfes qu'il avoit 
commis lui avoient fait perdre , & qu'il pouvoit 
recouvrer par la protection : tnais un enfant oe 
perdoit point cctte fecurite ; il n'etoit point un 
homme , & ne pouvoit £tre mis hors de Ja fo« 
ci^t^ des homines. 

Ce fredum etoit un droit local pour celui qui 
jugeoit dans le territoire (/). La loi des. Ri- 

Ipuaires {^g) ]ui d^fendoit pourtant de Fexiger 
ui-m£me ; eUe vouloit que la parfie qui avoit 



STit. 70. 
Tit. 46. Voyez auffi la loi des Lombards , Jiv, I , 
c}iap. ai , §. 3, ^dit. de Lindembrock ; fi eahalus €um 

(e)TiU iS, €.6. 

If) Comme il parott par le d^crct de Clotaire II , 
4e ran $95. Fndus tamn judicU in cujiu pago -J, 
nfirvetur, 

(i) Tit, S9. , 



8* De l*Esprit des Lois; 

obtenu gain de caufe , le re^ut & le portat aii 
fire , pour que la paix , dit la loi , fut ^ternelie 
cntre les Ripuaires. 

La grandeur du fredian fe proportionna a la 
grandeur de la (A) protedion : ainfi le jrtdum 
pour la protedlion du Roi , fut plus grand que 
celui accord6 pour ia prote3ion du t)omte & 
des aatres-ju^es. 

Je vois d6ja naitre la juftice des feigneurs. Les 
fiefs comprenoient de grands territoires, comtne 
il paroxt par une infinite de monumens. Jai d^ja 
prouve que les Rois ne levoient ; rien fur les 
terres qui etoient du partage des Francs; encore 
moins pouvoient-ils fe rcferver des droits fur les 
fis&. Ceux qui les obtinrent eurent a cet egard 
la jouiiTance la plus ^tendue; ils en tirerent tous 
les fruits & tous. ks ^molumens : & comme un 
des plus confiderable^ (i) etoient les profits ju- 
diciaires \freda \ que ron rccevoit par les ufages 
des Francs , .il iuivoit que celui qui a volt le Bef 
avoitauffi ia juAice , qui ne s'exer^oit que par des 
compositions aux parens, & des pronts au fei- 
gneur ; elle netoit autre chofe que de faire payer 
ks compofitions d« la ioii & celui d'exiger les 
amendes de la loi. ' 

.On voit , par les formules qui portent la con- 



(A) Capitulate incerti anni ^ chap. 57, dans Baluze , 
tome I, pag. 515. Et il faut remarquer que ce qu'on 
appelle fndum ou faida , dans les monumens de la 
premiere race , s'appelle bannum dans ceux de la fe*. 
condc , comme il paroit par le capitulaire dc partibus 
Saxonia , de Pan 789. 

(i) Voycz le capitulaire de Charlemagne, dc Villis, 
oil il met ces ficda au nombre des grands revenue de* < 
ce qu'on appelloit vilU oh domaines da Roi» 



Liv- XXX. CttA p. XX. 8j 
firmation ou la tranilation a perpetuite d'un fie^ 
en faveur d'un leude {k) ou ndele , ou des pri- 
vileges des fiefs en faveur des iglifes ( /) , qu6 
ks hefs avoient ce droit. Cela paroit encore par 
vne infinite de chartres [w] qui contiennent une 
defenfe aux juges ou of&ciers du Roi d'entrer dans 
le territoire , pour y exercer quelqu'adle de juf- 
hce que ce fut, & y exi'ger quelqu'emolument 
de jailice que ce Cut. D^s que les juges royaux 
oe pouvoient plus rien exiger dans un diftriS » 
lis n*entroient plus dans ce diftri6t ; & ceux a 
qui reftoit ce diftri£i y faifoient les fon£lions que 
ceux- la y avoient faites. 
. U eft difendu aux )uges royaux d'obliger les 
parties de donner des cautions pour comparoitre 
devant eux : c'^toit done k celui qui recevoit le 
territoire a les exiger. II eil'dit que les Envoy 6s 
du Roi ne pourroient plus demander de loge- 
ment ; * en effet , ik ny avoient plus aucune 
fandion. 

, La juffice fut done , dans les fiefs ariciens 6c 
dans les fiefs nouveaux , un drai t inherent au fief 
meme , un droit lucratifqui en faifoit parrie. Csft 
pour cela que , dans tousles temps, ellea ^t^ re- 
gard^e ainfi ; d'oii eft ce principe , que les jxifti- 
ces font patrimoniales en France. 

Q;S|Jque&*uns oat cru que les juftices tiroient 
kur origine des aSranchiflemens que les Rois 6c 



(k) Voycz la Cormale 3 , 4 8c 17 « livre I , de Mar- 
culfe. 

(/) Ibid. Formule a , 5 & 小 

(») Voyez les recueils ces chartres , fur tout ce- 
lui qui eft a U fin du cinquieme volame des hiftoriei»s 
de France des PP. B^o^iains. 



84 D£ l'Esprit des Lo»; : 
les feigneurs firent de leurs ferfs^ Mab ks na- 
tions &ermaines , & celles qui en font defcen- 
dues , ne font pas les feules qui ayent affranch i 
des enclaves, &. ce font les feules qui ayent cta- 
bli des juftices patrimoniales. D ailleurs , les for - 
mules de Marculfe [ /i ] nous font "voir des hom - 
mes libres dependans de ces jui^ices dans les pre- 
miers temps : les ferfs ont done ete juiliciables, 
parce qu'ils fe font trouves dans le territoire ; 6c 
lis n ont pas donne rorigine aiu fiefs , pour avoir 
^te englobes dan^ le fief. 

D'autres gens ont pris une voie plus courte : 
ks feigneurs ont ufurpe les juftices , ont-ils dit; 
& tout a ete dit. Mais ny a-t-il eu fur la terre 
que les peuples defcendus de la Germanic , qui 
ayent ufurp^ les droits d$s Pf inces ? L'hiftoire 
nous apprend. aiTez que d*autr€$ peuples ont fait 
des entreprifes fur leurs Souverains; mais on n'en 
voit pas Raitre ce aue Yon a appelle les jufti- 
ces des feigneurs. C^toit done dans le fond des 
ufages & des coutumes des Germains qu*il en 
falloit chercher rorigine. 

Je prie de voir , dans Loyfeau (o) ^ quelle 
eft h maniere dont il fuppofe que les ieigneurs 
procederent pour former & ufurper leurs diver* 
fes )uilices. II faudroit qu'iU euflent €ti les 'gens 
du moode les plus rafin^s , & quils eui&^^vo-. 



(n) Voyet la 3 > 4 8C14 du Hv. I ; 8c la chartre de 
Charlemagne , de l,an 771 , dans Martenne, tome I. 
Anecdot. collet. 11. PritcipUntes jubcmus ut uUus ja -、 
dex publicus .... homines , ipfius ecclefia & monafierii 
jpfius Morbacenfis tarn ingenuos quam 6* fcryos • & qiH 
jitpcr eorum terras mature , &c. 

(0) Traits des }uftkes <U village* 



—— —'I 



Liv. XXX. Chap. XX. 



8? 



\i , non pas cotntne les guerriers pillent , itiais 
comme des jugcs de village & des procureurs 
fe voient entt'eux. II faudrolt dire que ces guer- 
riers , dans toutes les provinces particulieres du 
royaume & dans tant de royaumes , auroienc 
{ait un fyfteme general de politique. Loyfeau les 
fait raifonner comoie, dans fon cabinet , ii rai« 
fonnoit 】ui-m2fne. 

Je le dirai encore : fi la juffice n'etoit pomt 
une dependance du fief, pourquoi voit-on par- 
tout (p) que Ic fervice du 6zt itoit de fervir le 
Roi ou Ic feigneur , & dans leurs cours & dans 
leurs guerres i 



Es eglifes acqucrent des b'cns trhs confidera- 
bks. Nous voyons que les Rois leur donnerent 
de grands fifes, c*eft-i-dire , de grands fieft; Sc 
nous trouvons d*abord les juftices ^tablies dans 
les domaines de ces iglifesi D'oii auroit pris fon 
origine un privilege ft extraordinaire? II itoit 
dans la nature de la chofe donn^e ; le bien ec- 
clHiaflique avoit ce privilege , parce qu'on ne le 
lui 6toit pas. On donnoit un nCc a I'^^life; & 
on lui laiflfoit i^s prerogiitives qu'il auroit cues ^ 
fi on I'aToit donn^ a uo leude : auifi fut-il fou- 



C H A P I T R E XXI. 



De la jujlice urritQriale dfs eglifes. 




00 Voyci M. du Cange , au mot kominiunh 



16 Di l'Esprit des Lois ; 

mis au fcrvicc que Wtat en auroit tiri , $*if 
avoit M accord 丟 au l^que , comme on fa 
dija vu. 

Les ^glifes eurent dooc le droit de (aire payer 
les compofidons dans leur territoire , & d'en exi- 
ger le jredum ; & comme ces drou& emportoient 
n^ceffairement celuid'empScher lesoiHciers royaux 
dVntrer dans le territoire , pour exiger ct^frcda , 
& y exercer tous ades de juiUce, \t droit qu'eu- 
rent les eccl^fiafiiques de rerdre la juftice dans 
leur territoire , fut appell6 immumti , dans le 
ftyle des formules (a) , des chartres & des ca- 
pitulaires. 

loi des Rlpuaires ) defend aux sifTranchis 
(c ) des ^glifes de tenir raffetnbl^e (d) oh la 
jufHce fe rend , aiJleurs que dans r^gUfe oil ils 
ont itk affrancDis. Les ^glifes avoient done des 
juflices , m^me fur les hommes libres , & tenoient 
leurs plaids d^s les premiers temps de la mo« 
narclue. 

Je trouvc, dans les vies d" Saints (e ) que 
Clovis donna a un faint perionnage la puifTance 
fur un territoire de fix lieues de pays, & qu'it 
voqlut qu'il ffit libre de toute jurididHon que!- 
conc^ue. Je crois bien aue c'eft une fauuete, 
mais c'eft une fauflet^ tres ancienne ; le fond de 
la vie & les menfonges fe rapportent aux moeurs 



U) Voyei la formule 3 8t 4 de Marculfe , liv. I. 

{h) Ke aliuhi nifi ad ucUfiam , uhi nUxau Junt • 
mallum tentant , tit. 58 , §, i. Voyez aaili le 5. ip* 
扭 it. de Lindembrock. 

(c) Tabulariis, 

\d) Mallum, 

\e) Vita S, Germeri epifcopi ToUfini , apud Sollati^ 
dianos, 16 Maii, 



Li V. XXX. Chap. XXI. 9f 
Si aux lois du temps ; & ce font ces moeurs & 
ces lois (f) que l,on cherche ici. 

Clotajre II. ordonne aux Eveques (g) ou aux 
grands , qui pofKdent des terres dans des pays 
eloign^s , de choifir dans le lieu meme ceux qui 
doivent rendre la )u(lice ou en recevoir ks ^mo- 
lumens. • 

Le meme Prince ( k) regie la competence en« 
tte les juees des iglifes & fe$ officiers. Le ca - 
pitulaire de Charlemagne , de I'an 802 , prefcrit 
aux Ev^quefs 6* aux Abbes les qualites que doi- 
vent avoir leurs officiers de juftice. Un autre du 
meme Prince ( i ) defend aux officiers royaux 
d'exerccr aucune juridiftion (kj fur ceux qui 
cultivent les terres eccl^fiadiques , a moins qu*ils 
n'ayent pris cette condition en fraude, & pour 
fe foufltaire aux charges publiques. Les Eve- 
ques aflembl^s a Rheims d^clarerent (/) que les 
Taflaux des ^glifes font dans leur immunity. Le 
capitulaire de Charlemagne , de I'an S06 (/n) , 



(f) Voyez auffi la vie de S. Melanius, 6c celle d« 
S. D^icole. 

[g) Dans te cdncile de Paris , I'an 615. Epifcopi vet 
fotentes , qui in alus poffident regionthus , judicts vtl 
rnijfos dijcujfores dc aliis provinciis non inJUtuant , nifi 
it loco , quijufiitiam ptrcifient , & aliis nddant'ixU 19* 
Voycx aufh Tart. 12. • 

(A) .Dans le concile de Paris , I'an 61^, art. 5. 

^i)D«ns Id loi des LomKuds, liv. II , tif . 44, ch.iiV* 
^dit. de Lindembrock. 

(k) Servi aliiones , lihcUarii andqui , vd alii noviur* 
faiU, ibid. 

(/) Lettre I'an 858, art. 7, dans les caphuhires, 
page loS. Sicut ilUt res & facuUaUs in quihus vivunt 
cUrici f ua & fuh eon/ecrationt immunitatis funt 
quibus dchcnt militare vaj/alli, 

(m) U eft ajout^ a U loi des Bavarois , art. 7 ; voyes. 



98 De l'Esprit ,es Lois ; 
▼eut q«e les ^glifes ayent la juftice criminelle A 
civile fur tons ceux qui habitent dans leur ter- 
ritoir^. Enfin , le capitulaire de Charles le chauve 
{m^ diftingue les juridi^ioos du Roi, celies des 
feigneurs y 8c celies des eglifes ; & je n'en dirai 
pas davantage. 

C H A P I T R E XXII. 



Que Us juftices itoient itablics avant la fin de U 
、fecoTuU race. 

O N a d!t que ce fut dans le defordre de la fe* 
conde race, que les vaiTaux sattribuerent la jui- 
tice dans leurs fifes: on a mieux aim^ faire une 
propofition generale que de rexaminer : il a ith 
plus facile de dire que les vafTaux ne poiTedoient 
pas , que de d^couvrir comment iis polKdoient. 
Klais les juftices ne doivent point leur origins 
aux usurpations; dies derivent du premier eu,. 
Ibliflement , & non pas de fa corruption, 

Celui qui tue un homme Hbre , eft- il dit dans 
la loi des Bavarois payera la compofition 

a fes parens, s'il en a; &, s'il p'en a point , il 



audi I'art. 3 , de I'^dit At Lindembrock , pag. 444. //»- 
primis omnium jubendum eft ut hahtant tccUfut earum 
juJUcias , & in vita iUorum qui habitant in ipjis cccUfiU 
%i oofi » f^m in pccuniis quam & in fuhftantiis torum, 

(n) De i'an S57 , in fynoio apud Carifiacum , art. 4 , 
i^dit. d« Baluze , page 96. 

(«) Tit. 3 , cb. 13 , i^xu de Lindembrock. 

la 



Liv. XXX. Chap. XXII. 89 
la payera au Due , oa a celui a qui il s'^toit re- 
commandi pendant fa vie. u 

On fait cc que c'^toit que fe recommander 
pour un benefice. * 

n Celui a qui on a enleve foii efclave, dit 
k ioi des^ Allemands 、& ), ira au Prince aaquel 
eft foumis le ravifTeur , afin qu*il en puiiTe obtenir 
la compofition. 

,, Si un ccnten^f ,cft-il dit dans le dicret de 
Childebert {^c)j trouvc un voleor dans une au- 
tre centaine que la fienne , ou dans les limites de 
nos fiddles , & qu'il ne Fen chafle pas , il repr^- 
fentera le voleur , ou fe pargera par ferment. « 
II y avoit done de la dinerence cntre le terri- 
toire des cententers & celui des fiddles* 

Ce decret de Childebert explique la condicu- 
^on de Clotaire { d)de h meme ann^e , qui, 
ilobn^e pour le fnlme cas & fur le tnlme fait, 
sie differ e que dans les terines;la conftitutio^ d]> - 
peliant in truJU, ce que le decret appelle in ter^ 
trunisfidelium noftrorum. Meffieurs Bignon & chi 
Cange ( r ) , qui orU cru que in irufle figjniSoit 



(h) Tit, 8,. 

(fj De raa 59^ , art. ji & "it. d«s capitulairefr 
de Baluze, pag. 19. Pari conditione convenit ut fi una- 
centena in olid centend ve/kgium ficuta fuerit & invtrtc- 
nt 4 yel in mikufcumgut fidtlium noftrorum terminis 
yeftigium mifcrit, & ipfum in aliam cenunam minimc 
txpciUre pptuerit , out convicbis reddat latroru 樣 8cc. 

(d) Si .vtftifsuis eomprobatur Utrenis , tamsn prafen^ 
tUt ruhil ionge mu/Hando ; aut fi perfeguens latronem- 
fuum comprehenderit , ihtegram compofitiohem 4cci- 
piat. Quod fi in trufle invenitur , msdiudtem compofi- 
tionis truJUs- adqmrat , & capitaU exigat a latrone ,, 
art. 2, 3. 

(e) Yoyez le gloiTaire , au mot trufils^ 



90 De l*Esprit des Lois/- 

le domaine d*un autre Roi , n'ont pas hien tenr 

contr6. 二 

Dans une conilitution de Pepin {^f^ , Roi d'l- 
talie , faite tant pour les Fpanci que pour les 
Lombards , ce Pfince, apr^s avoir impol^ des 
peincs aux Comtes & autres officiers royaux qut 
p vari que nt dans Fexercice de la juflice , ou qui 
different de la rendre , ordonne (g) que, sll ar- 
rive qu'un Franc ou tin Lombard ayant un fief » 
ne veuille pas rendre la jufttce, le }uge dans le 
didria duquel ii fera , fufpendra Ijexercice de fon 
fief ; & quQ , dans cet inter valk , lui ou fon Etir 
voye rcndront la jufKce. 

Uu capitulaire de Charlemagne (A ) prouve 
que les Rois ne levoient point partout les freda. 
Un autre du m^me Prince ^ f ) nous fait voir les 
regies teodales & la cour feodale deja ^tablies» 
Un autre de Louis le debonnaire vent que , lort 
que cekii qui a un fief ne rend pas la jufiice ( 人、, 



(/) Infi^rie dans la loi des Lombards , fiv; II , tit. 
51 ; §. 14. Ccft le caprtulatre de Kan 7^3 , dans B^Iuze , 
pace 544, art. 10. ' 

『,) Et Ji forfitan Francus out Longoharius hah ens 
heneficium juftitiam faccre nohurit , iUt judex in cujus 
mini/brio fusrit , contradicat UU heneficium fuum , in- 
ttnm dam ipfi aut miffus ejus jufi'uiam faciat, Voyez 
encore la meme loi des Lombards , liv, II » tit. 52 , 
S 2 , qui it rapporte au capltalaire Cbarlemagne^ 
77p, art, «. 

!A] L^lroirieme dcTan 812, art. 10. 
i) Second capUulairc d« fan S13 , srt. 14 & 20 , 
page 509. , 

(k) Capititlan quintam , smni S19 , art. , ^diu de 
BaUize. pag. 617. Ut uhicum^ue mijji , aut epifiopum » 
aut abhaUm , aut alium ^uemlihct honor- praditum invt" 
ntrlnt , qui juftitiam faure noluit vfi prokihuit, ipfius- 
rebus yivant ^uandiu in to loco juftitias facerf idihnu . 



Liv. XXX, Chap. XXII. 91 

ou cmpeche au*oa ne la rende, on. vive a dif- 
cretion^/dans la maifon, jufqu'a ce que la juftice 
(bit rendue. Je citerai encore deux capitulaires de 
Charles le chauve , Fun (0 de I'an 861, oil Yon 
voit des juridi^tions particulieres etablies , des ju-* 
ges & des olHciers lous eux ; lautre {m) Fan 
864, oil il fait la dtdi^filon de fes propres fei- 
gneuries d'avec celles des particuliers. 

On n'a point de cOnceilions originaires des 
fiefs, parce quils furent etablis par le partaee 
qu'on fait avoir ete fait entre les vainqueurs. On 
ne peut done pas prouver par des contrats ori- 
ginaires que les juflices, dans les commence - 
mens, ayent ete attachees aux fiefs: mais fi , 
clans les tormules des confirmations , ou des traaC* 
lations a perpetuite, de ces fiefs, on trouve,corame 
on a dit, que la juftice y €toh ^tabfie , ii falloit 
bien que ce droit de juuice fut de la nature dtt 
fief & une de fes principales prerogatives. 

Nous avons un plus grand nomi>re de monu- 
mens qui etabiiflfent la juflice patrimoniale des 
^glifes dans leur jerritorre , q«e nous n*en avom 
poar prouver celle des benefices ou fiefs des leu- 
ou Hdeles, par deux raifons. La premiere , 
que la plupart des monumens qui nous reftent 
cnt cti confer ves ou recueillis par les inoines. 



(/) EdiSum in Carifiaeo ; dans Baluze , tome JI , 
pag. 152. Unufquifque aivocatus pro omnibus dc fua 
advocatione • ,• in convenicntia ut cum miniftsnalibus 
^ fua adroeatione quos inyenerit contrd hunc bannum 
moftrum fecijfc • • • eaftiget, 

{m) Ediaum Pificnfi , art. 18 , ^dit. de Baliize , tome 
n» page 181. Si in pfcutn noftrum , vtl in quamcumque 
immunitatem , out alicujus potentis poteftatem vel pro' 
frUtaum confugtrU > &c, 

H ^ 



9 & 



Di l'Esprit des Lois 



pour Futility de leurs monaileres i la (econde,.aue 
le patrimotne de$ iglifes ayant iti forme par aes 
concsilions particulierest^ & vine efpece de di&- 
rogation a Fordre ^tabli , il falloit ctes chartrear 
pour cela ; au lieu que les coneeffions feites aux 
leudes etant des confiquences de rordre politi- 
que, ont n'avoit pas befoin cfavoir & encore 
noins de confervor une chartre particuUere. Sou- 
vent inheres Rois f« contentoieot de fiure une 
fimple tradmon par te fteptrje ^xomine il parok 
par la vie cte 5. Maur, 

Mais ia troifieme forimilc {.n) dt Marculfe 



& par confequent celui la Juftice , ^oient coim 
muns aux ecclefiaftiques & aux' f(kulier»» puif- 
qu'elle eft faite pour les nn» 6c pour les autres* 
n en eft die mime d& la cofiftitutioa de Qq<» 
laire II: (o\ 



(n) Liv. I. Maximum regni nofiti augere credimu^ 
Ttionimentam , ft benefyia opportune, locis ecoUfiantm* 
aut cui volu<ris diccfk , bonivold deiiheratione conct^ 



(。) Je rai cit^e dans lo chapitre fricedent : E^fpofl 




dimus. 



Liv. XXX. Chap. XXm. 



CHAPITRE XXIIL 

Idee ginSrak du Bvn dt t itahUfftment dt £r 
monarchic Frangoife dans Us Gaules , par M» 
VAhbt DuBOS. 

Il eft bon qu*avant de finir ce Rvre , j'examme 
ttn pcu Fouvrage de M. l,Abb^ Dubot, parce 
que mes idies font perpetuellement contraires aux 
fiennes ; Si que > s'il a trouvi la v6rit6 ne rat 
pas trouv£e» 

Cct ouyrage a fiMint beaucoup de gens , parce 
qu'ir eft 6crit avec beaucoup d'art , parce qu'on 
y fuppofe ^emellcment ce qui eft tn c(ue{fion i 

I parce que , plus on y manaue de preuves , plus 

j on'y muhiplie les probabilites ; parce quune in- 
finite de conjedures font mifes en principe , & 

\ fjuon en tire comme confiquences dTautres con- 
jcdures. Le kdeur oublie qu'il a dout^ pour 

I commencer a croire. Et comme une Erudition 
(ans fin eft placee, non pas dans (vftSine ^ 

I mais i cbik du i^fl^e, le^rit eft diftrak par 
des accefibires , & ne s'occupe plus du princi- 
pal. D*aineur», tant de recherch^ ne permettent 
d'imaginer qu,<m itait rien trouv^ ; la lon- 
gueur du voyage fait croite qu'on eft en&i 
arriv^. 「 

Mais , quand 9。 examine bien , on trouve im 
cololTe immenfe qui a des pieds d'argile -, & 
&c'eft parce que les pieds font d'argile, que le 
€oloffe eft immenfe. Si le fyfteme de M. i,Abb6 

K Diibos avoit eu hons fbndemens ^ il n*auroit 



94 De lTsprit MS Lois, 

pas iti oblig^ de faire trois mortels volumes paur 
le prouver ; il auroit tout trouve dans fon fufet , 
& , fans aller chercher de toutes parts ce qui en 
^toit tr^s loin, la raifon elle-meme fe feroit char- 
gte de placer cette verite dans la cbaine des au- 
tres V^rites. Uhiiloire & nps lois lui auroient dit : 
" Ne prenei pas tant de' peine : nous rendrons 
» temoignage de vous. u 



C HAP I T R E XXIV. 

Continuation du mime fujet, Rifiexion fur U fond 
du fyftime. 

M ONSiEUR FAbbe Dubos veut oter touteef- 
pece d*id^e que les Francs foient entr^s dans les 
Gaules en conquerans: felon lui , nos Rois, ap- 

rlles par les peuples , li'ont fait que fe mettrc 
la place, & fucc^der aux droits des Empereurs' 
Romains. ' 

Cette pretention ne peut pas s'appliquer au 
temps oil Clovis , entrant dans' les (jaules , fac- 
cagea 6c prit les vi^es; elle ne peut pas s'ap- 
pliquer non plus au temps ou il defit dyagrius 
cfficier Rotnain , & conquit le ^ays qu'iltenbii; 
die ne peut done fe rapporter qu*^ celui oii Clovis, 
devenu m ait re d'une grande partie des Gaules 
par la violence, auroit ete appell" par le choi< 
& ramour des peuples , a ]a domination da 
reAe du pays. £t il ne fuffit pas que Clovis ait 
iti requ , il faut qu'il ait ^i^ appeil^ ; il faat que 
M. I'abb^ Dubos prpi>v€ que les peuples ont 
tiiieux aim^ vivre、A>us ia dommation de ClovU ,' 



L I V. XXX. Chap. XXIV. 9$ 
que 6t vivre fous la domination des Roma'ms , 
ou fous leurs propres bis. Or les Ro mains de 
cette partie des Gaules qui n'avoit point encore 
^fe envahie par les barbares , ^toient , felon M. 
I'abbe Dubos , de deux fortes ; les uns etoient 
de la confederation Armorique , & avoient ch^ITe 
les offioiers de rempereur, pour fe d^fendre eux- 
metnes contre les barbares , & fe gouvernerpar 
leurs propres lois ; les autres obeluoient aux of- 
ficiers Roma'ms. Or M. I'abb^ Dubos prouve t- 
il que les Ro mains qui 6toient encore foumis k 
I'empire , aient appelle Clovis? point du tout. 
Prouve-t-il que la ripublique des Armoriques 
ait appelle Clovis, & fait tneme quelque trait6 
avcc lui ? point du tout encore. Bien loin qu'il 
puifle nous dire quelle fut la deftines de cette 
republique , il n'en fauroit pas me me montrer 
I'exiftence ; & quoiqa'il la fuive depuis le temps 
d'Honorius jufqu'a la conquete de Clovis, quoi- 
qu*il y rapporte avec un art admirable tous les 
6venemens de ccs temps-la, die eft reftee in* 
vifible dans les auteurs» Car il y a bien de la 
difference entre prouver , par un pafTage de Zo- 
2ime (a) , que, fous rempire d*Honorius , la 
contree Armorique ) & les autres provinces 
des Gaules fe r^volterent & formerent une ef- 
pece dc republique; & faife voir que, xnalgre 
les diverles pacifications des G^es, les Armo- 
riques formerent toujour^ une republique parti - 
culiere , qui fubfifta Jufqua la conquete de Clovis: 
Cependant il auroit befoin, pour ^tablir fon fyf- 



U) Hia. li?. VI. 

(if) Totufque traHus Amomus » aliaquc GalUapim 
j^royincia. Ibid, -. '- - , 



$5 , Db l'Esprit D£s Lois ; 
time , de oreuves biett fortes & bien precife^* 
Car, quand on voit un conquerant entrer dans 
un 6tat ,& en foumettre une grande partie par, 
la force & par la violence ; & qu'on voit queU 
que temps apres I'etat entier foumis , fans que 
rhiftoirc dife comment il I'a 6t6; on a un tr^s 
juftc fujet de croire que I'afFaire a fini comme 
elle a commence. 

Ce point une fois manqu^ , il eft aife de voir 
que tout ie fyftetnc de~M. I'abbd Dubos croule 
de fond en comble ; & toutes les fois quil tirera 
quelques confequences de ce principe , que les 
Gaules n'ont pas et4 conquifes par les Francs ^ 
mais que les Francs oot^te appelles par ks Ro- 
mains , on pourra toujours la hit nier. 

M. iabbe Dubos prouve fon prmcipe par les 
dignit^s Rotnaines dont Go vis fut revetu ; il veut 
que Clovis^ait fucc^d^ a Childeric fon pere dans 
remploi de maitre de la mifice. Mais ces deur 
charges font purement de fa creation. La lettre. 
-de S. Remy a Qovis, fur laquelle il fe foade (c)» 
n'eft qu,une fiiicitation fur fon av^nement a 
couronne. Quand I'objct d'uir icrit eft connu „ 
pourquoi lui en doniier un qui ne Ueft pas? 

Qovis , fur la fin de (on regne ,. fut fait con* 
fill par rEmpereur Anaftafe: maU (pieL droit 
pouvoit lui donner une atttorite ilmpkment an- 
nate ? 1] y a apparence» dit M. I'abb^ Diib«s, 
que , dans le meme drplome, rempereur An^C- 
tafe fk Qovis proconfuL Et moi , je dlrai quil 
y a apparence qu'il ne le fit pas. Sur un fait qui 
n*eft fond 在 fur rien rautortt6 de celai qui le 
nie eft egale a rautorit^ de cdui qui I'allegue^ 



(c) Tome U, liv, lU , chap, xriii , pag^ 370* 



L I v/OtXX; Chap. XXIV, 97 
Tai meme une raifon pour cela. Gr^goire de 
Tours , qui park du confulat , ne dit rien du 
proconfuiac Ce proconfulat n'auroit ^t^ m^me 
que d'environ fix mois. Clovis mourut tm an 
6c demi apres avoir et^ fait conful ; il n'eft pas 
poiSble de faire du proconfulat une charge he- 
reditaire. Enfin , quand le confulat, & ii ion 
veut le proconfulat , lui fiiient donnas , U 6toit 
d^j^ le- mahre de la Nlonaidiie* & tons fes droits 
Potent .^tabUs. 

La feconde preuve <{ue M. I'akb 在 Dubos al« 
iegue s ? eft la ceffion faite par l,£mpereur Juf- 
tinien , auz enfans & aux petks-enfans de Clovis , 
tJe tous les droits de rempire (ur les Gaules. 
J'aurois bien de$ chofes a dire fur cette cei&otu 
On peut juger de rimportance que les rois des 
Francs y miren't^ par la tnaniere dont ils en exe«* 
cuterent les conditions. D'ailleurs, les rois des 
Francs ^toient maitres des Gaules; ils itoient 
€ou verains paifibles : Jufiinien n*y poH^doit pas 
nn pou" dte terre ; rempire d'occident etoit 
truit depuis long -temps; 8t rempereur d'orient 
D'avoit de droit fur les Gaules , que com me re- 
pr^femant l*etnperear d'occident; c'^toient des 
droits fur des droits* La tnonarchie des Francs 
^oit de)a fondle ; le reglement de leur 6ubiif-> 
Cement itok- fait; les droits r^ciproques des per- 
fonnes , & des diyerfes nations qui vivoient dans 
la tnonarchie , ^toient convenus ; les lois de cha- 
que nation dtotent donnees , & mime r^digees 
par icrit. Que faifoit cette ceffioiyetrangere a un 
^abrifT^nent d^ja fottat ^ 

Que veut dire M. Y^hhi Dubos arec ks <U 一 
•datnations de tous ces hfic^s , qui ,. dans ' ie 
d^fordre , la confufion , la chute totals de I'^tat', 
ks ravages de la conquete , cberchent i flatter 

Tom IV. I 



p8 De l'Esprit DCS Lois ^ 

le vainqueur ? Que fuppofe la flatterie , que la 
loiblefTe de celui qui ei\ oblige de flatter ? Que 
prouve la rethorique & la poefie , qlie remplot 
meme de ces arts ? Qui^ne ferolt ^tonn^ de voir 
Grcgoire de Tours , qui , apres avoir pari 豸 des 
hnats de Clovis , dit que cependant' DIeu 
profternoit tous les jours fes ennemts , parce qu'il 
tnarchoit dans fes voies ? Qui peut douter que 
、】e clerg6 n,ait ete bien aife de la conveifion de 
Clovis , & qu'il n'en ait meme tir^ de grands 
avantages ? Mais qui peut douter, en m^ine- 
temps, que les peuples n'aient effuy6 tons les 
malheurs de la conquete , & que le gouverne* 
ment Romain n'ait ced^ au gouverncment Ger- 
manique ? Les -Francs n'ont point voulu , & n'ont 
pas fneme pu tout changer ; & .meme peu de 
vainqueurs ont eu cette manie. Mais , pour que 
tomes les coi^fequences de M. Tabb^ Dubosfui« 
fcnt vrales , il aurodt £allu que non-feulement ib 
n'euflent rien change chez Jes Romains , mais 
encore qu'ils fe fofient changes eux-m^mes. - 

Je m'engagerpis hien , • en iuivant la m^ithode 
de M. rabbe Dubos ,^ prouver de meme que 
les Grecs ne conqukent pas la Perfe. D'abord, 
je parlerois destcattes que c^uelqu^s-unes de leurs 
villes firent avcc ks Perfes t ,e parlerois des<jrecs 
qui furent a 1- fdlde dcs Perfes , ^omme les Francs 
ftrent a la folde des Romains. Que fi Alexan* 
dre *entra dans le pays des Perfes , ai&^gea , prit 
& d6tniifit la ville de Tyr , c,6toit une affaire 
particuHerejCcijpine celie de Syagrius.M4is, voyey 
comment le pontife des Juifs vient au*devaitf 
de M ; 6cautez I'dracle de Jupiter Ammon: rcf- 
fouvenei-^vous • comment iLavoit M pr^dic 
(^ordium ; voyez comsieat toutes les yiUes cou« 
|:ent» pour aiim.dire , aikle V4Qt dc lui » coixmcot 



Liv. XXX Chap. XXCV. 99 
les fatrape^ & les grands arrivent en foule. 11 
»*baW11e.a b ttianiere <fi» Perfe«; c'cft la robe 
fCoaAilaire de Qovis» Darius ne Iiii offi-it-il pas 
b xnoiti^ 4e fon royaume? Dadus n*eft-irpas 
zdkffin^ cooime un tyrin ? La mere & la femmfe 
de Darius ne pleurent-elles pas la mart d'Alexaa - 
dre? Quiiit^-Cufce , Arrien, Plutanque etoient« 
£b concemporains d' Alexandre ? L'imprimerte (力 
pe nous.a-t-eiie pas donn^ des lumteres qui man- 
quoi^nt 9: <:cs auteurs ? Voila rhifloire de IV- 
tah^emcnt dt Ja .nuMrclue Fran^ife dans Us 
GauUs, 

CHAPITRE XXV, 

De la nohl^c Fran§(uf&» 

[! ONslEUR Tzhhk Dt^bos roatient que , dans 
les premiers temps de notre monarchie , il n'y 
avoit qu*un feul ordre de citoyens parmi les 
Franc^ Cette pretention injurieufe fang de 
no- premiieres fanuDes , ne le feroit |3as moins 
aux trois-'grandes maifom qui pnt focceffive- 
(iTient regne fw: lious. L'origine de leui" graii- 
<!eur n iroit ddnc point fe perdre dans - ToubU , 
la holt di le tbmps: rhirfoire ^claireroit dei fie- 
cles oil elks adroieat iik <les '^artiflfes commu- 
nes: & pour que Chilp6ric , Pegin & Hugues- 



Dubos. * » - . 



loo De l'Esprit des Lois; 
Capet fuffent gentilshommes , il faudrok^^lfer 
cher che r "leu r , or igifie parmi' les ^RoinaMi^ 6t)' let 
5a«ons, 丄'; dire; partni les fratiW^ab}Wgu(ie^» 

M. I:abb6 EbAos: (a) fonde fon J&pinioh'<af 
b loiiSsdique. li eft clair , dit-il , par cexte joi^ 
qu'il nyf avoxt point deux ordres de"- dwyeni 
chez les Francs. Eile donnoit deusc cents (bus 
ipompofitioii (A ) pour la mort de oquelque Frafit 
que cc fut: mais eile: dHlinguoit th&t !es>Romftim 
le convive du s Roi 4 'potap la iinoft^^d^cf iel 
donnoit trpis cents ious de compofitioiT j rfu Ro- 
main poffciTeur qui elle en donnoit cen^, ' & 
du Romain tributaire 圣 qni elle n'en donnoit que 
quarante-civKf; Et. c©>nntne U di^tirehce .fks<Dm* 
pofitions faifoit la diftindlion principale , il con- 
clut que, chez les Francs, il n'y avoit qu,un 
ordre de citoyens ; <ju,il y en avoit trois chez 
les Romatns. 

II eft furprenant (jue fon trreur 'in^me ne lui 
ait pas fait decouvrir fon erreur. £n effet , 'A 
eut itik bien extraordinaire que les nobles Ro- 
tnains qui vivgient fousia domination des Francs 
y ecflent eu une (rompofition plus grande , & 
J euflent ^t^ de$ perfonnages plus importans que 
le? p>lu》 iiludres des Francs & leurs plus grinds 
.capitaines. Quelle apparency que. Ic peuple vain- 
queur cut eu' fi peu de refpea pour lui-m^me , 
il q'uil en cut eu tant pour le peupl^ Vfiincu ? 
*Pe plus, M. I'abjbe. P^bos cite j^s Wi^ des au - 
tr^s nations barlsiares^ qui prouvent qaily avoil 



onarcKTe Frifn^oife^ 
. tome 1^, Hy. VI , chap, iv , pig. .J04., 
- (h) U (fit^'le-titre 44 de (? ettfe -lor', 9: la' lai des Ri, 
puaires, litres 7 & 3$. '-' 



L i V, JEXK. Ch>a V: XXV: loT 
pkttmmtac divetst otdu»ii citoyens.It ftroit bieit 
ajctDaoffdiiiatfe qse qtcte regie g^^te t6t pr6- 
etftmm manque dieie les Ffaiics* Cela . aiiroif 
lui iaire penfer -qtt*il entehdoit ma) , ou qa'i} 
appKquoit mal les .textei de la loi Salique ce 
qui lui eft.eie£iiyement afriv6. 

• Oh trou^V^ V^ttvrant cette k>i,que1a cdHi* 
pc^MpourJa'inort d^^n 'antruOion (c J , c'eft- 
a-dire , d'an fidele ou vaiTal da- roi ^ ito\i de fis* 
Ibefits fous^>, ft'Cfae cefllejpoufif'la'tnot, <i,un Ko- 
lioH cotivivie I'd] du ' roi n*^toit que de -trois* 
cmtS4 On / troifte [ e] que la Compofitiorrpout* 
hr morf d*iin fimple Franc ^toit de deux cents 
foa«'{j^3 dc'que telle pour' la mort d*un Ro- 
inain. ^tkin- condition ordinaire n'^toit que Ue 
cejitii»^g»f/g)n ; pkfwt efrcai^tf poor la itiort d'l:*^ 
Rom<lii» tribnfeiit% ,'€(if)ete deferf ou d-affratichi , 
anecc^pc^iH^tt de q^erarahti-ehit}' forts ['h]*, maft' 
JB ti'^ft:-parUftit '^^poiiw , 孝 pliA'-que" He cdfe 
pour i» fitor I ad^irtfJferf Franc , ofd de ViflFranchi 
Franc : il neft point id quefliou de ce troifieme* 
Oi'dye - cfe peihfbilnes;*^ - 

-V Qiw'fait' MM^bW. Dubos ? R pafl&fous fi- 
leittet te'premW Wr'e (ft peffoiihds ch3z'lef 
- 、 2r、:ib«",..Mt> 二 •,: '; ' 二', ;i . , ' ... 

" a 二:? " : 、. z 〜;; ^'*\> '- 

fe rapporte a la formule 13 Marculfe , (U regis an- 
trnfiiorie, Vxnrez aniti le titrc- 64 '<*fe>»l« fali<5(u€ . 
一; 3 & 4 ; & th, .74 ; & la foi des RipklaJ^s , tit. *ir > 
I«;Ue caftitulaire de ChariWs le chauVe CAfhfia^^ 
tttpt ,,i^e VjXL.&'fj , (hap. 3gt. . '"'K 怍" . "》•" ,、 

• .{<!). tbf CaUqae , tit. 44V J. 6, • "-, 、;、 .• ', 

- ^'..(eYlbtd. .#..4- - , , :仏 ' 、. 、 ' V:"', ' ' -'•、 
(/) Loi falique , i. •••'': " ' 〕';》 ' -' 

(h) Ibi£ S. 7. - ■ ^ . • 

J 3 



ipi De,'l'E$piiit des Idfe;/ S 
Francs, c'eft-a-dire,. IWrids^ i^ur concernei't0i| 
antnifUons : 6c enfui^e , .compar«nt Je Franc or-o 
dinaire pour la nrort^uqueloD pay ok dear cent^ 
fous de compofition, avecceux qull appefie de$» 
trois ordres chea. les Romains ,、& pouf ia n^prt 
defqucls on payo.it de$ cotDpofittons dtSirentes , 
il trouve qu il nV avott quiUfi S^^V^tdre H ti- 
toyeos chez ks Francs » &. qu ily en asfok trcdtt 
chiez les Roinaios.. :'〜 ,:. ':二 , /'•'.、 ' 

Comnl^, f^lon iul 、, jl n'y : ^yok qu?un &feal 
prdre de perfonn^s chc^z les FrancS , il enf. ^iQbcrti 
qu'il n'y cri eut 兮 u ' 伊, im au^ ch^2>rles ffour-^ 
guignons, paroe que leur royautne. focma unc^ 
des principalis pieces de notre mdnarcKIe. Maii 
il y a dans. lew. codes- , trois fortes' dc «ovipoix>-> 
tions (i); rune pour le noble Sou^igndnuou 
Romain, Fautre pour le Bour^ignon: ou.Ao4 
main d*un^ condituHi in4dio€re,la< »oifietns pour 
ceux qui "oient d'une condkion infikteure daiw 
ks deux natioQSa T ,,a))b《 Dubos n*a point cit^ 
cette loK 

II eft fingulier ' r comment H echappe 
aux paflages qui le pic..,,., de unites pam.(.i^ }«. 
Lui parle-t-op 4^s ^atid^^, des feigneurs dm 
纖 obles? Ce font„ dit-il , de fitnples diflmdtons » 
& non pa». det^iftinftionsi d'ordrp ; ce font det 

%\ \ V I, \ " \ ' m, 

(i) Si auisiqucUhet ca/u , dattem opiimait Burpm^ 
iioni vtl J^^Mono nohUi txcufftrit ^ fvlidos vigintt 
,uin,u€ c^fo^r ^txfolvert ; de mdiocribus perfonrs in^ 
genuis , tarn Surgundicwbus quam , Rptnanis j fi dens 
excttfus fuerit, decern foUdU ^op^mrtatur. ; dt if^riorikus 

k loi des Bourguignoos. • . 

(i) EtabRflrement de U mokoarcVie. Fxani^oUe \ tome 
III. liv.Vl, chap. IV & r. :、 ;'. 、 、 \ 



L IV. XXX. Chap. XXV» fO) 
choTes i.e courtoifte , & non pas des prirogati« 
ves de la^ lot : ou bten , dii-il , les gens done on 
parle ^toteat du confeii du roi; ils pouvoient 
me (lie itce des Romatns: mai&U n'y avoit tou* 
Jours qtMurCeal ordrede citoyens chet leis Francs. 
Dun autre coti , s'il eft parie de queique Franc 
d'un rang inf^rieur (/), ce font de» reiis;&ceA 
it cette maniere qu'il interprete le decret de 
Child^beit. II eft n^ceflaire que )e m'anrlte fur 
ce decree. M. Fabb^ Dubos i'a renda fameux , 
parce. qu\\ sen.* eft fervi pour prouver deux 
choifoft; rune {m) que tout (; s les compofitions 
que Fon tfOBve dgns les* lots cke$ barbares, n," 
toieat que des inter^ts civils ajout^^ auji peines 
corporelles, ce . qui renverfe de fond en comble 
tous ks aociens monumens ; Fautre, que tous les 
bomtnes Ubres ^toient juees dire^ienient & itn- 
mediatement par le roi ce qui eft contre« 
dit par uoe infinity de parages & d'autorit^s qui 
nous font connobre lordr^ judiciairc de cestemps- 



11 eft dit. 



bl6e de la fuuioti que, & }e; juge trouve 



(/) EtablifTement 6e'\^ moitarchie" frsm^oife*, tome 
HI , chap, r , page* J^^L ^o. 

(m) Ibid, liv. Vl, chap, tv , pages 507 & jo^. ' 

. {«) Ihid, p^i;. 30^ ; &' aa ch^tf«. fuwant, pagy 3 19 
& 5ao. 

{o) Voyez'lc Hv. xxmrt <fe cer ouvrage^. chap. iS 
& le liv. XXXI * chap. 

(/O Itaqtte • colonia eonvenit & ita hannivimus , ut 
nmifquifytu judex crimnofitm lasroium ar mtlieHt , 
cafam fuam ambu/et , & ipfum ligare fac'tat : ita ut , fi 
FraHcta futrit, ad ngfiran prsfintiMm diHgatur; &、 ji 
dtbilior perfona fiterU 、 in locc^- pcadatur. CapituUires 
lU r^dic* M Baltut » tome 1 , pa|« ^9. 



104 ' D£ t*EsPRiT D£S Ids; 
m voleur fameux , U le fera \ier poiir *#tfC eni 
Yoye deyant le roi j-fi c'efl an Franc ( Fraruus ) ; 
tnais, ii c^eft une perfonne plus 'foi we (dcbilier 
per/ima、 i il fera pendu fur le lieu. Selon M. 
i'abb^ Dubos, Francus' eft m hocmne librev 
debilior perfima eft un ferf. J'ignorerai pOur ui» 
moment ee que peat fignifier ici le mot FrancttS y 
& je cotnaiencerai par exatriner ce qu'pn peut 
entendre par ces mcts une ptrfarme fiu^ failfUi 
Je dis que , dans quelque laneue que ce foit 
tout convparatif fuppafe neceUairement troister- 
mes , le phis grandt, le motndi^ , Bc^ie {>lus petit. 
S'il rCitoh ici quefiiofi des hotni»es itbres 6( 
des ferfs, on auroit dit un- ferf, Sc n6n p^s w 
homme d une momdre puiffance, Ainfi dtbilhr pir^、 
fona ne fignifie point la^ m ferf^ man line per 
ibnne au-aefTous de laquelte doit lire le fer£ 
Cela fwppoft , Francus ne ffgnifiera pas un hom" 
me libre , mais un homme paiiTant : & Fraacujf 
eft pris ici dans cene acception , parte que ,: 
parmi les Francs, etoient foujours ceux qui avoient 
dans r^tftt une plus grande puifiance^ & qii'i! 
^toit plu( diHiciie an juge .ou au comte dc cor- 
riger. Cette explication s*accorde avec un grand 
nombre de capiralaires ), qui dotment les ca& 
dans, lefqu^ls l/ps cri^ineis pouyoieot etre ren- 
voyks devant le roi » & ceDx ou ils ne le pod- 
Yoient pas.' ' ' . 

On frofQve denr la 'vie de Louis k dftomial^r 
re {^r^ icr\^ par T^gan, qjue les ^veques .furent 
les prin'cipaux auteurs de 丄, hiunUiatioor. de eel 



' (a) VoycB le livre xxvm lie auvtag^ ;. ch. 't? ; 
&»le livrexxxi—chapiS^ , ""、 i ' ' • 

(r) Chap. 43 §c>4^, : -'"o. • & -、 ' »i> . ' y 



i 



Liv. XXX. CftAK XXV, io( 
efflpereutV Air, tout tftv^qui avoioat M-ftcfs, 
& ceiu qui itoicM nii pargii )«».ba^^arei^Tegaa 

de ier.yi|odei«.:fiC£.'9»v9i|,fait archfveque de 
Rheimi: i^.Quelk r^ocnpenre i'empjereur a-t-il 
» re^ue dcf tsmt de bi^nfatCi! II t'a fait libre, & 
» non pas aeble ; tl pouvoit pas te faire ao- 
» ble , apr^s t'avoir dono^ liberty t - 1 

Ce difcours , quiproi^vis .^ for<ne||emcnt deux 
4>rdres <Je .citoy«iis, n^mbafi^^QejKMQi M*i ai>M 
Dubos. U repdnd ainft ^ V Ce p^flage.otf 
" ^cut point dire qoe Louis je:d^i>nairQA'«dl 
» pas pa faire entrer H^bon cUi^ , I'onire fto 
" nobles. H^bon , .^mrne archev^que de Rheims , 
» cik iti .du premier ordr^-^ 6nph^W. A.celui 
,, ! a nobleffe 9. Je laiiTe leaeujr ii djecider 
fi ce jp^flf^e »e le.veut point xjire l^ ikxik 4 
juger s'i] eft ici queftiou d*une gr4f<6s^CS ib《)9rg^ 
Air la nohteffe* m Ce :pai{4ge:^riQdf< "tefP«0" 
» continue M. I'abbe Dubosr J^v^*. qu© 1^. ^ 
» toyen* ttni$ Uhns - hoi^nt ^H6^ |)QV«e- 
" hommcis : dans I'uT, & monde, npfek-hpni^ 
V me, & homme. ne libre, ont fignifiejoiig* 
" temps la m6me . chpf^ ", QuoU TUr ce'.qt^; 
dans no% temps flW)<krfW*/:<lg 一 ufA JjteUrgdtii* 
oi^C pris ia.i|u«lit!^ (je i9Qh)^ r homm^ v i«Or jp^i 



libenim , non hobiUm , quod impvjfib^ ; efi ippfi^Dfff^j 
urn,, ibid:- \ •., ,、" 、、 、 ,, • •• ') f > 

liy,、Yl , chap, ly:, pag» 31^. 、"t» ,; . ,,. ' . 



|6< tfe i?E*arr dm Lois; • 
,' a}6ute*t-i!^ncore (dc) , ,! ttbort n'avoJt point 
,, eti efclave dans k natiod defr» Frailc$, mais 
ff dans la natiQir ^^6ae , ott> daiM ime autre 
, nation ^erthalikjud » 6ii 4es fCifdyciis ^tpient 
diviiih en^ plufi^ufs ^S-dres Done, \ cau(e 
piut- etre de M. I'abb 纟 Dubos , il n*y aura, 
point eii de nobleffie dins la nation des Francs. 
Mais il n'a jamais ftluS'tnal appliqa^ de pjnit-ctr^. 
On vient de voir ^ue Tkpok (y) diftingneles 
^v^ques (Jor 'aivoi^t c^pofes. a Louis le 说* 
jbodo^iVe , dohr- les Uns avoient ixi feifs , & 
iWtfes^oienf d-u6e natUin barbare. Hd)c>n ^toit 
des {^dmiers non pias des feeomife. D'atilie^s , 
)e ne fais comment on peut dire qu'un ferf , 
tel qu'H6bon, sifirok ^te Sa^on ou Germain : 
Vn lerf fi、 point de famille , ni par cdnfi^quent 
4e na4i6n^ LoUis le d^bonnair&afFranchit Hebon ; 
%^ comttik^\^4iiti^ affranchis prenoi^t la loi de 
kar fttairr^ « HMMifri devinc France non pas 

-''le viens d'attaqaer ; il fautque je itie defende. 
On tne dira que ie corps des antruilloas formoit 
bien dans I'^tat un ordre diftingu^ de celui de&r 
hofitnnes fibres : mais que, comme les fiefs fu- 
teiit d*9liord amoviUe^, & eiifuitc k vit v cela 
ne poiAvoit 卩 as foftner une nobl^fle d'ort* 
^nisif- pi&Tque les prerogAwes n'^foifent pdint 



> (»} ttibHfletoent de h ittonaf chte Fran^oife , liv. VI ' 

Cy) Omnes epi/copi moUfii futrunt Ludovico -, & 

cum his quLex barharis natioh^\us' .ad hok fitJBgium pet* 
<hcii fun" De gelUs Ludovici Pii, chap. 43 ft 44. 、'' 



bh titfil.'n'y ivoiT qp'uutTcid brdirc dfc«citoy«irf 



V ^p'uDtTcid brdirc dfe'citoy^irf 

dti^ Ftiiics ! ftrtfimcjrf que M. I'abW Dubos 
SI pris 'de.' Idi, & qu'il a -abioduinent gkeSi force 
4e mamvaiies preuvei. Quot quil en fbif, ce 
ti^ '^otnt M. rabbe' Dabo^qui aaroit pa faire 
<secte^ 6b]€&im/&it>^' tym trois ordm 



- ik conn re 
kit pU' diM 
blemr di'origiiie 

i^Stoivnt pon 
ftk, pae^iai/i& apiroieni " fie 气;' nbi»on: kit 
doime^r-ikn n^f't- p^ce* qii^'iiv^ ^toiait aittruftion* 

iimi^teiiptiattiietl diapkrev^fe « lirrc r 'lb nVi** 
voient pas pour Jm^'comme li* eoseot ctsuis li 
Me; ik、 iblqfie't^ef 33 01x1919 ;: Mr^m*9P6vsnr {)a9 

qu'iis -fe : doiiirtoiem' fonvetil cbtu Ie» afleoibleei 
W'la iMttVOM ; & mXm ; puree <pie ,- comme il 

>flkv nobler Kfesi aroir , . ii ^ott 

s*roi^ ieur en donoer. 
ri^liMtfgiito par. tofop ti^it^ 
r 4Gitprtoj^aihie A pdmroir fore*, 
un fiet Je ferai voir ; jdans. it 

ceiTcles temps , ily Vut des hommes liEres qui 
f used t julmis a foAir decette grande pn^rogative,- 
& par coiffeqiidilt 4 eiitrep dans Vordre de M 
nobleile; Cek a'etott point ainii du t^inps de 
Gonttan &' de Childebert fon neveu ; & ceia 




(0 Chap. 



杜<* «ipf! 4uieinps.dfi j^SHI^a^i^-i 

fiefey il'paroit v ptt lei 绍, jie , 野,, 
poite cirdeflus , que ksietrs affrancMs ^ "i^enl 
abfoluaient -exdus.pM. J'aJbb4 D^ubb^ 、力, iffUi^ 
▼a .en l^iirquk potir^ut, 4fimQer. ooe idie>d%i; & 

'Charier ifi (^iuivB^ Oo n«. i^plvgnoit.piM 




du temps de . CbatiaiTugiift ,,,,《_, 
difti^u2:tou— ti;te5^»Tu:itiilie"#fU>."«4 一辦, 一 
ki.nottveUcr;: €e、af»,iLpiib kbinbihyftgfinft^A 
Chsrks k cbtiaie ^tiinm%p9t ifjoa ii-j ijrsfo'/ 
w iiCfmbUc aeldci; |»iao«A>&r3i|iitli ; 

t«, pii-c^ qu'il a ph*.«iJ».ile»i»t Jflft^iJttX' Moi^ 

grawbhofltimeiai j^A^y^ak 4^;)&:|^ 
craindtej rov '\ ― jat cuj iuo<.* tdba&innic^ 

* ^ ' : ''f - .1 t '-' 、 "~" - V I: , ' ,rnt3l "二 

to— iq , 1^, '.yi , <;hap. :4 ,jpaj^. 3Qf^V o tr'q ,厶 

' > -;' '?, iin £? :c -、 r. 」',"V/(l" • 、、: "fdo, 

iiiO I. =-;f^.a 



• : : .I^ i;T:k E.. XXXL 

Tk<prie des foif Jfadales chal ks 、: Fra《s , 
一:, T^apngrt qu^j^,jit$. onC avu Us ri- 
« ;、 y9k^kQU^. 4 Uur monarchic^ . 

" - . : ; . • . • -', 

C H A P I T R E PREMIER. 

Changmcns dans Us offices & Us fiefs, 

53'ABORb les comtes netoient envoyes dans 
leurs diftri6b <ju$ pour an an ; biemot iU ache - 
te/ent la continuation de leurs offices. On €« 
trouve un exempic des le re^ne des petits-enfans 
jie Clovis« On certain Peonius 、") ctoit comte 
Hans - la ViUe d'Aujterre ; il envoya Ion fils Mum- 
iii》:,pqr"r: de I'argent a Gontr4n , pour etre 
jcor^tin^e. dans fon emploi j le fils donna de I'ar- 

f^nt pour lui-mSiiie , & obtint la {)lace du pere, 
es r^Ls avoient deja cotpmence a corrompr^ 
leurs propres graces. ' 
- Quoique, par la loi du fcyaumc, Ics fie& 
fuiTent iimovibies , ils ne fe 4onnpi€m powtiwjt^ 



C«) Gr^goir« deToiirs ,liY* iv , chap. 42* 



11^ 1!>E^'ESP11IT pXS L0I9, : 

ni fe $*dtotent d'une maniere capricieufe & ar, 
bifraire ; 6 & c'^oit ordinairement une des prin- 
cipales chofesqui fe traitoient daps les affeoibUes 
de la nation. On peut bieo penfer que la cor- 
ruption fe gliflk dans ce pomty-eomine elle s*6- 
toit gliiTde dans I'autre ; & que Von continua la 
pofTcifion des fiefs pour de I'argent , comme oa 
continuoit la poflefuon des comtb. 

Je ferai voir, dans la fuite de ce Kvre ( h) , 
qu'ind^pendamment de^ bbns que les princes fi- 
rent pour un temps , il y en eut d'aiitres qu*ils 
firent pour toujours. 11 arriva que la cour vou- 
lut r^voquer les dons qui avoicnt kti faits : ceia 
mit un mecontentemfnt general dans la nation, 
& l,on en vit bien-tot naitre cette revolution 
fameufe dans I'hifloire de France , dont la pre- 
miere 6poque fut ie fpedacle ^tonnant du lup- 
piice de Brunehault. 

II paroit dabord extraordinaire que cette reifle, 
fille 9 foeur, mere de tant de rois , fameufe en- 
core aujourd'hui par des ouvrages digues d*ua 
^dile ou d'un proconful Rotnain, nee avec un 

tenie admirable pour les affaires , douee de qaa« 
tes qui avoient et^ fi long-temps refpeftees', 
fe foit vue tout- a -coup expofte k des fuppHces fi 
longs , fi honteux , fi cruels (cY»par uri rot (d) dont 
Tauiorit 圣 ^foit aflez ma) anermie dans fa- nation', 
fi elle n'etbit tomb^e ,' par quelque cauie parti- 
cuIierQ , dans la difgrace de cette nation. Clo- 
taire iui reprocha la mort de dix rois i^e) imzis 



(l»)Chap.7. • •-、'*'', 

(c) Chronique de Fr^degaire , chap. 42. 

gobert. 



liv. XXXI. Chap. U fii 
il y en avoit deux qu^il fit lui-m^me ttourir ; 
la mort de quelques autres fut le crime du fort 
ou de la m^chan^ete ^'une autre reine ; & une 
nation qui avoit iaifl% mourir Fredegunde dans 
fon lit ^ qui s'etoit mime oppof^^e a la punition 
de fes ^pouvantables crimes (J"), devoit iitc 
bkn froide^ Air ceux de Brunehault. 

£lie fut miii^ fur un chameau , & on la pro** 
meoa dans toute Varmie ; marque certaine quelle 
^toit tombie dans la • difgrace. de、 ^ette arm^e* 
Fr^degaire dlt que Protaire (^g) favori de Bru- 
nehault, prenoit le bien des feigneurs , & en 
gorgeoit le /ifc , qu'il humilioit la nobleflc , & 
que perfonne ne pouvoit Stre sur de garder le 
pofte qu'il avoit. L*arin^e conjura contre lui ,on 
le poignarda dans fa tente ; &L Brunehault, foic 
par les vengeances {^A) qu'elle tira de (; ette mort, 
foit par la i^ourfuite du meme plan , devinttous 
les jours plus odieufe a la nation 

Clotaire ambitieux de r^gner feul, & plein de 
la plus affreufe vengeance , sur de p^rir fi let 
enuuis de Brunehaulc avoient le defliis , entra 
dans une conjuration contre lui-mSme : 6c ioit 
qu'il fut mal'habile^ pu qu'il fuc force par les 
circonftapces, il le ren<lit ac9ufateur de Brunei 



(/) Voyez Gr^goire de Toiif $ , liv. viii. chap. 31. 

(g) Sava iUi fitit contra perfonas iniquitas , fifio 
nimium tribueris, de rebus perfonarum ingeniose ffcum 
ytlUns impure,,., ut nuLlus Mefii^tur qui gradum quern 
OTTiputrat potuijfet adfumcn, Ghronique dc Fr^degaire , 
ch. 27 , fur Tan 605. 、 

(h) Rid, chap. a8, fur Pan 60-7. ' 
(/) Ibid, ch. 41, fur I'an 613. Surptndia farones , 

f^m epijcopi quam cateri Uudes , tinufitcs Bruni^ldeq^ 
^ odium in earn hahnus , confilium inUntu , ^c. 



ill i^s^^ir pl^i Lo'is,' 

fiauft , Vfit tair^ dfe cette' fein^' un excmple 
tdrribl^. ; ; - ' 。 • ' 

''■ Warniehaire avoit ^t^ fanie de la conjura- 
fibn centre Bmnehault ; il fiit fait maire defiour- 
gogne ; il exigea (^A") de Clotaire qu*il ife (eroh 
jamais d6place pendant fa vie. Par-la le maire 
ne put plus ^tre dans le cas oil avoient iti les 
(e1|neui-s Frangois & cette autorit^; comtrfen^a 
5 fe rendre independante de fautorite roysile, 

C*etoit la fiinefte regence de Brunefiault qui 
avoit fuf-tout efferouche la nation. Tandis quef 
Us lois fiibfifterent dans leur force , perfonne 
ne put fe plaindre de ce qii'on \u\ ^toit uti fief, 
puifque h loi nek iui donnoit pas pour toujours; 
m&is 'quatid Tavarice , les mau vaifes jpratiq ues , 
)a corruption firent donher des fiefs , on fe 
f kignit ds ce qu*on ^toh prive par de mauvaifes 
Vioies des chofes que fouvent on a volt acqiiifes 
de rneme. Pm- ^tre que , fi le bien public avoit 
ete Je motif de 】a revocation des dons, on n'au- 、 
roit rien dit: tnais on montroit Fordre, fans 
cacher la corruption ; on reclamou !e droit du 
fife, pour prodiguer les hiens du fife a 4a fantai- 
He ; les dons ne furent plus la r^compenfe ou 
Tefperancre des fer vices. Brunehauk, pat tin ef- 
prit corrompu 、, voulut corriger les abus de \^ 
corruption ancienne. Ses caprices n*etoi'ent point 
ceux d,un efprir foible : les leudes & ks grands 
ofHciers fe crurent perdus; ils la perdirent. 

II s'en faut bien que nous ayons tous les ades 
^ui furent paHes dans ces temps- la; & les fai- 



(*) Chronique de Ff^dcgaire , chap. 41 , fcir l,an ^ij. 
Sacramento a Clotario accepto nc unqudm vita fua tan- 
poribus degradar€tur. 

feurs 



. Liv. XXXI. ChXp. 1、 tlj 

feiirs de dhfoniques , qui favoient a-jjw-pt^s de 
Fhiftoire de leur teimps ce que les villajjeois fa, 
Vent' auj<%^'hlii- 'de cdte du; tfotre, font tf^s-i 
Jinnies. CependaAt nb'iis^'avo'ns uhe coifi^tiiif^ft 
ae-'Cldtaire^ , iiohUt^ f l y dans le coriclle de Paris ; 
f oaf fa V^format?dn 4es abiis O) , qui fait voir 
que" ce'pYinct fit .ceQer Tes plaintes qui avbiient 
hbrmt fieiia la i^VoUjtiori. D*ito core, il y'con 二 
firme tous les dons (n) quiavoteot ^te faits ou 
confirm 纟 s par les rois les pred^ceHeurs ; & il 
^rdoife^.^a ) i'aotre , que<tbor cc qui a ^ 
6t6 a les 】eudes ou fideks leur foit rendu. 

Ce. ne futi par< la (euU conteilion'que le roi 
fit dans ce concile \ il voulut que ce ifai avoit 

fik corrige {^^p^ : il modera rinfluence de la cour 
dans les elections aux ^v6ch^5 、? Le roi (fe- ' 
forma de jneine les al&ir^s fifcaleis: il 'voQlut que 
tous ks nouveaux cem foffent (ir 少; qt/off 

'(^'Quelflue temps apr^Sf Ip ftipplice^de |lciinfihaujt ; 
tkft -^^i^j. V oyez " r^cHtidn des 'capitulaires' de Baluze. 
."ge'"4。* -.、 /".I 

jitnf. , «f . itianteia* , ^Uod avtftat dinnitas g^forttfJigwt * 
Siffo/uerimas , Chri^o^prpifiU , jppr. hulu,s.fi^0 j^fc 巧 
^rrreralhe^ emendare. In prodemib ; ihid»"in, i6, ' 

(n) Ibid, irt. i5. : - ' -、 - i 

Z'''i4Md.AtU Ml. V; . '- '"U 

'*'M Jii'^t epijcovo decejLerjttc-r In. loco ipUus - qui a' 

f pofuU eiigaturj & fi perforta condigna fuerit , per «r- 
dinatianim prinapit> 0MliiHm»i r rei-etrte^ fi deyvivtht' 
eligitur , per meritum perfona & doHnnx ordinetur. Ibid, 
art. I. * 

(r) Vt ubicumquf "nfus n^vus itttpic MtStu* 



U4 I>E I'EsFftlT OTS L9If> 

ae levdt ( j | aucun droit cie. pafl^gp ^itaBli <fe^ 
puis !a mort de Gbntfan> Sigebert & CKilpe- 
licil; ceft a-dire^ qaU Ifqpprimoit tput ce:qii> 
avoit ^在 fait p^endant |es regeoces cje Jr^d^giinde 
& de5runelRi[lli:fl^fen'ili,>qiie'fbs troupeauxvl;^/); 
&flent inen^s dans ie> forets des pii.tlf uliers;. ^ 
nous allons Voir toiit-iSi-rhieure que U .rfformeft 
£ut encore plus generate^ & S,— ndit au* iffak^s 
civiles^ 

C U A P liXR E. It ;、 、 
Cmment ie gouvtrmmenp civH fit 多 rifotfi^..-^ 

avoit vtt [uiqul^i 】&】 oatioir donner des: 

ou £r la conduite de fcs pagk^S^ 丄 -QAJ,*yoit yjk 
r'Sgler [e» differ ends jde fes maitres entr'eiw ^ .St 
leiir im'poffer la n^ceffitl de la.'p^^ix. Kfaiice qti'oR, 
n*avoit pas enicore vu ^la nation le fit poncJors; 
die jeta ks yeux fiur fa. fitnatioa adueQe ^ elle 
examina i«» lois de faug-froW ; elle pourvut ai 
feur infu^fatic^ ; eHe arrSca la violence elle ri, 
gU Ie pouvom. 、 

Les regences males , hardies infelentes/de: 
Fr^d(^n4e .<4e Brtmeh— v 、 avoient ttioiW 
^tonne cet^ —op ^ 兮抓 I'a^oii— if^t.ayert| 会 1- 




{s) Ibid, art. 9; 



f, ffi^j^hflocetes p^meis; elle avoit luftifie iej>of«. 
ton ti les aiTafliaats par 14 poifon & le« aUaiE- 
nats ; elle s'etoit conduite de maniere que fe» 
aftentatS etoient encore plus partkuliers que pu-. 
blicsV^yreclegunde fit plus de maux, Brunehault 
en (ii'craindfe* davaqtage, Dans cette . crife, la 
natiofi-' ne fe contenta .pas*^^ de. mettre ordre au, 
Jeodal .ellel. voultit auffi afliirer 
*on ^oiiLvernement ^civil car c^lui-ci etpit encor^ 
plus corrorapu que fautfe ;: & cette corraptian 
itoit d^autaot plus dangereuf^, qa'elle itoit plu» 
ancienne 4 & tenoit plus en quelque forte iil,al>u» 
des 

L'hifloir^.de Gregoire de ToufS ? & les aa<« 
tres .moOTinens, nous font, voir , d'lm coti» une 
nation fe/dce & barbire; & de,l,a"Utre, des roit 
gui n^ reiqientpas moins^ Cei pfinces etoienc 
pieur triers 4, injuttes & cruels, paces que toute 
la nation I'i^tqit Si le cliriftianirme parut quel- 
quefois les adoucir 9 ce ne fut que par les ter- 
reurs .que ie chriftianifme donne aux cdupables ; 
les legliies (e 4^fendirent contr,€ux par tes mira- 
de$ &Jes prodi^es de leurs faints. Les roisn4- 
toient point faerHeges , p2rce au'i|i redoutpieD^ 
les peines des facrilegps : mais aailleurs ils com- 
mirem,《fffl ,par xolerp. — u de £iwg.-iroMU to>Uft» 
fortes de crimes ou d'injfuftices , par.ce que ces 
crimes & ces in)uj{ices ne Uur montrofe^t pas 
ia main de ]a divinite A prcffente. Les Francs, 
comme j'ai dit , (buAroient des rois meurtriers, 
parce qu*ils i&tQi^nt meurtriers eux -►mimes ; ite 
n'^toknt, point fr^pfs des injuftlces & des ra- 
pnes' de leurs rob, parce qu'ifs 6t6iem ravif- 
leurs & in juftesf comme ft y avoit bien cie» 
iois ecablles i mais ks rois les rendoient intttUe» 

IC、 



"6 D£ VBjpkiT Low," , 
par (fe certairies fettrei ; appell^i's)7r/ca/p7&J^ ('tf ^^ 
qtsi renrer(^)ieht ces m^mes loii i. c*etoient a-'J)eu- 
pr^s cdmme les refcrits^es empereurs Romains ,; 
foit que ks rois eufient prls d*eux cet jufage 
foit quils r^uflfent me du fond m£me de Jeur 
i^tnreL' Oh vtfit ; dans Gr^goire dc' ToUtr, Willis 
fiaifoienf des m^urtres de'fang-'froi4 y & faifoie n? 
moto'f des;a<ltu{iEs qui n'kvoient pas iSU^^eVff 
W entencfus; ils <JonnoieAf *des prfter>t5oi»^(ii 
pottr feiire des mariag" illicite's • ilV en abnhbieniP 
pour ^ trahfporter les fucceflions ; "ife en don- 
noient pour oter le droit des parens";' ik en don- 
noient pour ^poufer ks teligieu/es. Bs ne fei- 
foient point ; a la vcrif(§, de Ibis feur ftul 
mourement^ — s 'Hi rufj^endofei^-Ia pfdfi<jtje de 
celles qui etx>ienr faites. -"' ' 

L'^dit de <^iotaire tedrcjSa' tous fes crtefs.Per- 
fonne \^c^ nle put plus Srire, coridatnne fans 6ti^ 
entendu ; 】esparMS(i/、 dflrentto'u jours fucc^d?r 
fe)on rordre itabli par la k)i ; toutes pr^ception* 
pour 6poufer des filles , des veuves ou des reli- 
gi^ufes , furent nulles- 、-" ), & oxi punit fevdre- 
nient ceux qui ' les oJ>tinrem, & en firenrufagel 
Nous Taurioiis peut-etre plus exaiSei^ent ce qu'il 



(tf) C'^oient des' ordres que le Koi- envoyoit aux 
)uges ,.|K>ur ikire oit fouffrir de certaines- ckofcs contre- 
la loi., 

{)>) Voyei Gx^goire de Tours » 11 v. rv , pa^ 217. 
L*hiftoire & 1" chartres font pleines de ceci t cc 1*^- 
t«ndiie de ces abus paroft furtpur dans Vi'dil de Cla- 
taire lU de Pta 6i5 , donn^r poujr les reformer. Voyei 
les capitukires « id'd, de BaUufti tome i^ 12- 

(c) Art. 22. ' 

(/) Ibid. art. C 



fiat^mtifiir rm pr^cpthuis " 化 fartide . i j -de 
OS d^cret Sc ies deux fuiva" tiTaToietit p^ri pat 
le tempt. Nous o'avons que les prcatiers ihocs 
deicei: article i 々ul 'ordoiine qtic ks pi^c— 
耋 i«Bsr»&v*i>m 'oi)&rr6«s; ice^fui iie.peutopas s.'«h 
tendie'jde. veiieitd'al^olft-ptriji tvdmi 

loi/No«ir;avofi^ unei^tre cbnftitiiibii* J^ijt'tia 
sniine 'prinoi!^^ qpi feraippotte ^ fcmM<y«&cb«Y 
rige' de :m&ta8i, die foiat en poM,、 tbiis letibu^ 
des ^^r^eprioflSr ' (-, ; ; :■ ! 
' Jl.jeftjvcai que Mt^ Baluze trohvani ceti^ 
conftitution fa As. date, & fans Is nom dui^icn 
oil eHe^u ^xi ;danBee:» l,a attribute; a. Clouirle I. 
EDe Gfi*<k Clotafre> IL Pebdonncraf ^roii nifoiiil 
• t9\ it y eft cbt quele rot ooo^va Jefiimmii^ 
ntf^sf ^ g^. acc6Dd^ amx j^glifin pap ioh f«te ^ 
fenraifuk Queles imnmnit^s: tturoit^pu acc}or<iex 
aux eg^ifes' Chikleric»<4t»ui Ckitaire 1 , lu» 
qui n'etoit pas xhritien , & q^t vivoiravaat qiit 
k monarcHIe «fit etd/ fond6e }: -^Mais/fi ITon. attm 
bue te d^cret a.Clolaiisi Ily.cioSoifix>i»V!era*9Mt 
akfid Qotoire 1 Jaii^iiijStne; — .dom^inn^ 
menfes aux ^glifes , pous'expiiiii la 'jxvGkl dkffoH 
fUs CraiUne , qu'il avoit bruler avec (a femme 

- %C^^^ • "■-■^■BM^yn a i^ ^vtw^ w f>, 

1^4 Les -abus que cette confEitution corrige 
febfifterent apr es la mott d'e Qotaire & £u- 

- - -… - •'■ ; '-'J 



(/) Dans- Vedition des d^itulaires de B«liize ^tomrK 

P fg) 5,ai parU^ au Uvre precedent de ccs immunit^s ; 
qui dtoient des conceilions de droits de juftice , St qui^ 
eontenoient des difenfes aux juges royaux de fa ire 
aiicune ft>n£tion dans le territoire , & dtoient ^qv 丄, 
^ald&tes 4. r^re^oa ou conceiTion d'un 



»f8 ©En fcTieitt: jffif LmsJ 
rent meiite.'portet a. kur'^eomble pendsht Isifefft 
Weffe du xegne de Goottan , la cruaate de celai 
^ QiilpMcT*/ & lev— teftai^es r^geiices de£i^. 
' indt ^Si ik{>firiinehaultii Or,<;omiheii» la jia- 
< aiicx>itdff|ieptf ibiiffr^' det :gi:i[rfsifi.iQleiiiaei« 
estt >proicnts ,'& ns Vlfine rsbiitesAir le 
油—/ :omimidt'de cesigrte^r Soasnant -li'sHft*' 

GhU^ioiieli (.h , vaysot rajir^ ^hs aosAtaami^yio^ 
knees, elle ie pre^u ( i) d'ordoanert^ue, dans 
les jugemens ,-on tfmvii la.^lc^. & In coututms , 

•com me on faifoit asiciebiusflicnt:^ 

:、 aiette^^^ditfiitxitioii £i)fie. >ponr .4'edre(ier 
Its^riefti, HCL peut.poiaV amcemer X^lbtaire \^ 



ptti^srilvti'^ flvoflD poinffeu» &in regne dk plain- 
fos iMM^ de . ri^yatmie: « xcet ^giuid^ & . qye' £ifi 
aucovai ^ y ' ^bir . tr^ rs&nnie &i>|but: 劣 ans^d^ 
temps OQ 1,<MI place cette coofthutfon; au Men 
l|u'etie'CO(ivierTt tr^ biea aux ^v^emehs qui ar-* 
rifvereiii foiis ie' regne de Qotatre II , qui caa- 
fert^r ltitfe«T^olation' . danr I'itarpolxtiqise 4a 
myiat/tae. H fatttf eclatar lliufloide patde» loos , 
(k 'iH> hU 'pu tttii^we; ' . ' . . i< ' ' i 

fcl:'" Ti*iuv» •: J . r , 

1 ' t ,11 mil I I 、 .1, 

n ^^mni«ji^ i r^gner vers. ra» r* 
(i) Voyei h vie de JLeg«r» 



G.H A P I TfL£ III 



' jiii^ioripi its Mdirs du PaMsC -' : 




^CJotaire raflur^, c^uj q\iil^fMamt deSLchftfii 
ge^' 8t des fiefs ; & 'apres" in6rt~de Warna- 
chaire, ce prince //^ayajmjjd 梦— ^ aux fei- , 
gneurs aflembles a T royes , qui ils vouloient 
menrfe cn,ia,p\aqe , 鄉 化 &,, .n,6- 

liroient point; & lui demandant fa raveiir, ilsie 

niortarcnie, : la nation Te ! repoja, w lui ^ oc ne 



niortarchie, : la nation le ! rjpoja, tur lui ^ dc ne 
lui donna point de piaire\*^e prince fe femiten 




rfererit chez 

《?i3Mpm,'p、r<^i€f:a\】'*bap-iir$s«^'、", , , 

' II "prit le ^arti d*pfl^"X aux, AuftraCens de ci 
dsf rXuftrafie a Ton ifils Sig^^rt ,,.aye.c iin tr^for ^ 
& de mettre le gbuv^i{neni^|rit,jdu .ro'yaume fi^ 

^.^N" ?,, 气 一., 4— :^i/te':S 兮, 
;、, , Via 私 



(f) Eo anno , Clotarius cum froccrihus & l^udihfis 
Sitrpittiffa TrecVfflrtrs eonjnngituf :';c'im idfitm tjfct fhU 
licitus , fi ^'iUcnt jttm , */F;WtttAaW^,3&t,; a&^n^ Ut 
ejus honoris gradufft ' jyhlinfyrt t fed * 0nfi*s' ^d^iffi^er 



ruerunt , non tantum Sclavin6hm: fo'rtiti^itS' oht^tih, 
^anturtt difit^ni^Uff Auflrajtoi^um \ dnm fe cernihatt cam^ 
Dagoberto odium ineurriffe , & djjiduc exjfcllarentur} 
ChroB. d« ? r^^gait^ p -chip. , fur. I'an 030. 、 

touted 



Li v. XXXI. Chap- HI. iti 
fontes pv fes chartres, & d'abord (A) I'Auf- 
traiie fut mife hors de danger. 

Dagobert fe fentant mourir, recomtnanda k 
JEgz , fa (emme Nentechilde , & fon fils Clovis. 
Les leudes de Neuftrie & de Bourgogne 、 i 》 
choifirent ce jeuoe prince pour leur roi. JE^^ & 
Nentechilde gourernerent le palais (k ) ; ils ren- 
dirent 、l) tous les biens que Dagobert avoit 
pris ; & ks piaintes cefFerent en NeufWe & en 
Bourgogne 5 com me dies avoieac cettt en Auf - 
trafie. 

Apr^s Ui mort d'^^a, la rdne Nentechilde (m") 
engagea les fdgneurs de Boureogne k 61ire Floa- 
cbatus nouT leur maire. Celui-d envoya aux 
iveques & aux principaux (eignears du royaume 
de Bourgogne des iettres, par lefquelles il leur 
promettoit de leoi* conferver pour toujours {n) . 
c*eft-^-dire , pendant leur vie , leurs hoimeiirs & 
lears digntt^s. II confirma fa parole par un fer- 
ment«Cefi \c\{o ) que fauteur du livre des maires 
de la maifon royale met ie commencement de 



(A) Dances Aufirafii eorum fiudio limiiem & regaum 
Fran \corum contra. Vinidos utiUur dtftnfafft nofiuntufm 
Ibid, ch.75 , fur Pan 652. 

(0 Ihid. chap. 70 , fur I'an $3$. 

\k) Ihid. 

il) Ibid., ch. 80 , Cur ran 6^9. 

{#») Chronique de Fr^degaire , ch. 89, fur I'an ^41. 

(«) Ihid. Fipaehatus cuncUs dueihus k regno Bur» 
ptndim , fiu & pontifcibus • per epifiolam etiam & fa- 
cramentU frmavit unicuiquc gradum honoris & dignita- 
tem , feu & amicitioM , pcr;fctu6 confirvare, 

(o) Ddnccps k umporibus Cloduvci qui fidt fiUus 
Dagohrti inctyti regis , pater vtrb Thedderici , regnum 
Francorum tUcidens per. majorcs domus capit ordinari, De 
majoribas domiU regtae. 

Tame IV. L 



141 De l*Esprit oes Lois,* 
radminiftration du royaume par des m aires da/ 
Palais. , 

Fredegaire , qui etoit Bourguignoii, eft entr^ 
dans de plus grands details fur ce qui regarde 
les maires de Bourgogne dans le temps de la 
revolution dont nous parlons , que fur les mai- 
res d'Auftrafie &L de Neuftrie : mais les conven- 
tions qui furent faites en Bourgogne , furent, 
par les memes raifons , faites en Neuftrie & ea 
Auflrafie. 

La nation crut qu'il itoit plus sur de mettre 
la puiffange entre les mains d,un maire quelle 
qui elle p.ouvoit impofer des con- 
ditions , cju'entre celles d,im roi dont le p ouvoir 
^tolt hereditaire, 



CH APITHE IV, 

Quel etoit , d fcgard des Maires , U ^trdc de I4 
nation. 

gouvernement, dans lequel pne nation qui 
avoit un roi elifoit celui qui devoit exercer Ja 
puiflance royale , paroit bien extraordinaire ; 
mais, , independamment des circonflances oil Ton 
fe trouvoit , je crois que les Francs tiroient k 
cet egard lears idees de bien loin, 

lis ^toient defcendus des Germains, dont Ta- 
cite [tf ] dit que , dans le choix de leur roi , ils 



{a) Rests ex nohilUau « duces ex yirtufc ,umunt* Df 



tlx. XXXL/Cha v. IV. Mj 
fe determinoient^ par fa nobleffe ; & dans Ic choix 
tte kur chef, par (a veriu. Voila les rois die ]« 
premiere race , & les maires du palais; les pre- 
miers etoienc hec^ditaices , les leconds 6toient 
^leaifs. • 

On ne peut douter que ces princes , qui, dans 
rafiemblee de la nation , ie levoient , & fe pro- 
pofoient pour chefs de quelqu'entreprifc a tous 
-ceux qui voudroient Icsfuivre, ne r^uniflent pour 
la plupart, dans leur perfonne, & rautorite du 
toi & la paiHance du maire. Leur noblefle leur 
avoit donne la royaute ; Sc leur vertn, les fai- 
hnt fuivre par plufieurs volontaires qui les pre 秦 
noient pour chefs , leur donnoit la puiHance du 
maire. Qeft par la digriite royale que nos pre- 
miers rois furent a la tete , d^s tribunaux Sc des 
afTembl^es , & donnerent des lois du confente* 
ment de ces aflemblees : c'eft par la dignite de 
due ou de chef qu'ils firent leurs expiditions , 
& commanderent leurs armees. 

Pour connoitre le genie des premiers Francs 
a cet egard , il ri'y a qu,i jeter les yeux^ fur 
la conduite 【 6 ] que tint Arbogafte , Franc de 
nation , a qui Valentinien avoit donn^ le com- 
mandement de I'arm^e. II enferma rempereur 
dans le palais ; il ne permit a qui que ce fut de 
lui parler d'aucune affaire civile ou militaire. 
Arbogafte £t pour lors <:e que ks P 豸 pins £rent 
depuis. 



(h) Voyez Sulpictus AUxanicr dans Gr^goire de 

T^UCSy Uv. u. 



L 



114 De lTsPrit D£s Lois; 



C H A P I T R E V. 

Comment U$ Mains obdnrtnt U commdndemcnt dts 
armces* 

|pENi>ANT que les rois comtnanderent les ar- 
mies, U nation ne penfa point a fe choifir uo 
chef. Clovis & fes quatre fils furent a la t€te 
des Francois , 6c les menerent de vifloire en 
viftoire. Thibault , fils de Theod^rt, prince 
|eune , foible & malade, fut le premier [a] des 
rois qui refta dans (on palais. 11 refufa de faire 
une expedition en italie contre Narsis , & il eut 
le chagrin [ B ] de voir les Francs (e choifir deux 
chefs qui les y menerent. Des quatre enfans de 
Clotaire I, Gontran {^c) fut celui aui n 化 ligea 
le plus de CQinmander les armies: aautres rois 
fuivirent cet exemple : £t pour remettre , fans 
piril , le commandement en d'autres mains , ils 
le donnerent a pluiieurs chefs ou dues i^d). 



(a) L'ao ^ya. 

{b) Lcutkcris verb & BunUnus , tametfi id rtfi 
ipforum minime pUcehat , belli cum tis focittatcm 
inierunt^ Agathias, liv. i. Gr^goire de Tours , liv. iir, 
cViap. 9 

(c) Gontran ne fit pas mime I'exp^dition contre 
GondovaWc , qui fe difoit fils de Clotaire , & deman- 
doit fa part du royaume. 

(d) Quelquefoi* au nomhre de vingt. Voyez Gr^- 
|oire Tours , liv. v , chap. 17 ; Hy. vili , chap. 18 
& JO ; liv. X , chap. 3. Dagobert , qui n'avoit point 
de maire en Bourgogne, -eut U m^me politique , & 



Liv. XXXI. Chap. V. "5 



On en vit naitre des inconv^niens fans nom- 
bre : il n*y eut plus de difcipline, onne fut plus 
ohiiT ; les armies ne furent plus funefles quk 
leur propre pays ; elles ^toient charg^es de 
pouilles avant d'arriver chez les ennemis. On 
trouve dans Gr6goire de Tours une vire pein- 
ture {e) de tous ces maiix. " Comment pour* 
" roDs-nous obtenir la vidoire, difoit Gontran(/), 
,, nous qui ne confervons pas ce que nos peret 
9y ont acquis ? notre ilation n eft plush niSnne"— 
Chofe finguliere I elle ^toit dans la decadence 
d^s le temps des petits-fib de Clovis. 

11 ^oit done nature! qu'on en vint ^ faire 
un due unique ; un due qui eut de I'autorit 在 fur 
cette multitode infinie de feigneurs & de leudes 



due qui r^tablit la difciplinc miiitaire , & qui 
menat contre rennemi une nation qui ne favoit 
plus faire la guerre qu'a elle-mlme. On dpnna la 
piiifTance aux in aires du palais. 

La premiere fbn6Hon des maires du palais fu$ 
le gouvernement economique des maifons royales. 
lis eurent , concurremcnent avec d'autres 
ofHciers , le gouvernement pplitique des fiefs ; 
&L 4 la fin , Us en difpoferent feuls. Us eurent 
imffi radmtniilratiofi' des affaires de la guerre & 



envoys contre les Gafcons dix duc« & plufieurs com* 
tc$ , qui n'avoient point de dues fur eux. Chronique 
de Fredegaire , chap. 78 , fur I'an 6^6, 
• (e) Gr^goire de Tours , lir. viii , chap. 50 ; & 
liv. X , chap. 5. Ibid. liv. viii, chap. |0. 



(g) Voyez le fecond fuppl^ment 4 la loi des Boiir- 
guignons , tit, 13 « & Gregoire de Tours , liv. ix , 
chap. 





31" De l'Esprit dH Lots ; 
^ commandement des armees ; 6c ces deux func- 
tions fe trouverent n^ceffairement liees avec Ids 
dfux autres. Dans ees temps-la , il etoit plus 
difficile d'aflembler les armees que de les com- 
mander : & quel autre que celui qui difpofoit 
des graces , pouvoit avoir cette autoritc Dans 
ceite nation ind^pendante & guerriere , il falloit 
phtdt inviter que contraindre ; il falloit donner 
Qu faire efp^rer les fiefs qui vaquoknt par la 
mort du poffelTeur , recompenfer fans cefle , 
foire cramdre ks pref<6rences: celui qui avoit la 
furintendance du palais devoit done Stre le gi- 
neral de l,arm6e. 



C H A P I T R E VI. 

Secondi epoque de Vahaiffement des Rois de la. 

premiere race, . 、 

EPUrs le fuppfice de Bfunehault , les maires 
avoient iti adminiftrateurs *du royaume fous les 
rois ; 6c quoiqu*ils euffent la conduke de la guerre , 
ks rois ^toient pourtant a ia t^te des armees , & 
2e maire & la nation combattoient fous eux. Mais 
vifioire du due Pepin ( 4 ) fur Theodorit & 
fon maire , acheva de degrader les rois (^) ; celle 
qiie rempocta Charles Ma'rtel (c) fur Chilperic 



(il) Voyez les annales de Metz , fur l,an 687 & $8^. ' 
f^h) litis quidtm nomina regum imponens , ipfi totius 
rtgni hihitis priviUgium. , Sec' IbitL fuc Vaa 6}%* 
父) Ibid, furl'an 715^. 



L IV. XXXI. Chap. VI. 117 

& (on maire Rainfroy , confirma cette dierada- 
tion. L'Auflrafie triompha deux fois de la Neuf- 
trie & de la Bourgogne ; & la mairerie d'Auf- 
trafie ^tant corame attach^e a la famille des Pi- 
pins, cette mairerie s'^Ieva fur toutes les autres 
maireries, & cette maifon fur toutes les autres 
maifons. Le$ vainqueurs crai^nirent que quefc- 
qu'homme accr^diti tie fe faisit de la perfonne 
des rois pour exciter les troubles. lis les tinrent 
dans une maifon royals, comme dans une ef- 
pece de prifon (d). Une fois chaque annee , ils 
etoient montr^s au peuple. La ils faifoient des 
ordonnances ( «), mais c'^toient celies du maire s 
ils repondoient aux ambafTadeurs , mais c'^toient 
les reponfes du maire. Ceft dans ce temps qu« 
les hHlonens (/) nous parlent du gouvernement 
des maires fiir les roU qui leur Etoient aiTuiettis. 

Le delire de la nation pour la famille de P6piii 
alia fi loin , qu'elle elut pour maire un de fes 
petitS'fils qui 6toit encore dans renfance (g}; 
eile l-etabltt fur un certain Dagobert^ & mit un 
fantome iar un fantome. 



, (</) Sedmque ilii regaUm fuh fuet ditione concejjie. 
Annates de Metz , fur I'an 719. 

(e) Ex chronico CentuUnfi , lib. H. Ut refponfa qu<t 
碌 rat edocius , vcl potius juffus , ex fud vtUu poufiau 
Tcddcrct, • 
, (/") Annates de Metz , fur I'an ^91. Anno princi* 
patus Pippini fuper Theodericum. « • . Annates de Fulde 
9U de Laurishan. Pippinus dux Francorum obtinuit 
ngnum Francorum per annos , cum regibus fibi fuh* 
jeBis. 警 

(g) Pofihae Theuioaldus , filius ejus ( Grimoaldi ) . 
^arvulus , in luco ipfius , cum pntdicio fege D^aguberto , 
major domus palatli tffccius eft., Le continuatear ano« 
pyme de Fr^aegaire , fur I'an 714 , ch. 104^ 

L 4 



De l'Esprit des Lois ; 



CHAPITRE VII. 

D§s grands offices & des fiefs , fous Us Mdres 
du Palais, 

Les maires du palats n'eurest garde de rte-» 

Uir ramovibilitd des charges •& des offices ; \\% 
fie r6gnoient que par la protedion qu'iis accor- 
doient a cet 4gard \ la ndblefTe : ainii les grands 
offices contifiuerent \ etre donnas pour la vie , & 
cet ufage fe confirtna de plus en plus. 

Mais )'ai des refle^ons particulieres afaire (ur 
ks fiefs. Je ne puis douter que, d^s oe temps- 
la , la plupart n'eufient itt reiidus hereditaires- 

Dans le trait^ d'Andeli (tf ), .Gontran , & fen 
neveu Childebert , s'obligent de mamtenir les 
Hb^ralites faites aux leudes & aux egiifes par les 
rois leurs pr^d^cefTeurs ; & ii eft permii aux 
reines ( 4 ) , aux filles , aux veuves des rois , de 
difpofer, par tefiament & pour toujours » des 
chofes qu*elles tiennent du fife. 

Marculfe ^crivoit fes formules du temps des 
maires ( c ). On en voit plufxeurs oU les rois 



{a) Rapport^ par Gr^goire dt Tours, li v. ix. Voycx 
裏 uffi I'^dit de Clottirell, de I'an 615 ,art. 16. 

{h^ Ut fi quid de agris ffcalibus vet fp<cUbus atque 
fritfidio pro arbitrii jiii voluntate facere aut cuiquatm. 
tonferrt valutrint, fixd fiabJUtate petfetub confcntetun 

m Voycz la 14 & hi 34 du Uvrc x. 

(<0 Voyez U formule 14 du livre i , qui s'app>iqae 
^galeraent i dts hieiu fifcaux donnas dirc^cment poor 



Liv. XXXL Chap. Vn. 119 
donnent a la perfonne & auxh^ritiers: Sccomme 
les forinules fonties images des a^ons ordinaires 
de ia vie , elles prouvent que , far la fin de la 
premiere race , une partie des fiefs paflbit d^j^ 
aux h^ritiers. II s*en (alloit bien que I'on et^t , 
dans ces temps- Ik , Vidte d'un domaine inali^* 
aable ; c'eft une chofe tr^ moderne , & qu'on 
ne connoiflbit alors m dans la th^otie , m dass 
la pratique. 

On verra bien-t6t fur cela des preuves de 
£ut : & fi )e montre un temps oil il ne fe trouva 
plus de benefices pour I'armSe, ni aucun fonds 
pour fon cntretien, il faudra bien convenir que 
les anciens b^n^fices avoient iti aii^n^s. Ce tempt 
eft celui de CharWs-Martel , qui fonda de nou 一 
veaux fiefs , qu'il faut bien diilingaer des premiers. 

Lorfque les rois commencerent k donner pour 
loujours , foit par la corruption qui le glifia dans 
le gouvernement , foit par la conftitution mSme 
qui faifoit aue les rois ^coient obliges de 
compenfer fans ceffe ; il etoit naturel qo'ils com- 
men^afTent plutot a donner a perpetoite les fiefs 
que les comtes. Se priver de queiques terres 6toit 
peu de chofe ; renoncer aux grands offices , c'" 
toit perdre la puifFance meme. 



toujours , ou donnas d'abord en b^n^ftc« , & enfuitc 
pour toujours : Sieut th illo out i fifco nojbro fiut 
fojfeffa, Voyez auifi la formule 17 , thiiL 



130 、 De l*Esprit des Lois 



CHAPITRE VIII. 

Comment Us alUux furcnt changes en fiefs. 



iA maniere de changer un alleu en fief fe 
trouve dans une formule de Marculfe ( 2r ). On 
idonnoit fa terre au Roi ; il la rendoit au dona- 
teur en ufufruit ou benefice , & celui-ci deiignoit 
au Roi fes Writiers, 

Pourd^courrirles raifons que I'on cut de dc- 
naturer ainfi fon aHeu , il faut que je cherche, 
<C»>M«^ dans des abymes, les anciennes prero- 
gatives de cette nobleiTe , qui , depuii onze fie 了 
cles , eft couverte de pouffiere , de fang & de 
fueur. 

• Ceux qui tenoient des fiefs avoient de tr^s 
grands a vantages. La compofition pour les torts 
qu on leur faifoit itoix plus forte que celle des 
hotmiies libres. II paroit , par les formules de 
Marculfe , que rttoit un privilege du vaffal da 
Roi , que celui qui le tueroit payeroit fix cents fous 

compofition. Ce privilege ^toit 6tabli par 
loi falique {b) & par celle des Ripuaires ( r ): 
& , pendant que ces deux lois ordonnoient iii 
cents fous pour la tnort du vafTal du Roi , elles 



(4) Liv. I , formule 13. 

{h) Tit. 44. Voyez aulTi les tittcs 66 , §. 3 & 4; 
le titre 74. 
(«) litre 



Liv. XXXI. Ch AF. Vni. 131 
n'en donnoient 、 J ) que deux cents pour k moit 
d*un ing^nu , Franc , barbare , ou homme vivant 
fous ]a loi falique ; & que cent pour celle d'un 
Romain. 

Ce n*itoit pas le feul privilege qu'eufTeat les 
vaiTaux du Rpi. 11 faut (avoir que , quand ua 
homme ^< ) 6toit ctte en jugement , & qu'il ne 
fe pr^fentoit point ou nobeiflbit pas auz or- 
donnances des juges , il etoit appell6 devant le 
Roi ;&, s*H periiKoit dans fa contumace , il ^toit 
mis hors de la protedion du Roi (jT) , & per^ 
fonne ne pouvoit le recevoir chez ioi , ni meme 
lui Conner du pain : or, s'tl etoit d'une condt<f 
tion ordinaire , fes biens ^oient canfifques (^)^ 
snais, s'il etoit vafTal du Roi, Us ne rdcoient pas 
( A 、• Le premier , par fa contumace , ^toit ctad 
convamca du crime ; & non pa 霧 le fecond. Celui- 
】4 、 i ) , dans ie$ moindres crimes , 6toit foumis 
a la preuve p«r I'eau bouillante ; celui-ci i^k) 
n'y etoit condaiuni qae dans le cas de iseurtre; 
£nfin un vailal du Roi (/)ne pouvoit etre con- 
traint de jurer en juftlce contre un autre vaiTaU 
Ces privileges augmenterent toujours ; & le ca- 
pitulaire 43 Carloman (m) fait .cet honneur aux 
yaflaux du Roi , qu'on ne peut les obHger de 



(d) Voyez la Ioi des Ripuaires , tit. 7 ; & 4a loi fa- 
Uque , tit, 44 , art. i & 小 
•4 Ce) Lot faliqiie , tit. 59 & * • 

If) Extra jermonem regis , loi fftfif^ue > ^t. 59 & ?《• 

f^) Ibid. tit. 59 , I. - 
"- (A) Jhid. tit. y6, I. 

?/) L<ii falique , tit. k6 8c 59. 

h) Ibid, tit. 76, S.I. 、,- 
•(/)/H^. tit, 76-,$. 2. ' :• 

Ifn) J,"d yernis paUtium^At Vui 883, iart. 4 Ct 11.: 



"2 De l'Esprit dxs Lcm, 
lurer eux-mlmes , mais feakfloeat par b hooAe 
de lenrs propres Taffiuiz. Dc phis : loHqne celui 
fpii avoit 1^ honneais ne s'etoit pas rendu a 
I'ann^ , fa peine etoit de s'abfteoir de chair & 
de ▼in , amant de temps qu'il avoit nurnqne aa 
fiorvicc : mais Hiomine libre 、 a ) » qui n^avoh pas 
fuivi le Comte , payoit une comp&ikioa {^o^ de 
foizante fous , & etoit mis en fervitude jufqu' 态 
ce qiTii I'euc pay^. 

U eft done aiie de penfer qae les Francs aai 
n'^totent point vaflaiiz da Roi, & encore plas 
les Romains , chercherent a le devenir ; &c qa,afin 
qu'ils ne fuflent pas privis de leurs domaines , 
on imagina IWage de donner fon alleu an Roi , 
de le recevoir de lui en fief, & de lui defiener 
fes hinders. Cec ufage continua toujours ,& i] 
eut furtout lieu dans les defordres de la feconde 
race, oii tout le monde avoit befoin d ,! in pro- 
tedeur , & voulolt faire corps avec d'autres 
feigaeurs ; & entrer , pour ainii dire , dans la 
monarchie f^odale , parce qu*on n*avoit plus la 
iDonarchie politique. 

, Ceci continua dans !a troiiieme race , com me 
on le voit par plufieurs ( chartres ; foit qu'on 
donnat fon alleu , & qu'on le reprit par le m^me 
ade ; foit quon le deckrat alleu , & qu'on le 



(«) Capitul. de Charlemagne , qui ed le fecond ^« 
ran 812, art. i & 
7oJ Herihanfium, 

{p) NoH infirmis rcliquit futrcdihus , dSt Lambert cl'Ar* 
dres , dans du Cange , au mot alodU, 

(q) Voyez "lies que du Cange cite au mot alodis^ 
& cellei que rapporte Galland > trait 豸 du fiaiK^aUeut 
pag. 14 & fuiv: 



Liv. XXXI. Chaf. Vin. t^j 
r«conndt en fief. On appelloit ces Ms t fiefs 

Cda ne figniiie pas ,ue ccux qui avoient des 
6tfs left gouvernailent en bons peres de families; 
& , quoique ks homines libres cherchaflent beau* 
coup k avoir des fiefs. Us traitoient ce genre de 
biem comme on adminiftre aujourd'hui les ufu- 
fruits. Ccft ce qui fit faire k Charlemagne , Prince 
le plus vigilant & le plus attentif que nous ayons 
eu, bien des r^gletnens (r') , pour empecher 
qu'on ne degradat les fiefs en faveur de fespro- 
pri^^. Cela prouve feuletnent que , de fon temps , 
Uplupart des b^n^fices Potent encore h vie; 8c 
que , par conf(§quent, on prenoit plus de foin des 
allem que des b^n^fices : mais cela n'emp^che 
pas que Fon n'aim^t encore mieux ^re vaUal dn 
Roi qu'homme libre. 0n pouvoit avoir des rai"* 
fons pour (ii(porer d'tuie certaine portion parti - 
I culiere d'un nef ; msus on rie voutoit pas perdre 
fa digniti m^me. 

Je fais bien encore que Qiarlemagne fe plaint 
j dans nn capitulaire (^s^ que , dans quelques lieux , 
il y avott des gens qui donnoient leurs fiefs ea 
propriiti , & les rachetoient enfuite en propria & 
Mais je ne dis point qu'on n*aimit mieox une 
propri^t^ qu*un ufufruit : je dis feuletnent que , 
torlqu'on pouvoit faire d'un alea un fief qui paf- 
"t amc heritiers , ce qui eft le cas de la forcnuls 
dont j'ai parl^, on avoit de grands a vantage!^ k 
le faire. 



(r) Capitulaire ii , de I'an 8oa, art. lo; & le cap!- 
tul. vii oe Pan 803 , art. 3; 8c le capitulaire i , inccrti 
anni , art 49; & >1, capital, de Van %o6 , art. 7. 

(s) Le ciot^uiem* de I'an 806 , att. 8. 



154 6£ L'EsPRrr des Lois; 



C H A P I T R E- IX. 



Comment Us biens eccUpaJ^ques furcnt convertU 
en fiefs. 



la US biens fifcaux n'auroient du amr d'autre 
deAination que de fervir aux dons que les Rois 
pouvoient faire pour inviter les Francs a de dou« 
velles entreprifes , lefquellcs augmentoient d'un 
autre cot^ les biens fifcaux ; & jcela ^toit , coxnme 
j'ai dit , refprit de la nation : mais les dons pri- 
rent un autre cours. Nous avons un difcoi^rs 
de Chilperic 9 petit- fils de Qovis , qui fe plai- 
gnoit deja que ces biens avoient ixi prefque toUs 
don"s 9UX ^g)ifes. » Nx)tre fife eft deyenu pau- 
" vre, difoit'U; nos richefles out ^te^ tranfpor- 
" t^es aux ^glifes {if): W n'y a plus que les, Eve- 
n ques qui regnent ; ils fpiit dans la grandeur, 
w 6c nous n'y Toinines plus.cc 

Cela fit que les maires , qui n'ofoient atta- 
quer les feignears , d^popillerent les egUfes : & 
une des raifons qu'allcgua Pepin pour entrer en 
Neuftrie ( fj 9 fut qu'il y avoit ^te invito par 



(a) Dans Gr 化 oire de Tours , \W. ri , chap. 46. 
{b) Cela fit qu'il annulla les teftamens faits en faveur 
des EgUfes , & mfeme les dons faits par fon pere t 
Gontran lc$ r^tablit , & fit mkmt de nouveaux dons. 
Gr^gotre de Tours, !iv. vii , ch. 7. 
- (c) Voyez les annates de Metz, fur I'an 687. Excitor 
imprimis • gutnlis faurdotum & ftrvarum Dei , qui mt 
frpius adUrunt ut pro fuhlatis injufie patrimoniis , Sec. 




Liv. XXXI. Chap. IX. "j 
lesiccUfiaftiques , pour air^ter les cntreprifes des 
Rois, c'eft-a-dire des maires, qui priToient Yi* 
glife de tous fes biens. 

- Les maires d'Aufira£e, c'cft-a-dire, la mai- 
fon des Pepins, avoit trait6 I'^glife avec plus 
de moderation qu'on n'avoit fait en Neuflrie & en 
Bourgogne ; & cela eft bien dair par nos chro- 
niques (d) ^ oh les moines ne pcuvent fe laiTer 
d'admirer la d^votiou & la iib^ralite des Pepins. 
lis avoient occup6 eux-memes les premieres pla- 
ces de regUfe. ,, Un corbeau ne creve pas les 
" yeux a un corbeau a , comme difoit ChiJp^ric 
aux Ev^ques ( € ), 

Pepin foumk la Ncuftric & la Bourgogne •• 
mais ayant pris , pour detruire les maires & les 
Rois, le pretexte de I'oppreHlon des ^glifes, il 
ne pouvoit plus les d^pouUIer fans contredire 
fon titre , & fake voir qu'il fe jouoit de la na- 
tion. Mais la conquete de deux grands royaumes 
^ la deftruQion du parti oppol6 , lui fournirent 
aflez de moyens de cohtcnter fes capitaines; 

P^pin fe rjendit maitre de la monarchie en • 
prot6geant le clerge : Charles-Martel fon tils ne 
put fe maintenir qu'en ropptimant. Ce Prince , . 
vbyant qu'une partie des biens^ royaux & des 
biens fifcaux avoient kxk donnas a vie ou en pro- 
priety a la noblefle; & que le clerge , recevant 
des mains des riches & des pauvres , avoit ac- 

3uis une erande partie des allodiaux iDcnies ; il 
6pouilla les 6gUies : & les fiefs du premier par- 
tajje ne fubfiftant plus , il forma ( p\ une feconcie 



(J) Ibid. 

U) Dans Gr^goire de To urs. 

(/) Karolus plurimti jun "clcfiafiU* dctfakins 



"6 De l'Espmt D£s Lois; 
fois des fiefs. II prit , pour lui & pour fe$ ca- 
pitaines, les biens des ^glifes & les felifes 
tnes ; & fit cefler abus qui , k la difierence des 
niaux ordinaires, itoit d'autant plus facile a gue- 
cir , qu*il etoit extreme* 



E clergi receVoit tant, qu'il faut que, dans 
les trois races , on lui sdt donn^ pluueurs fois 
tous les biens du royaume. Mais , fi les Rois , 
la nobleffe & Je peuple trouverent le moyen de 
leur donner tous leurs biens, ils ne trouverent 
pas moins celui de les leur oter. La piete fit 
fonder les eglifes dans k premiere race : mais Fef- 
prit militaire les fit donner aux gens de guerre , 
qui les partagerent a leurs enfans : combien ne 
iortit*il pas de terres de la menfe du clerg 在 1 Les 
Rois de la feconde race ouvrirent leurs mains , 
& firent encore d'immenfes lib^ralit^sv les Nor- 
mands arrivent , pillent & ravagent ; perficutent 
furtout les pr^tres & les moines ; cherchent les 



la deftruftion de leurs idoles , & toutes les vio- 
lences de Charlemagne , qui les avoit obliges les 



fTAdia fifco fociavit , ac deintU milUihus difperUvit , ex 
chronico Centulenfi , iir. ii. 




C H A P I T R E X. 



Richeffcs du CUrgL 





Li V. XTtKt Chap. IL ij7 
mis apr^s les autres de fe rcfugier dans le nord. 
C^toient des haines que quarante ou cinquante 
annees n'avoient pu leur faire oublier* Dans cet、 
itdi des chofes , combien )e clergi perdit-il de 
biensi A peine y avoit-il des ccclefiaftiqucs pour 
les redemander* 11 refta done encore a la p\ix6 
de la troiiieme race aflez de fondations k faire, 
& de terres k dodner ? les opinions r^pandaes 
& crues dans ces temps- la, auroient priv^ les 
laxques de tout leur bien, s*i]s avoient et^ afTez 
honnetes gens. Mais , (i les ecd^fiafltques avoient 
de i*ambition , les laiques en avoient aufli : fi le 
mourant donnoit, le fuccefleur vouloit repren - . 
dre. On ne voit que querelles entre les fegneurs 
& les Evlques^ les gentilshommes & les abWs ; 
& il falloit qu'on preflat vivement les eccl^af- 
tiques , puifqu^ls furem pbliges de fe tnettre feus 
ia prote^ion de certains feigneurs , qui les 
fendoient pour un ntoment, & les opprimoient 
apr^s. 

D^Ja une meiQeure police, qui s, 圣 tabMok d^n§ 
le coursde la troifleme face, permettoit aux ec- 
cleiiaftiques d'augmenter kur bien. Les calvinfiles 
pa ru rent , & firent battre de la monnoie de touC 
ce qui ie trouva d*or & d*argent dans les e-gli- 
ks* Cotnmem le clerg^ auroit*il ^t^ affur^ da 
fa fortune ? Il ne retoit pas de (on exiftence ; il 
traitoit des matieres de Controvtrfc , & Ton bru- 
loit fes archives. Que fervit-il de redemander k 
line nobleffe, toujodrs ruin^e , cc qu'elle ri*a- 
voit plus , ou ce qu'elle avoit hypothequ6 <te 
mille manieres? Le clergd a tou'jours acquis » il 
a toujours rendu f &ii acquieri encore* 



M 



138' De L^EspRiT D£S Lois 



C H A P I T R E Xt 
Etat de I, Europe du temps dt Charles^ 

arles-Martel , quicntreprit de depouilTar 
le clerge , fe trouva dans les circonftances les- 
plus heureufes : 11 ^toit craint & aim^des gens 
de guerre , & il tra vail bit , pour eux y U avoit 
le pretexte d« (es guerrcs contre les Sarrafins* 
{a\y quelque hai qu,il f&t du cler^e , H n'en. 
ayoit aucun befoin k Pape, a <^ui il etoit ne^ 
ceflaire , lui tendoit les bras l on fait h celebre 
apibafiacle que lui envoya Gregoire lILCes^ 
deux puiffances lurent tr^s unies , parce qu'elIes^ 
ne pouvoient fe paffer I'une de rautre : le Pape 
ayoit befoin des Francs pour le fautenir contre^ 
les Lombardi & contte hs Grecs.; Gharles-Mar-- 
tel avoit Woin du ^ape pour humilier les Gxecs.^ 
emharraflet les Lombards , fe rendre plu& refpec- 
table . chez lui\.c),, &. acerediter. les litres qu il. 



{a) Voyer les annales Metz; 

Epftolam quoqut、 durcto Romanonnt prihchrtm-^ . 
fiU prdUiHus pr<zful Gregorius miferat , quoi fcfe po, 
pulus RomanuSj rtlicid impcratoris dommatioiie , ad ftiavt 
dcfenjionew^ 6* invicldm cUmentmm converttre volui^ct. 
Annales de Mm- fur Tan. 741... Eo f a^o patrato > b^'* 
a partibus impcratoris ncederet. Fr^degaire. 

(c) On peut voir dans les aviteurs de ces temps- 
Fimprcfllon que I'autorite de tant de papes fit fur 
refptit des Francois. Quoiqyie le Roi. Pdpin cut dej^ 



Li v. XXXI. Chap. XI. 1)9 
avoit, & ceux que lui ou fes enfans pourroient 
prendre. 11 ne pouvoit done manquer fon en- 
treprife. 

S. Eucher , Eveque d*Orl^ans , eut une vi- 
fion qui etonna les Princes. II faut que je rap- 
porte a ce fujet la lettre ( que les Eveques , 
afletnbles a Rheims , ^crivirent a Louis le Ger- 
manique, qui ^toit entre dans les terres de Charles 
le chauve ; parce quelle eft tres propre a nou$ 
faire voir quel etoit , dans ces temps^l^ , I'^tat 
jdes chofes , & la fituation des cfprits. lU difent 
que^f ) ,, S. Eucher ayant ^t^ ravi dans le cie|, 
il vit Charles-M artel tourment^ dans I'enfer in^ 
ftriear, par I'ordre des Saints qui doivent aiTid^ 
avec Jefus-Chrift au jugement dernier; c|u*il avciic 
it6 condamn^ a cette peine avant le temps , pour 
avoir depouille les ^glifes de leurs biens , & 
|re par 'la rendu coupable des peches de tout 
ceux qui le$ avoient dot^es ; que le Roi Pepin 
tenir a cc fujet un concile ; qu'il fit rendre aux 
eglifes tout ce qu'il put retirer des biens eccl 纟, 
ffiafHqties; que , comme il n,en put r'avoir qu*unc 
partie a caufe-de fes demeles avec Vaifre Due 
d'Aquitaine , il fit faire , en faveur des eglifes , 
jdes iettres pr^caires (/) du refte ;. & ligla que le, 



6t6 coirronnd par rarchev^que de Mayence , il re-^ 
garda I'oriftion qu'il requt dii pape Etienne comme un* 
chofe ({m le connrmoit dans tons (es droits. 

(i) Anno 858 , apud Cdnfiacum , ^dit de Baluze ,、 
tome II » page loi. , 

(c) Anno 858 , apud Carifiacum , iAit. de Baluze ,' 
tome II , art. 7 , page 109* , 

, (/) Precaria., quod precibus utcndum conuditur , dit 
Cujas, dans fes notes fur le livrel. des fiefs. Je trouve 
/^aju ua dipWui^ du ,Roi Vi^in , dat^ de la troifiem© 

' M 2r- • 、 



X40 、 De l'Esprit des Lois, 
laics payerotent une dime des biens qrfils te- 
noient des ^glii^s , & douze deniers pour chaque 
maifon; que Charlemagne ne donna point les 
biens de I'^glife ; qu'il nt , au conrraire , un ca- 
pitulaire par lequel il s'engagea , pour Igi & fes 
lucceiTeurs , de ne les donner jamais; que tout 
ce qii*i]s avancent eft ^crit; & que inline plu 一 
fieurs d'entr'eux I'avoient entendu raconter a Louts 
]e d^bonnatre , pere des deux Rok.cc 

Le r^glement du Roi P^pin , dont parlent les 
Eveques , fut fait dans le conctle tenu a Leptines 
(g). L'^life y trouvoit cet avantage , que ceux 
qui avoient re^u de ces biens ne les tenoient plus 
que d'une tnaniere pr^caifc ; & que , d^ailleurs » 
elle en recevoit la dime , & douze dem'ers pour 
chaque cafe qui lui avon appartenu. Mais c'i- 
toit un remede palliatif , & k mal refloit tou« 
jours. 

Cela mime trouva de la contradidton , &: Pi* 
pin fut obiig^ de faire im autre capitulaire (A\ 
ou il enjoignit a ceux ^tri tenoient de ces ben^- 
frces de payer cette dime & cette rederance , 
& me me d^entretenir les maifons de r^v^hr^ on 
du monaftere , Com peine de perdre ks biens don- 
fi^s. ChaHemagne ( i ) renouveUa ks r^glemens 
de P^pin. 



tnti6e dc fon regne , que ce prince n^^taWit pa, le 
vremier ces lettres prdcarres ; H en cite une faite par 
le maire Ebrotn, & conthui 《! e depuis. Voyez le dtplo* 
me de ct Roi , dans le tome V des hiftociens flbe France 
- des B^ndHiAins , art. 6、 

(g) L*an 743. Voyez le livre V des capttulaires^ 
art. J , ^dit. de Hallize , page 8^5-. 



(0 Voytz fon cayltulaire Ian 803 y donni 




Liv. XXXI. Chap. XL 141 
Ce qot les Ev^ques difent dans^la mime let* 
trc, que Charlemagne promit, pour lui & fes 
luccelieurs,de ne plus partager les biens des <gli- 
<es aux gens de guerre » efl conforme au capitu- 
laire de ce Prince donn^ a Aix-la-Chapelle l*ao 
803, fait pour calmer les terrears des eccl^fiaf* 
tiques ^ cet ^gard : mais les donations d^)a fai- 
tes fubiifterent toujours (A). Les Eveques a)ou« 
tent , & avec raifon , que Louis le debonaaire 
fuivit ]a coriduite de Charlemagne , & ne' donna 
point les biens de i'^glife aux ioidats, 

Cependant les anciens abus ailerent loin , 
que, (bus les enfans de Louis le d^bonnaire ^/^> 
les laics ^tablifibient des pr^res dans leurs 
化 l;(b,'ou Ies、 chailoient , fans le confentement 
des Eveques. Les ^tifes fe partaeeoient cntre 
ks .h^rttkrs (wY; &, quand elles etoient tenues 
d'une maniere ind^cente , les Eveques n'avoient 
tfautrc refTource que d'en retirer les reliques 
Le capttulaire ( o ) de Compiegne ^tablit que 



Worms , edit, de Baltrze » p. 41 1 , ou il regie le contrat 
pr^caire ^ & celui de Francfort, de Van 794 , p* i,7, 
art, 24 , fur les r^p^ratians des matifons ; & celui de 
ran 800 , pag 530. 

(h) Comme il pa reft par la note pr^cfdente , & par 
le capftulairc de P^pin , Roi d'ltaUe , ou il ef! dit jue 
le Roi donneroit en fief les monafteres it, ceux qur fe 
recommanderoient pour des fiefs. 11 eft a)<yut^ a la loi 
des Lombards , tir. iti , tit. i , §. 30 . & aux lois fa- 
liqaes , recueil des lois P^pin, dans Echard , p, i^y, 
tit. 26 , art, 4. 

(/) Voyez la confthution de Lothaire I , dao» U loi 
Lombards , \vr. xn,loiI»$. 4 J. 



(o) Oonn^ ta vingt-huitiemc ann^e du regnc dc 
Charles lcchauye»rao S^S>^dkt*de Balo^e^p. acq* 




T4t ,De l'Esprit Dts Lois ; 
V envoy i Roi pourroit faire la vifite de fous 
les monaderes avec FEveque, de Favis & en 
pr^fence de celui qui le tcnoit {p); & cette re- 
gie generale prouve que I'abus etoit general. 

Ct n*eft pas quon manquat de lois pour ]a 
refiitution des biens des e^i(es. Le Pape ay ant 
reproche aux Eveques leur ilegUgence fur le rif 
tabliffemcnt des monafleres , ils ecrivirent (q) a 
Charles le chauve , quils n*avoient poTiU ete toa- 
dies de ce reproche , parce qu'ils n'en itoieaC 
pas coupables; &r ils ravertirent de ce qui avoit 
it^ promis , refolu* & fiatue dans tant d'ailem - 
h\6es de la nation. EfFeftivement ils en^itent neuf. 

On difputoit tou jours. Les Normands arrive-r 
rent , & inirent tout le monde -d'accord. 

C H A P I T R E XII. 

• Etabliffement des dimes. 

Les reglemens faits fous le Roi Pipin avoient 
plur6t donn^ a r^gHfe refperance d,irti foulage- 
mentqu'un fdulageinent efFedlf : & CQmme Cbar- 
fes- Mattel trouva tout le patrimoin^ public €n- 
tre les mains des eccl^daAiques , Charlemagne 
trouva ks'biens des ecclefiaftiques entre les mains 
des ^ens de guerre. On ne pouvoit faire reftt- 
tuer a ceux-ci ce qu'bn leui avoit donn" & le 斧 



(p) Cum concilio & confenfu ipfius 气 u*i locum-^retintt, 
' \q) Concitiuftt apud Bonoitum , feiiteme ann^e de" 
Charles le chsurr, V'an Sj^.^diU de B^tt"、 p*?^*- > 



L I V. XXXI. Chap. XII. 
Cifcohilances ou i'on etoit pour lors rendoiem ia 
chofe encore plus imprattcable qu'elle n^toit de 
fin nature. D,un autre cot^, k chridianifme ne 
devoir pas perir , faute de mtniifa-es I" 、 , de tem- 
ples & d'inflru61ions» 

- Cela fit que Qurlemagne ^tabiit ( ^ ) les di- 
mes y nouveau genre de bien , qui eui cet avan* 
tage. pour le clerg^ , tjuetant lingulrerement donnd 
a i'^glife , il £ut phis atfd dans, la fuke d'en re- 
connoitre les ufurp^tions. 

On a YouJa donner a cec 6tahliiSement des 
dates bien plus reculees : xnais les autorites que 
I'on cite me femblenc Are des temotns - contre 
ceux qui les aileguent. La coni^itution ( c 、 de 
Clotarre dit feulement qu'on ne kveroit point de 
certaines difne&(^) fur les biem de i^eglife: bien 
loin done que reglife levat des. dimes dans ccBr 
tem^s-la , toute fa pretention 6toit de s*en fatre 



{d) Dans Jes guerres civiles qui s'^tevercnt da tem{>s- 
Charles Martel , les biens P^felife de Rheims fu- 
rent rfonn^s aux Ta'ics. On hiflfa le cterg^ fuhfijhr 
H pourroit , eft-il dit dans la ▼« de Remy p 
5uriu5 I tome i , page 479. 

(b\ Loi des Lombards, liV« iii ; tit, hi , $. r & 

{A C,eft cetle doat j'ai tant parl^. au chapitre 4 cU, 
^nus , que l,on trouve cfans P^dition des capitulaires 
lie Baluze , tome I , art. 11 , pag. 9. , 

(d) Agraria & pajcuaria t vel &cimas porcorum , eccle*^' 
fia concedimus ; it^ ut aclqr aut die im at or in rebus ec 一 
ctiJUt nuUus accedat. Le eapitalaire de Chartemagne » 
de I'an 800, Edition de Baluze , -pa^e 33^ , expHque*' 
tpes biei> ee que c'eroit que cette forte de dime .d^int 
Clotaire exempte I'egUfe ; c'etoit le dixieme des co« 
chorts , que I'on mettoit dans les fore t$ du Roi pour 
engraiifer & Charlemajgne veut ' que fes j\ige$ ie 
pay en t comme les aatres , aftn de donner I'exemplei 
v»it que c'etoit un dtoit f^igneurial ovu Scono— 



管 44 DE t'EsraiT DEs Lois, 
exempter. Le fecond concile de M^on ( e)^ 
tenu ran 585 » oui ordonne que Yon paye Jes c6- 
mes, dit, a la vlrit^, qu'on les avoit payees dans 
les temps anciens : mais il dit auffi que, de fon. 
temps , on ne les payoit plus. 

Qui doute qu*avant Charlemagne on n'eiitou- 
vert la bible , & pr^ch^ les dons & les olFrande» 
du l^vitique? Mais Je di» qu'avant ce Prince les 
dimes pouvoient ^tre [^rech^es , mais qu'eUes n'e- 
toient point ^tablies. 

J*ai dit que les r^glemens fairs (bus le Roi P^- 
pin avoient foumis au payement des dimes , & 
aux reparations des ^glifes , ceux qui poHedoient 
en fief les biens eccleuaAiques. Cetoit beaucoup 
d'obliger par une bi , dont on ne pouvoit dif- 
putcr la juflicf 9 les principaux de la nation i 
donner Fexemple. 

Charlemaeie fit plus : & on voit , par fe ca- 
phulaire de Willis {J^ , cjuil obligea fes propre» 
londs au payement des dimes ; c'etoit encore un 
grand exemple. 

Mars le bas. peuple n'eft guere capable d'a- 
bandonner fes int^r^ts par dss exemples. Le fy- 
node de Francfort 、g、 lut pr^fenta un motif 
plus preffant pour payer les dimes. On y fit uix 
capitul^ire , dans lequel 11 eft dit que 乂 h ) , dan» 



(-) Canont V , tx tomo I conciliorum andquottu^ 
Callia , opera Jacobi Sirmundi» , 

(f) Art, 6, idit, de Baluse , p, 351. II fut donni 
Pan 800. 

(f) Tenii foil* Charterr.agne » I'an 794. 

(^) Experirmmo tnim didicimus in anno quo itla, ltd* 
tida. famu imp fit » tbullire vaCuas annonas d dcemoni- 
Bvs devoratas , & vocts, exprohrathnis audUas , 
4^u Aq Baluze , page 167, art, 13* 

la 



L«v. XXXI. Chap. XII. 
9a derniere famine , on avoit trcuv^ les ^pis d€ 
j^led vides ; quails aroient 6tc devor^ par les 
demons , & qu'on aroit emenda kurs voix qui 
reprocfaoient de n'ayoir pas paye la dime: &, ea 
Gonfequence H fuc ordoaiK a tous cem qui tenoient 
les biens ecclefiaftiques, de payer b dime ; &• 
en con&jueace encore, on rordonna a tous. 

Le projet de Charlemagne ne r^ifit pas d'a- 
bord : cette charge parut accaUame (i). Le paye- 
aient des dimes chez4es Joifs itok entrh dans le 
J>lan de la fiondation de leur repubCque : mais 
tci le payement des dimes etoit one charge in- 
dependante de celles de FetabliiTefneiit de la mo- 
fiarchie. On peut voir , dans les difpodtions afbu- 
lees a la loi des Lombards (足" ) , la difficulte qu*ii 
y eut a faire recevoir les dimes par les lois d - 
Tiles : on peut^uger, par les diSirens canons des 
conciles, de celle qu'il y eut a les faire recevoir 
par les lois ccclefiaftiques. 

Le peuple confemit en&i a payer les dimes, 
^ condition quil pourroit les racheter. La cons- 
titution Louis le d^bonn<ure 口) & celie de 
I'Empereur Lothaire i^m) fon fils, ne lepernu- 
cent pas. 



(/) Voyee entr*autre$ le capitulaire de Louis le He- 
bonnaire , de I'an 829 , ^dit. de Baluze , p. 66^ , cen- 
tre ceiix qui , dans la vue 6t ne pas payer la dime , 
nc Cjultivoient point Icurs terres ; &t art. 5 • NonU 
quiiem & dec' mi f , wide '& genitor nofier & nos fretfiufi- 
tcr in divtrfis placitis admonitionem frcimus, 

(fc) Eutr'autres , celle de Lothaire , Uv. iii,tit, 5, 
chap. 6. 

(/) De ran $29 , art. 7, dans Baluze , tome I , 
page 665. 、 
\m) Loi des Lombards , liv. uiy tit. t. 8. 
Tom JK N 



14^ De l'Espiht des Lois, 

Lesloisde Charlemagne fur Yiizhhffemeit 6e9 
climes , ^toient I'ou vrage de la n^ceffite j ia re- 
ligion feule y eut part, & la fuperfiition nen 
•ut aucune. 

La fameufe divlfion i^n) qu'il fit des dimes 
en quatre parties , pour la fabrique des eelifeSf 
poor les pauvres, pour rEv^que , pour Ics dercs » 
prouve bien quil vouloit donner a I'^life cet 
etat fixe & pernanent qu*elle avoit peraii. . 

Son teftament {o) fait voir qu'il vouhit ache* 
▼cr de riparer les maux que Charles Martcl fon 
a'ieul avoit faits. II fit trois parties ^gales de fes 
biens mobiliers : il voulut que deux de ces par- 
ties fuflent divifi^es en vingt-une, pour vingt- 
une mitroples de fon empire ; chaque partie de- 
voit ^tre fubdivif^e entre h m^tropole & 】es 
^vlch^s qui en d^pendoient. II partagea le 
tiers qui reiloit en quatre parties ; i] en 
donna une a fes enfans & fes petits - enfans, 
une autre fut ajout^e aux deux^iers d^jadonn^, 
les deux autres furent employees en oeuvrcs pies. 
II fembloit quil regardit le don immenfe qu'il 
venoit de faire aux ^gUfes , moins comme une 
adion. religieufe, que comme une difpenfatioa 
politique. 



(n)Ihid. $. 4. 

(«) C'eft une efpcce de codicile rapport^ par E^in- 
hart , & qui efl* different du teflaiMnt m^me qu'M 
trouvc dans Goldaftt dc Baluze. 



L I V. XXXI. Chap, MIL 147 

C H A P I T R E XIII. , 
Dts iU&onsaux ivichis & abbayes. 



JLiES ^glifes itant devenues pauvres, les Rois 
abandonnerent les iledions aux ^v^ch^s & autret 
b^n^fices ecclifiaftiaues (a), Les Princes s'em- 
barrafler^nt moins den nonitner les miniftres, 6c 
les comp^titeurs ridamerent moins leur autoric6« 
AinA r^glife reccvoit une efpece de compenfation 
pour les biens qu'on iui avoit 6t^. 

Et fi Louis le d^bonnaire laifla au people Ro« 
main le droit d'ilire ks Papes , ce fut un e£fet de 
Fefprit e^n^ral de fon temps [^b ) : on fe gou — 
verna,a regard du fiege de Rome, comme on 
faifoit k regard des autres. 



- (d) Voyer le capitulatre de Chariemagne ^ de Fin 
S03 , art. 2 , ^dtt. df Baluze , p. 379 ; & r^dit de Louis 
le d^bonnaire , de fan dans Goldafte , conftit* 

imp^riale , tome I. 



<fai eft Tinblefnent fuppofii, li eft dans I'^dit. d« Baluze, 





591 • Air Vza 817* 



148 DE.I-'Ej»yRlT 0£1 Low, 



C H A P I T R E XIV. 
I>cs fi^fs dc CharieS'^Martei. ' , 

Je ne dirai point fi Charles Martel donnant les 
biens de r^gUfe en fief, il les donna a vie , ou a 
perp^tuite. Tout ce que je (*ais, ceft que, da 
temps de Charlemagne {^a ) 6; Lothaire I 
、0 , il y avoit de ces fprtes 4e biens qui paf« 
ipient auY heritier$ & fe partageoient entreux. 

Je trouve plus qu'une par^ie (^c) fut don- 
fi^e en ajeu , ^ I'autre partie $n fief. 

J*ai dit que les propri^t^ires des alcux etoient 
foumis au lervice comm? les pofTefleurs des fiefs* 
Cela fut fans dpu^e en partie caufe que Charles* » 
Martei donna en aleu ^uffi bien qu,en fief. 

、 m I I I • ' II 1 ' " ' '• ' -' . ' , 薩 

(a) Comipe il paroit par fop capitulaire de I'an 891. 
^rt. 17, dans Baluze , tome I> page 360. 

(h) Voyez fa conftitution infer ee dans U code de& 
Lombards, liv. iii , tit* i. §. 44. • 

(c) Voyez la cpnftitvition ci - defllis, 6t le capttu* 
hire de Charles le chauve , de I'an 846 , chap. 20 , 
y/7/a Sparnaco , edit, de Baluze , tome i;, page 31 ; 6c, 
celiii de I'an $^3 , chap. 5 & 5 ,'dans le fynode de' 
Soiflfons f edit, de Baluze , tome II , page 54 ; &. celui 
de Tan 854, apud Attiniacum , chap. 10, edit, de Ba, 
luze , t^me 11 , page 70. Vpyez auflfi Ic capitulaire 
premier de Charlemagne , i^certi ami » art, 4^ 56 , 
#ditf d$ gaUue, tome X, p. ^i^^ 



Liv. XXXL Cha*. XVt. 14$ 

C H A P I T R E XV- 

Coritinuation da menu fujet, 

faut remarquer que les fiefs ayant M chaff* 
g^s en bkns d'^glife , & les biens d'^glife ayant 
ixk changes en fief's , les fiefs & les biens d'eglife 
prirent reciproquement quelque chofe de la na** 
turc de I'un & de I'autfe. Ainfi les biens d'^- 
glife eurent les privileges des fiefs, & les fieft 
eurent les privileges des biens d'eglife : tels fu- 
rent les droits honorifiques dans les ^gliies , 
qu'on vit naitre dans ces temps- la. £t corame 
ces droits ont toujours attaches a la haute 
juilice, pref<irablement a ce que nous appellons 
aujourd'hui le fief; i) fuit que les judices patri* 
moniales etoient etablies dans k temps meme de 
ces droits. 



' (a) Voyez les capkulaires , liv. v , art. 44 ; & I'edit 
tie Piftes de I'an $66 , art. 8 & 9 , oii T'on ; voit les 
dr— honorifiqu€S des feigneurs 6uWis tels (ju'ils (oat 
aujourd'hui. 



• 



N 



ijo De l*Esfrit ]>£s Lois; 



C H A P I T R E XVL 

Confufion de la royauti & Je la mairmt^ 
Scconde race, 

Xj'ordre des tnatieres a fait que i'ai trouble 
Fordre des temps ; de forte que j'ai parle de 
Charlemagne , avant d'avoir parle de cette ^po- 
Gue fameui'e de la tranilation de la couronne aux 
Carlo vingiens faite (bus Is Rot P^pin : chofe qui, 
a la difterence des ^venemens ordinaires , efl 
peut-^tre plus remarquee aujourd'hui , qu'elle ne 
je flit dans le lemps meme qu'elie arriva. 

Les Roi» n'avoient point d'autorite , mais il$ 
avoient un nom; le titre de Jloi itoit h^redi* 
taire, & celui de maire ^oit ileftif. Quotque 
les 4n aires , dans les derniers temps , euffent mis 
fur le ttone celui des Merovihgiens qu'i!s vou- 
loient, ils n 'avoient point pris de Roi dans unef 
•autre famiile ; & I'ancienne loi qui donnoit la 
couronne a une certaine famiile , n*itoit point 
cffacee du coeur des Francs. La perfonne du Roi 
^toit prefque inconpue dans }a monarchies mais 
la royaute ne retoit pas. P^pin , (As de Cfiarles* 
Martel , crut quil ^toit a propos de confondre 
ces deux titres ; confufion qui laifleroit tou jours 
de rincertitude , fi la royauti nouvelle ^toit he- 
T^ditaire , ou non : & cela fuffifoit a celui qui 
)oignoit a la royauti une grande puifTance. Pour 
iors, rautoriti du maire fut jointe a ranitonte 
royale. Dans Je melange de ces deux autorit^s , 
11 le fit une efpeqe de conciliation. Le nuire 



Liv. XXXI. Chap. XVI. iji 
«Tokite ^ledif, & le Roi Wr&fitMrc : la cou- 
ronne, au coimnenceinent de la feconde race, 
ftit ^lefiive, parce que le peuple choifit; die fut 
h^rMtaire , parce qu'il choifit toujours dans la 
meme famille (a ). • 

Le Pere le L)ointe, malgri la foi de'tous les 
monumens (^), nie (c) que le Pape ait autorifd 
ce grand changement; une de fes raifons eft qu'il 
aurok fait une injufUce. £t il eft admirable de 



cette maniere de raifonner , il ny auroit plui 
dTiiftoire. 

Quoi qu'il en foit, il eft certain que d^s le 
moment de la vidoire du Due Pepin , fa famille 
fut rignante, & gue celle des Merovtngiens m 
le fur plus. Quand (on petite fils Pepin (lit couronni 
Roi , ce ne fut qu*une cercmonie de plus , &C 
un tant6me de. moins : il n'acquit rien , par-1^ , 
Gueles ornemens royaux; il n'y eut rien de changi 
dans la natiQiu 、 

J'ai dit ceci pour fixer le moment de la revo- 
lution ; afin quon ne fe trompe pas , en regar- 
dant cortime une revolution ce qui n'etoit qu une 
conf^quence de la revolution. 



(a) Voyez le teftament <le Charlemagne; & le,, 
實 age que Louis le d^bonnaire fit i fes enfans dans I'af- 
iembl6e des ^tats tenue k Quierzy , rapport^e par 
Goldafte : Quern populus eligere velit, ut patri fuo fucm 
"一 f in Tcgni harcditate, 

(h) L'ahonyme , fur I'an 751 ; & chron. Cental, fur 
I'an 754. 

{c) Fahella quit pofl Pipini mortem exeogitata tfi, 
mquitati ac fancUtati Zacharict napa plurimum advert 
fat'tr, • • • Anflales ecdefiaftiques oes Francois » tom« 11, 
page 319. - , 




De l*Esprit 0ES Lois 



Quand Hugues Capet fut couronni Rot an 
commencement de la troifieme race , il y eut utl 
plus grand changement ; parce' que I'etat pafTa de 
i*anarchle k m gouvernement quelconque : mats 
quand Pepin prit la couronne, on paHTa d,un gou- 
yernement au meme gouvernement. 

Quand Pepin fut couronn^ Roi , il ne fit que 
changer de nom : mais quand Hugues Capet fut 
couronn^ Ro" la chofe changea; parce qu'un 
grard fief , uni a la couronne > fit cefler I'a- 
nafchie. : , 



Capet fut couronne » ie ritre de Roi fut uni au 
plus grand fkL ' 



thofe particulicre dans VcleSlwn dts Rois d€ \h 
ficonde race^ 



K voit danr la formule (a) de la conftScta* 
tion de Pepin, que Charles oc Carlomart furent 
audi oints & bdnis , & que ks feigneurs Fran 垂 
^ois s'obligerent , fous peine d'mterdi^Hon & 
d'excommunication, de n'elire {bj jamais perfonne 
d'une autre race. 



(a) Tome V des hiftoriens de France par les PP. 

(b) Ut nunquhm de altcrius lumhis rcgftn in mvo 
fimant cligcre ^fci ex ipforum. Ibid. pa|^. Z9» 




C H A P I T R E XVII, 




L I V* XXXI. Chap. XVH. ijj 
II paroit par les teftamens de Charlemagne & 
de Louis le debonnaire , que ies Francs choifif- 
foient entre les enfans des Rois ; ce qui fe rap- 
porte tres bien a la claufe ci-deHus. £t lorfque 
fempire paiTa dans une' autre maifon que^celle 
de Charlemagne , la facult^ d'elire, qui etoit ref- 
treinte & conditionnelle , devint pure & fitsple ; 
'& on s*eloigna de l,andenne conftitution. 

P^pin , fe fentant ores de fa fin, convoqua les 
feigneurs (c) eccleiiadiques & laiques a S. De- 
nys; & partagea fon royaume ^ fes deux fils, 
Charles & Carloman. Nous n'avons point les ac- 
tes de cette aifemblee : mais on trouve ce qui 
s'y pafTa , dans Fauteur de I'andenne colle£HoD 
hiftorique , mife au joiar par Canifius 、i 、,& 
celui des annales de Metz, comme I'a retnarqui 
M. Baluze ( e), Et j'y vois deux chofes en queW 
que fa^on contraires : quil fit le part^ge du con* 
lentement des grands; & enftiite,. quil ie fit par . 
un droit paternel. Cela prouve ce que j*ai dit , 
que le droit du peuple dans cette race etoit d'e- 
lire dans la famiUe; c'etoit, a proprement par- 
kr , plutot un droit d*exclure , quun droit 
d'elire. 

Cette efpecc de droit d'ileftion fe trouve cori- 
firm^e par les monumens de la fecondcrgce. Tel 
eft ce capiiulaire de la divi/ion de rempire que 
Charlemagne fait entre fes trois enfans , ou , apres 
avoir forme leur partage, il dit (/、 que : ,, Si utt 



(c) Vnn 768. 

fd) Tome 11 , LeBtonis antiquce, 
{e) Edit, des capitulatres , tome I , p. 18S. 
(/) Dans le capltulaire I, de ran 8o《 , ^it. d« 
Baluze , page 439 , art, 5, 



1)4 De l'Eeprit des Lois, ; 
» des trofs freres a un fils, tel que le peupl^ 
,, veuille relire pour qu'il fucc^de au royaume 
» de fon pere, les ondes y confeptiront a. 

C^tte meme difpofition fc trouve dans Le par- 
書 age ( g) que Louis le debonnaire fit entre 
trois entans , Pepin , Louis & Charles , I'an 837 9 
dans rafleniblee d*Aix - la - Chapelle; & encore 
dans un autre partage A ) du mSme Empereur , 
fait vingt ans auparavant , entre Lothaire , P^pin 
& Louis. On peut voir encore le^rtnent que 
Louis le begue fit i Compiegne, lorfqu'il y fut 
couronn^. »Moi Louis 、i、, conflitue Roi par 
,, )a mifericorde de Dieu 8l r^Ietlion du peuple » 
je promets-"." Ce que je dis eft confirm6parles 
a£les du concile de Valence (k\ tenu I'an 890 pour 
r^le^lton de Louis, fils de Bofoi) , au royaume 
d'Arles. On y 6\it Louis ; & on donne pour prin* 
cipales raifons de fon ^ledian , qu'il ^toit de la 
famille imp^riale (i) , que Charles le gras lui 
avoit donn^ la dignit^ de Roi , & que rEmpe- 
rcur Afnoul I'avoit invcftipar le fceptre & par 
le miniftere de fes ambafladeurs. Le royaume 
d'Arles, comme les autres d^meinbres ou 



(g) Dans Goldafte , conftitutions imp^riales , tome 11, 



pap 



Edition de Baluze , page 574, art. 14. Si vtrb 
aliquis illorum ducdtns , legitimos filios rcliqutiit , nom 
inter eos pouftas ipfa dividatur ; fed potiiis populus , 
pariter conveniens , unum ex cis , quern Dominus va* 
luerit , eligat ; & hunc fenior fiattr in loco fratris ^ 
filii fufcipiat, 

(i) Capitulaire de I'an 877 , Edition d« Baluie , 
paee 171. …一 
{k) Dans Dumont , corps diplomatique , tome I« 

(/} Par feromes. 



Liv. XXXI: Chap. XVH. 155 
yendans de rempire de Charlemagne , ^toit 61ec- 
h《r 在 ditaire* 

J ■■ ' 1 一 
C H A P I T R E XVIII. 
Charlemaghe. . 

C^HARLlMAONE fofigea \ tenir le pouvotf de 
h nobiefle dans fes limites , & emp^cher I'op - 
preilion du clerg^ & des homines libres. II mit 
11x1 tel temperament dans les ordres de r^tat 擎 
qu*i)s furcnt contrebalanc^s , & qu'il refta le mai« 
trc. Tout fttt unt par la force de (on g6nie. II 
fnena continuelienient la nobleflfe d*expedition en 
expedition ; il ne lui laiffa pas le temps de for- 
mer des defTems , & I'occupa tome entkre 叔 
faivre les fieiis. L'empire fe maintint par la gran« 
deur du chef : le prince ^toit grand, rhotnme I'i- 
toit davantage. Les Rois fes enfans farent fes 
premiers fujets , ies inftrumens de ion pouvotr , 
& les modeles de robeiflance. II fit d*admira« 
bles r^glemens : il fit plus f ii les fit ex^cuter. Son 
genie ie repandit fur toutes les parties de rem- 
pire. On voit , dans les lois de ce prince, un 
cfpritde privoyancc qui cotnprend tout, & une 
c^rtaine force qui cntraine tout. Les pr^textes 
( pour eluder les devoirs font 6t6s; les ne- 
gligences corrigees ; les abas r<&formes ou preve- 



{a) Voyez (on capitulaire de I'an 8ii , p. 48(>^ 
srt. 1 , a, 3# 4, 5,^» 7 & 8 ; & le capitulaire I , 
ran 8ia , p, 490 , art. 1 ; & capitulaire de U m4m« 
aB9^e I p. 4<H , & ii> &. autres* 



1^6 l^E l'Esprit des Lois; 
nus. II favoit punir ; il favoit encore tnieux par^ 
donner. Vafte dans fes defl*eras , fimpJe dan$ 
rex^cution , perfonne n'eut a un plus haut degr^ 
Fart de faire les plus grandes chofes avec facilite ^ 
& les difficiles avec promptitude. II parcouroit 
fans cefle fon vafte empire , portant la main par— 
tout oil il alloit -tomber. Les aiFaires renaiiToient 
de toutes parts , il les finiiFott d& toutes parts. 
Jamais prince ne fut mieux braver les dangers , 
jamais prince ne les fut mieux ^viter. 11 fe 
}Oua de rous les perils, 6c particuli^rement de' 
ceux qu*eprottvent prefque ton) ours les grands con, 
qu^rans, je veux dire les conspirations. Ce prince 
prodigieux etoit extreme ment modj^r^ ; fon ca- 
radere etoit doux , fes manieres fi tuples; il at- 
moit a vivre avec le.s gens de fa cour. II fut 
peut-eire trop feiifible au plaifir des femmes ; 
mais un prince qui gouverna tou jours par lui- 
tneme, & ^ui pafTa fa vie dans les travaux , p^eut' 
merlter plus d'excufes. II mit une legle admira- ' 
ble dans fa depenfe : il fit valoir fes domaines * 
avec f grffe, avec attentioii , avec economie ; un 
pere de famille. pourroit (^) apprendre dans fes 
lois a gouverner fa maifon. On voit dans fes i 
capirulaires la fource pure & iacree d'oii il tira 
fes richefles. Je ne dirai plus qu*un mot : il or- 
donnoit (c ) qu'on vendk Iqs oeu(s des bailes* 
cours de fes domaines, & les herbes inutiles de 



(b) Voyez Ic capitulatre de Willis , de l,an Sob , fon 
capitulaire 11, de I'an 813, art. 6 & 19 ; & le livre V 
des capirulaires , art. 303. 

(c) Capitulaire de Willis , srtt, 39, Voyez tout ce 
capitulaire , qui eft un chef-d'oeuvre de prudence , de 
bonne adminiftratiofi & d'^conoroie. 



Li v. XXXI. Chap. XVIII. 157 
fe$ jardins ; & il avoit diftribu^ fes peuplcs 
toutes ks richefTes des tombards/ & les im- 
menrestreforsde ces Huns qui avoient dipouilli 
runivers. 



^ C H A P I T R E X I X. 

Continuation du meme fujet. 

Charl]EMagN£ &fes premiers fiicceffcurs era" 
gnirent que ceux qu'ils placeroient dans des lieux 
^loignes ne fuffent port 圣 s a la r^vdtc ; ils cru- 
Teot au'ils trouverotent plus de docilW dans les 
ecdeUaffiques : ainfi Us erigerent en Allemagne 
(<2)un grand nombre d'ev&hesi& y joignirent 
de grands &e£s. II parok_, par quelques clurtres , 
que les claufes qui contenoient Ics prerogatives 
^ ces fiefs nitoient pas difF^rentes de celles qu,on 
inettoit ordinairement dans ces conceiEons ij) , 
ciuoiqu*on voie aujourd*hui les principaux eccl" 
2a(licpies d'Allemagne r^v^tus de la puiffance 
fouv'eraine. Quoi quil en foit , c'etoient des pie 一 
ces qu'ils mettoient en ayant centre les Saxons. 
Ce qu'ils ne pouvoient attendre de rindolenca 
ou des n^^gerices d'un leude* ils crurent qu'ils 
deroient Fattendre du zele & & I'attention agif- 



(a) Voyez entr*aatres la fondation de I'ar (; hevecho- 
Brime, dans le capitulaire de 789 , ^dit. de Baluze, 

^^\b)?lr exemple.U d^fenfe aux juges royaux d'en- 
trer dans le territoirc , pour exiger les fredajx, autre| 
droits, J'cnaibe»acoup parU auUvrc precedent. 



iff Dc L*EsPRiT DBS Lois; 
fonte d'ufi ^vSque : outre qu'un tel vaffal. Wen 
loin de fe fervir contr'eux des peuples aflujettis , 
auroit au contraire befoin d'eux pour fe foutenir 
contre fes peuple«» 



jtSSlUGUste itant en Egypte, fit ouvrir le torn- 
beau d'Akxandre : on lui demanda s'il youloit 
qu'on ou vrit ceux des Ptolom6e$ ; il dit qu'il avoic 
vdulu voir ie Roi, & non pas les siorts. Ainfi, 
dans rhifioire de cette fecande race, on cherche 
Pepin & Charlemagne ; on voudroit voir les Rob » 
& non pas les morts* 

, Un prince , jouet de fes paffions & dupie de fes- 
vertus inline ; un prince qni ne coimut jamais 
force ni fa foiblefle ; qui ne fut fe concilier 
ni la crainte ni ramour ; qui , arcc peu de vices 
dans le coeur , avoit toutes fortes de d^fauts dans 
I'efprit, prit en main Jes r^es de Fesnpire que 
Charlemagne avbit tenues. 

、 Dans le temps que runivers eft en larmes pour 
la mort de fon pere ; dans cet inflant d'itonne- 
ment, oil toiit le monde demande Charles, & 
ne le trouve plus; dans le temps qu'il hite fes 
pas pour aller remplir fa place , il envois devant 
lui des gens affides pour arr^ter ceux -qui aroient 
contribue au d^fordre de la conduite de fes fceurs. 
Cela caufa de fanglantes tragedies (tf )• Citoient 



(a) L'auteur incertain de la vie de Louis le <)ehon<« 
naire , daiu le recucil de Ouchefae » tome II » p. 295. , 



C H A P I T R E XX- 



Louis LE VEBOSNAIRE. 




Lxv. XXXI. Chap. XX. ,― ijy 

des imprudences bien pr^cipitees. II commen^a 
a venger les crimes domeftiqaes » avant detre 
arriv^ au palais; & \ r^volter ks efjprks, avant 
d'etre le maitre. 

U fit crever les yeuz \ Bernard , roi d'ltalle; 
fon neveu , qui iitoit venu implorer fa dimence » 
& qui moufut quelques |oars apr^s ; cela mul- 
tiplia fes ennemis. lii crainte qu'il en eut le di« 
tennina \ faire tondre fes freres» ceia en au - 
gmenta encore lenombre. Ces deuxderniersarti« 



pas de dire qu'il avoit viol6 fon ferment & les 
promeflTes folemnelles (c) qu'il avoit faites «i fon 
pere le jour de fon couronnement. 

Apr^ la mort de rimp^ratrice Hirmengarde , 
dont il avoit trois enfans, il ^poufa Judit; il en 
eut un fiis: & bientdc , m^lant les complaifances 
d'un vieux mari avec toutes les foiblefles d'un 
vieux Roi , il mit un d^fordre dans fa famille , 
qui entraina la cht^te de la monarcbie. 

II changea fans ceffe les partages qu'il avoit 
faits a fes enfans. Cependant ces partages avoient 
kxi confirm6$ tour- a- tour par fes fermens , ceux 
de fes enfans & ceux des leigneurs. C'^toit vou- 
loir tenter la fid^lit^ de fes i'ujets ; c^toit cher- 
cher \ tnettre de la coofuiion , des fcrupules & 
des equivoques dans robeiHance ; c*^toit con, 
fpndre les droits divers des princes , dans un 
temps furtout ob , les fortdreues itant rares , le 



(J) Voyez le procis-verbal de fa degradation , dans 
U recucil de Duchefne , tome II , page 533. 

lui ordonna d*avoir , pour (is foeurs , fes frerec 
Sc fes neveux ; une cUmence fans ' bornes , indtficUn- 
um mUerUordiam. T 化 an , dans le r«cueU de Duch«£ae»> 





i6o TH l'Esprit des Lois; 
premier rempan de l'autorit£ 6toit la fol pro^ 
miife & 】a foi regue. 

Les enfans de rEmpereur , pour maintenk'^urs 
partages , folliciterent le ckrgk , & lui donnerent 
des droits inouis jufqu'alors. Ces droits ^toient 
fp6cieux ; on faifoit entrer le clcrg^ en garantie 
d'une chofe qu'on avoit voulu qu'il autorisat. 
Agobard (^d) repr^fenta 4 Louis le debonnaire 

3u'il avoit cnvoye Lothaire a Rome pour le faire 
^clarer Empereur ; qu'il avoit fait des partages 
a fes enfans , apr^ avoir confult6 le del par trois 
jours de je^nes &de prieres. Que pouvok faire 
un prince fuperftitieux , attaqu6 d'ailleurs par la 
fuperftition mime ? On fertt quel ichec Tautoritd 
fouveraine regut deux ibis, par la prifon de ce 
prince & fa penitence publiaue. On avoit voulu 
degrader le Roi, on d^graoa la royaut 么 

On a d'abord de la peine a comprendre com- 
ment un prince , qui avoit plufieurs bonnes c[ua« 
litis, qui ne manquoit pas de lumieres , qui ai- 
moit naturellement le bien , & pour tout dire 
enfin , le fils ds Charlemagne; put avoir des en- 
nemis fi nomb: eux ( ^ ), fi violens , fi irrecon- 
dliablcs , fi ardens ^ roffenfer, fi infolens dans 
fon humiliation , fi determines k le perdre : 8c 
lis rauroient perdu deux fois fans retour , fi fes 
enfans, dans le fond plus honn^tes gens qu'eux, 
cuflent pu fuivrc un projet $C convenir de quel- 
que chofe. 



! J) Voyez fes lettres. 
e) Voy«z le procis-verbal fa degradation , dans 
le recueil cle Duchefne , tome II , p. 331* Voyez aufli 
fa vie ^crite par T^gan, Tanto enim odio lahorabat , 
xtf tadtftt cos pita ipfius , dit I'auteur incertain , dans 
Duchefne » tome II , p. 307. 

Chap. 



Liv, XXXI. Chap. XXI. i6i 



C H A P I T R E XXL 

Continuatiofi du mime fujtt* ^ 

X^A force que Charlemagne avok miTe dans h 
nation fubfiffa affez fous Louis le debonnaire , 
pour que F^tat put fe^ maintenir dans fa gran- 
deur, & ^tre refpedle des etrangers. Le prince 
avoit refprit foible ; mais la nation ^toit guer- 
riere. L'autorit^ fe perdoit au-dedans , fans que 
la puiHance parut diminuer au dehors. 

tharles-Martel, P^pin & Charlemagne gou- 
vernerentrun apresl'autre la monarchie. Le pre- 
mier ilatta I'avarice des gens guerre ; les deux 
autres celic du clergi ; Louis le d^bonr^re m6- 
contenta tons les deux. , 

Dans la confittution Fransoi(*e, le Hoi, la 
nobleife & le clergd avoient dans leurs mains 
toute la piuiflance de I'etat.. Charies-Martel , P" 
pin & Charlemagne, fe joignirent quelquefois 
d'interets avec I'une f!es deux parties pour con- 
tenir I'autre, & prefque toujours *vec toutes les 
deux : mais Louis le debonnaire d^acha de lui 
run & I'autre de ces corps. 11 indifpofa les 6ve- 
ques par des reglemens qui leur parurent rigides , 
parce qu*il alloit plus loin qu'ils ne vouloient al- 
kr eux-m^es. II y a de tr^s bonnes lois faites 
mal-a-propos.' Les ^veques , accoutumes dans 
C€s temps-la a aller a la guerre centre les Sar- 
radns & les Saxons ( a) etoient bien i61oignes 



(4) " Pour l^rs Us ^Y^ues & les clercs commen- 



i6t Dc l'Esprit d£s Lois». 

fefprit tnonaftique.D'un autre c6t^ , ayant perdu 

toute forte de coofiance pour fa noblelTe , il^leya 

des gens de n^ant (厶》 il la priva de fes em- 

plois ( c ) , la renvoya du palais , appella des etran- 

gers. 11 s'etoit fepar6 de ces deux corps, ilen fut 

abandonne. 

C H A P I T R E X XII. 
Conumatlon du mem fujeu 

jLTjLais ce qui afFoiblit fur-tout la monarchie , 
c'eft que ce prince en di/Iipa les domaines \ 
Ceil ici que Nitard , un des plus judicieux hif- 
ftoriens que nous kyons ; Nitard , petit - ills de 
Charlemagne , qui itoit attache au parti de Louis 



Cerent & quhter les celntiires & les baudriers d'or » 
les couteaux enrichis de pierreries qui y ^oient fuf- 
pendus, l«s habillemens d*un gout exquis , les ^perons 
dont la richeflfr ac.cabloit leurs talons. Mxis I'ennerai 
diu genre-bumain n« fouffrit point une telle devotion , 
Qui fouleva contr'ellc les eccf^fiaftiques de tous ]«s or- 
orcs, & fe fit i elle-tn^e ta euerre L'auteur in- 
certain de la vie de Louis \t dthonnatre » dans le re* 
cuetl de Duchefne , tome II , pa^e 

{h) T^gan dit que ce qui Ce faifoit ttk% raremeBt foos 
Charlemagne > fe fit commun^ment fous'LouU* 

(c) Voulant contenir la noble fie , il prit pour foa 
chambrier un certain Benard, qai acbeva de la d^fef* 
p^rer. 

(a) Villas repas, ^tr^ erantjui & €vi & tritavi , fde- 
Uhus fuis tradidit eas in pofftjjiones fempiumds : fidt 
itiim hoc diu umpow, T^an, 4$ gefis Unhvici piU 



L I V. XXXt. Cm A,. Xm 163 
le debonnaire , & qui ^crivoit I'hiftoire par ordre 
de Charles le chauve, ddit £tre £cout6. 

II dit tt quun certain Adelhart avoit eu pen - 
» dant tin temps un tel empire fur refprit de 
*> rempereur, que ce prince fuivoit fa volontd 
,, en toutes chofes ; qu a rinftigation de ce favori , 
,, il avoit donnc les biens fifcaux ) a tous ceux 
» <|ui en avoient voulu ; & par-14 avoit aneanti 
» la r^publique (c) ». Ainfi il fit dans tout Tem- 
pire ce que j'ai dIt qu'il avoit fait en Aquitaine (</) : 
chofe que Charlemagne r^para , & que perfonne 
he repara plus. 

L'^at fut mis (bns cet ipuifement oh Char* 
les- Mattel le trouva lorfqu*il parvint a la mai-* 
reriej; & Ion etoit dans ces circonftances , qu*il 
ti'etoit plus queflion d,un coup d'aucorite pour 
le retablir. 

Le fife fe trouva fi pauvre, que, fous Chartes 
le chauve , on ne maintenoit perfonne dans let 
honn€urs (e) ; on n'accordoit la sfiret^ a per* 
fonne que pour de Fargent: quand on pouvoic 
d^truire les Normands (/) , on les laiiToit ^chap- 
per pour de lareent : & le premier confeil que 
Hincmar donne a Louis le begue , c'eft de de* 
mander , dans une afTemblee , de quoi foutenir 
ks dcp^nfes de fa roaifon* 



, (h) Hinc Uheruua , tunc puhlUa in proprUs ufibut 
iiftrihtuK fuafi" Nitard , liv. IV , i la fim 

(c) Ran pubUcam ptnitus annuUvU, Ibid* 

Id) Voyett livre XXX , chap. 15. 

(ej Hincmat , lettre premiere k Louis Ic b^eue. 

(/) Voyez. le fragment de ta chronique ou. monftU 
tere dt S, Serge d'An^eri . <^ns Dachefne, tome lit 
page 40" 

o % 



164 、 De l'Esprit des Lois, 



C H A P I T R E XXIII. 

Continuation du mem fUje" 

Xj£ clerg^ eut fujet de fe rcpentir de la protect 
tion qu'il avoit accordee aux enfans de Louis le d^- 
bonnaire. Ce prince , comme j'ai dit > n'avoit ia- 
fnais dortni de pr6ceptions {a) dey biens de Teglife 
aux la'iques : mais bient6t Lothaue en Italie , & 
P^pin en Aquitaine , quitterent le plan de Char - 
tetnagne , & reprirent celui de Charles- MarteL 
Les ecclefiafliques eurent recours a I'etnpereuc 
contie fes enfans : mais ils avoient affoibli eux-' 
fnemes rautorit^ qu'ils r^clamoient. £n Aqui- 
taine , on eut quelque condefcendance 'y en Italie 
en n'obcit pas. 

Les guerres civiles qui avoient trouble la vie 
cle Louis le debonnaire , furent le germe de celled 
^ui fuivirent fa mort. Les trois freres , Lothaire » 
Louis & Charles , chercberent , chacun de leut 
€6t^ , a attirer les grands dans leur parti , 6c a 
fe faire des creatures. lis donnerent a ceux qui 
voulurcnt ks fuivre , des preceptions des biens de 
riglife ; & pour gagner la nobleile^ils luilivre- 
rent le clerg^. 

On voir, dans les capitulakes que ce» 



(a) Voyez ce que difent les ^v^ues dsns le fyno^e- 
cle I'an 845 , apud Teudonis vUUm ; art. 4. 

(6) Voyez le fynode de I'an 8-45, apud Teudvnis 
art, 3 & 4, qui d^crit tres bien i'ecat des chofe^^ 



L I V. XXXI. Chap. XXIII. 165 
princes furent obliges de c6der k rimportuntt^ 
des demandes , & qu,on leur arracha fouvent ce 
qu'ils n'auroient pas voulu dooner:on y voh que 
le clerge fe croyoit plus opprimi par la nobleffe 
Gue par les rois. II paroit encore que Charles le 
diauve ( c j fut celui qui attaqua le plus le pa- 
trimoine du clerg^; foit qu'il fut le plus mixi 
centre lui, parce qu'il avoit degrade ion pcre a 
fon occaflon : foit quM fut le plus dmide. Quoi 
qu'il en foit, on voit dans les capitulaires (J) 



aufli bien que celui de la tnSine,ann^< tenu au palait 
<fe Vernes , art. 12 ; & le fynode de Beauvais encore 
la mSme ann^e , art. ^, 4 & 6; 8c le capitulaire in 
villi S^amaco , He I'an art, 10; & U lettre que 
les ^veques aiTembl^s k Rheims dcrivirent, I'an 858^ 
i Louts le Gernianique« art. S. 

(c) Voyez le caphulaire in villd Sparnaco , de Yzn 
846. La nobleffe avoit irrit^ le roi centre les ^v6que$, 
de forte qu'il les chaffa de I'affembl 谷 e ; on choifit qucl- 
ques canons des fynodes , & on leur d^clara que ce 
feroient les fetils ou'on obHsrveroit ;' on ne leur ac- 
corda que ce ou^I ^toit impofltble de Fcur rcfufer, 
Voyez les articles' 20, 21^ & 12, Voyez auffi la lettre 
que Ics ^vSques aifembl^s ^crrvirent , ran 85S , k. 
Louis le Germanique, art. S ; & 1, 碗 de Piftes^ de 
ran 864, art. 5. 

(d) Voycz te inline capitulai're c^e Van S46 , in villci 
Sparnaco, Voyez auffi le capitulaire de raflfembl^e ' 
tcnue afud Marfnam , de l,an 847 , art. 4, dans la- 
quelle le Clcrg^ fe r«tirancha a demander cju'on le re- 
mit en poifemon de tout ce dont it avoit -joui fous le 
regne de Louis le d^bonnaire. Voyez aufii le capita*- 
Hrire^ de I'an 851 , apud Marfnam, art. 6 & 7 , qui maiiv- 
tient la'noblefte & le clerg^ dans leurs poffelTrons ; & 
celui apud Bonoiktm « de I'an 856- , qui eft une re- 
montranee des -^y^oues au Roi , fur ce que les maqx , 、 
apres tant de 】ois iaites , n'avoient pas et^ r^patis X: 
& enfin la lettte -que l6s ^v^ques afTembl^s a Rheim$> 
^CEivirent y I'an 85^8 , a Lwiule Germuuqiie, aruS, 




1 66 Dc L*EsPRiT DEs Lois, 
des querelles continuelles entre le cler^e qui djs* 
mandoit fes biens, & la noblefle qui refufoit ^ 
qui ^iudoit, ou qui difiiiroit de les rendre ; &let 
rob entre deux. 

Cedunfpedacle digoe de phi" de voirTitat 
des chofes en ces temps-la. Pendant que Louis le 
debonnaire faifoit aux eglifes des dans imihenfes 
de fes domaines , fes enfans diftribuoient les biens.. 
du cierg^ aux laiques* Souvent la mime main 
qui fondoit des abbayes nouvelles , d^pouilloit les 
anciennes. Le clerge n'avoit point un etat fixe. 
On lui 6toit ; il regagnoit : mais la couronne* 
perdoit toujours. 

Vers la fin du regne de Charles le chauve, &. 
depub ce regne , il ne fut plus gu^re queffioii 
des demeles du derg^ & des laiques fur la refti- 
ttition des biens de reglife. Les eveques jeterent 
bien encore quelques foupirs dans leurs remon- 
trances a Charles le chauve , que l,on trouve 
dans le capitulaire de I'an 856,6c dans }a lettre (e) 
qu'ils ^crivirent \ Louis le Germanique Kan 858 : 
tnais lis propofoient des chofes , & ils r^clambient 
des promeflcs tant de fois ^ludees , que I'on voit 
qa'ils n'avoient aucune efpdrance de les obtenir. 

II ne fut pias queftion [/] que de r^parer en 
cfe^ral les torts faits dans reglife & dans I'^tat. 
lies rois s*engageoient de ne point &t€r aux leu - 
des leurs hommes libres , & de ne pliis donner 
les biens ecd^fiaftiques par des pr^ceptions {jg) i 



. (0 Article S. 
(/) Voyez le capitulaire de Pan 851 , art. ^ & 7. 

• (g) Charles le chauve , dans le fynode SoifTonS » 
flit ,, qiiMI avoit promts aux ^v^ques de ne plus donner 
" priceptions des biens He I'Eglifc "• Capitulaire 6m 
ran 853, art. 11 , 6Ut、. de BaUixe^ tome U, p. 5 夂 



Liv. XXXL Chap. XXtlL 167 
A forte que le derg^ & la noblefle parurent sV 
nir d'int^rlts. 

• Les ^tranges ravages des Noitnands, comme 
j'ai dit, contribuerent beaucoup ^ mettre fm -ik 
ces querelles. • 

Les rois tous les jom tnoins accr£dk6s, & 

Sdx les caufes que j'ai dites & par celles que je 
irai , crurent n'avoir d'autre parti i prendre que 
de fe mettre entre les mains des eccledailiqaes. 
Mais le clergi avoit affoibli les rois, & les rois 
aroient afFoibli le clergL 

En yam Charles le chauve & fes fuccefleors 
appellerent-i]s le derg^ (A) pour foutemr l'《ut, 
' St en empecher la cMke ; en vain fe fcrvirent-ils (s) 
du refjped que ks peuples avoient pource corps, 
poor maintenir celui qu'on devoit avoir pour 
eux ; en vain chercherent-ib a donner de I'auto* 



(A) Voycx dans Nitard , lir. iv , comment , apres la 
luite de Lothaire , les Rois Louis &. Charles conful- 
tcrent les ^v^ques pour favoir' s'ils pourroient pren* 
dre & partager le royaume qu*il avoir abandonni;' En 
cfFet , comme les ^vSaues formoient entr'eux un corps 
plus uni que les leuaes , il convenoit ii ces princes 
d'afTurer leurs droits par une r^folution des ^v^ues* 

Jjui pourroient engager tous Us autres feigneucs a les 
uivre. 

(i) Voyei le capitulaire de Charles U chauT« , 4fud 
Sa^onarias , de l*an 859, art. ,• ,, Venilon . que j'a- 
Tois fait archey^que de Sens , m'a facr^ ; & n« 
^evois ^tre chaiT^ du royaume par pcrfonnc , faUtm 
fine audUntid & jitdicio epifcoporum , quorum minij^ 
ttrio Ja * regem fum confccratus , & qui throni dei funt 
diBi , in fuihua dcus fcdct , & per quos fua decgmit ju- 
dicta J quorum paumis comBionihus & cajitgatoriis 711 « 
diciis m /uiafre fiii paratus , ^ im praftnti fum jub- 



i68 ' De l*Esprit des Lois; 
rite a Icurs lois par Pautorit^ des canons ( A: 、 } 
en vairt joignirent-ils les peines eccl^ftaftiques aux 
peines civiles {J) ; en vain , pour contrebalancer 
lautorite comte , donnerent-ils a chaque eve- 
que la qualite de leur envoy 豸 dans les provin- 
ces {m\y W fut iitipoffible au derg^ de r^parer 
le mal qu'il avoit fait; & un Strange malheur^ 
dont je parietal bientot , fit tomber la couronae 
a terrc. 



C H A P I T R E XXIV. 

Que Us homms lihres furent rendus capabUs dt 
pojfsder dcs fiefs, 

J'ai dit que les hommes libres alloient a la guerr^ 
fous leur comte, & les vaflaux (bus leur feigneur. 
Cela faifoh que les ordres de I'etat fe balan^oient 
ks uns les autres ; & , quoique les leudes eufr*nt 
des vaffaut fous eux , ils pouvoient eire conte- 
Yius. par le comte, qui etoit a la tete de tous le$> 
hommes libres de la monarchie. 
D'abord ( tf') , ces hommes libres ne purenf 



{k) Voyez le capitulaire de Charles le chauve , de 
' Carifiaco , de I'an 857 , edit, de Baluze , totne 11 , p. 8S, 
-art. 1 , 1 , 3 , 4 & 7. 

(I) Voyez le fynode de Piftes., de I'an 862, art. 4; 
& ie capitul.iire de Carloman & de Louis II , apu^' 
Vernis VaUtium ; ^de l,an 88^, art. 4 ' & 5; 

(mjCapitulairc de l,an 876 , fous Charles !e chauve » 
in fynodo Pontigonenji , ^dit. de Baluze , art. 11. 

(a) Voyez ce que j*ai dlt ci - delTos aa Ihr. XXX, 
cliap. dernier , vers la fia« 



L I V. XXXi Chap. XXIV. 169 
pas fe recoaunander pour uii fief, mais ils \t 
puceat .ikns .la fuite; 6c .je trouve que ce chan* 
gement fe fit dans le .temps qui s*ecoula depuis 
le regne de Gontran jufqua celui de Charlema- 
gae. Je le trouve par )a comparaifon qu'oQ peut 
faire du traiti d'Andely {b^ paHe entre Gontran » 
Childebert & la rcint Bruneh^idt , & le partage (c) 
Fait par Charlemagne k fcs enfans , & un par - 
tage pai^il fait par Lpuis le d^bpnnaire. Ces troi^ 
ades contiennent des difpofitions a peu pr^s pa- 
reilles a legard des vaflaux ; 6c , comme on y 
regie les m^mes points , & a peu pres dans let 
memes circonftances , refprit & la lettre de ces 
trois traitis fe trouvent a peu prb les memes a 
cet ^ard. • 

Mali pour ce qpi concerne les hommes ti - 
bres, il s'y tro,uv$ une difference capitale. Le 
traite d'Andely ne dit point qu% pgHent fe re- 
cpmmander pour ufi fief ; au Ueu quqn trouve 誊 
dans les partages de Charlemagne & de Lou^s 
le Tdebonnaire, des claufes e^prefles pour qu*ib 
puflent s'y recopiinander : ce qui fait voir que, 
depuis le traite d'Andely , un nouyei ufage s'ia- 
troduifoit^ par lequel les hommes libres etoient 
devenus capables de cette grande prerogatiye. 

Celadut arriver, lorfque Charles-Martel ayant 
diflribu^ les brens de I'^gUfe a fes foldats, & les 
ayant donnes , partie en fief, partie en aleu , ii 
fe fit une efpece de revolution dans les lois ^feo- 
dales. II efl vraifamblable que les nobles qui 
avftent d^ja des fiefs trouvcrenc plus avantageux 



(h) Dt ran 587 , dans <5r《goi" de Tours , liv. IX. 
(c) Voyez le chapitre fiiivant , 011 Je parlc gUis sui 
long de ces partages , & les notes ou ils font cites 
Tome JK P 



170 



Pe L*Esi>Rit d^s Lois 



de' reccvoir les nouveaux dons en aleu , & que 
les homines libres fe trouverent encore trop 
heureux de les recevoir en fief. 



Cause principaw pe l'affoiblissement 
de la s£cokd£ race. 

Changment dans Us 4kus(, 



^CHARLEMAGNE, dans 】e partage {a) dont 
)*ai parl^ au chapitre piec^deht , regla qu'apr^ 
mort les hommes' de chaque roi recevroienf 
des. benefices dans le royaume de leur roi, & 
non dans le royaum^ d'un autre 、" au lieu 
^u'on conferveroitfes aleux dans quelque royau- 
me que ce f&t, Mais ii ajoute 、c ) que tout 
homrae libre pourroit , apres la mort de fon fei- 
gneur , fe recommander pour un fjef dans les trois 
royaumes, a qui il voudroit , de in^me que ce- 
】lfii qui n'avoit jamais eu feigneur. On trouve 
les m^mes difpofltions da^s le partage (d) qi;e 
$t Louis le d^bonnaire yks enfsms^ Kan ^17, 



(tf) De I'an 806, entre CbarUs , P^in & Loui^U 
eft rapport^ par Goldafte & par Baluze , t, I , p. 439. 

if) Art. 9 , p. 443. Ce qui eft conforme au trait6 
d'Andely , dans Gr^goire de Tours , Iiv. IX. 

(c) Art. 10, Et il n'eft point parl^ cepi dans le 
traite d'Andely. 

{d) Dan« Baluz€ , to me } , page x 74, I^cmiam 



CHAPITRE XXV. 




Liv. XXXI, Chap. XXV. xyi 
Mftis , quoique les hommes libres fe recom- 
fnandaflent pour un fief, la milice du comtenen 
itoit point afFoiblie : il falloit toujoars quel'honi- 
me libre tontribdat pour fon aleu , & pr—aiit 
des gens qui*cn fifTent le fervicc , a raifon d'uii 
homme pour quatre manoirs; ou bien qu'il pre- 
parat u:i homme qui fervit pour lui le fief : & 
quelques abus s'itant introduits la-deffus , ils fit- 
rent corrie^s , 《oxnme il paroit par Jes confHtu« 
tions de Charlemagne (^e) » & par celle de P^* 
pin (f) roi d'ltalie , qui s'expliquent luneTautre. 

Ce que les hiftoriens ont dit , que la bataille 
de Fontenay caufa la ruine de la monarchie, 
dil tr^s vrai : mais qifil me (bit permis de jeter 
Qfi coup d'oeil fur les funeftes confequences .de 
cette journ^e. 

Quelaue temps apiis cette bataille , les trois 
(ireres , Lothaire; Louis & Cfiarles, firent un 
trait^ {^g) dans lequel jc trouve des claufes qui 
durent changer tout i'itat politique chezles Fran- 



heat unufquifqut lihsr homo qui finiorem non hahuerit , 
etiicumqut ex his tribus fratribus voluerit, ft commn- 
4andi , art. 9. Voyei auiTi le partage que ht le mdme 
Empereur , I'an 837 , art. 6 , ^dit. de Baluzc , p. 685. 

(e) De Van 811 , ^d'lt. de Baluze , tome I , p. 485, 
art. 7 & 8 ; & celle d« Pan 811, Ibid, p. 490 , art. 
Ut otrnU^ liber homo qui quatuor manfos vcftitos de pro» 
psrio、/uo, five dt aticujus btruficio , hahct , ipfe fe pra» 
BMret , & ip/c in "flan pcrgeit , five cum feniorc fuo , &c. 
Voyez auili le capit. de I'an 807 , ^dit, de Baluze • 
tome 1 , page 45s* 

(/) De I'an 793, infir^ilasis la loi des Lombards , 
liy. Ill , tit. 9 , chap, 9. 

M En Pan 847, rapportd^ pit Aubert le Mire & 
Baluie , tome 11 , page 42 » amvetifus ^ud Marfnanh^ 



I" De l'Esprit D£s Lois,- 

Dins rannonciatioh (h) que Charles fit aa 
peuple de la partie de ce traite qui le concer, 
noit, il dit i^. que (i) tout homme libr《 pourroit' 
choiHr pour feigneur qui il voudro^, du roi ou 
des autres feigneurs. Avant ce traite , rhomme 
libre pouvott le recommander pour un fief : mais 
fon aleu reftoit toujours (bus la puiflance im- 
mediate du roi , c'eft-a-dire, fous la juridi^ton 
du comte ; & il ne dependoit du feigneur , au- 
quel il s'^toit recommande , qua raifon du fief 
qu'il en avoit obtenu. Depuis ce trait^^ tout 
nomme libre put foumettre fon aleu au roi , ou 
a un autre feigneur , a fon choix. II n'eft point 
queftion de ceux qui fe recommandoient pour 
un fief , mais de ceux qui chaneeoient leur aleu 
$n fief, & fortoient , pour ainn dire, de la ju- 
ridiftion civile, pour entrer dans la puiflance du 
roi , ou du feigneur cju'ils vouloient choifir. 

Ainfi , ceux qui etoient autrefois nuement fous 
h puiflance du roi , en quality d'hommes libres 
fous le comte , devinrent infenfiblement vaiTaux 
les uns des autres; puifque chaque homme libre 
poiivoit choifir' pour feigneur qui il vouloit g 
ou du roi , ou def autres feigneurs. ' 

2^. Qu'un homme changeant en fief une tetre 
qu'il pofledoit a perpetuite , ces nouveaux fiefs 
nc pouvoient.plus ^tre a vie. Auffi voyons-nous , 
pn moment apres, une loi g^nirale (k) pour 

«,,, 乂 ' ,', I ' ' II J .i , I' I ^Bsssasssssssssask 

(A) AdnuntiadOf - 
(i) l/t imufquifqut li^er homo in nofiro regno finXo- 
ftm quern vohient , in nobis & in nofiris fdtlihus , 
fiat, art. a de Tannonciation de Charles. 

乂 k) C^piUilatre de I'an Sjy , tit. J3 , art. o & ic^ 
Hp/f/ Carifiofum ; 'Similiter ^ 4t n^firif ya^tMis /a- 



Liv. XXXI. Chap. XXV. 175 

donner les fiefs aux enfans du pofleffeur : elle 
eft de Charles 】e chauve , un des trois princes 
qui contraderent. 

Ce que j'ai dit de la liberti qu'eurcnt tous les 
homines de la monarchie, depuis le traiti des 
trois freres , de choifir poor feigneur qui iis vou- 
ioient, du roi ou des autres (Sgneurs, fc con- 
£rme par les ades pafles depuis cc temps-la. 

Du temps de Charlemagne (/), iorfqu'im 
vaflal avoit re^a d'un feigneur une chofe , ne 
▼alut-elle qu^un feu , il ne pouvoic plus le quit- 
ter. Mais , (bus Charles k chauve , les Taflanx ('m) 
purent impun^ment fuiyre tears intirets ois leur 
caprice : & ce prince s'exprime fi forrement 1" 
deflus , qui) femble plut^t ic$ inyiter ^Tjouir de 
cettB liberty , qu'a la reflpemdre. Du temps de 
Charlemagne 9 les benefices 纟 toienr plus perfon- 
fieis que liels ; dan» la luife, ii devmrent plus 
tMs que perfoimels. 



ciendum efl, 8cc. Ce capitulaice fc rapporte k un autre 
4e la mime ann^e 8c ivt mSmt lieu » art. 3. 

(i) Ca^atfc d'Aix-hL-Chapttte , de I'an 8 1 3 , art. 10. 
Qtt&d n alius finiorem fuum dimittat , pojiquim ah em 
mcttperit valenu folidum mnum, £t Lt capituUir^ de 
Pepin , de l>n 78 j , art. 5. 

(m) Voy«» le capitulaire de CariJUco , de^l'an 
art. 16 & idit, de Baluze , tome 11 , p. ^3 , daiH 
lequel le Roi & I«s SeigiMurs ectl^iiaftiqaes & bics 
convinreot de ctci. •• Et fi aliquis tU vohls fit cut fuus 
fcnioratus noti placet , & ilU fimulat ad alium ftniorcm 
melius quim aa ilium acantart fojfit , vtniat dd iltum , 

turn.,., & quod Deus. illi c'upierit ad alium JcrUorcm 
acaptare potucrU, focifiu haheai» 



274 De L'EsPltlT D£S loiS 



G H A P I T R E XX VL 

Changtment dffu Us fiefs. 

Xl n*arrlva pas de moiadres changemens dui 
1Q6 fiefs que dans ks aleux. On voit , par le capb^ 
tulaire (a^de Compiegne » fait (bus le roi 
pin , (|ue ceux a qui le roi donnolt tin b^n^fica 
donnoient eux-memes une pat tie de ce b^nMc« 
^ divers vaiTaux; mais ces parties n'^toieat point 
difiingu^es du touuLe roi les otoit , lorfc^u'il otoit 
k tout; &, k la mort du kude, le vaflal pcr- 
doit att/H fon arriere-fief: un nouveau b6nifl 舞 
ciaire v€noit > qui itaMiflbit auili de nouveaux 
arrlere-vafTauic. Ainfi rarriere-fief ne ddpendoif 

{oint du fief; c*6coit la perfonne qui dependoiu 
>'un cdii , farnere- vafFat re venoit au roi, parce 
au'il n ^toit pas attachii pour toujours au vaiTai.; 
& rarriere-fief revenoit de>ineine au roi, parce 
oQ'il ^toit le fief mimt , & non pas une dep<eii« 
oance du fief. 

Tel ^oit rarriere*vaflelage , lor (que fes fiiefi 
{toient atnovibles; tt\ il ^coit encore, pendant 
que les furem k vie. Ctla chaneea » lori - 
que les fiefs pailerent aux h^ritiers , §c que les 
arriere-fiefs y pafTerent de inSme. Ce qui relc- 
voit du roi imm^diatement n'en releva plus que 
m^diatement^ & la puiilance royals fe trouva y 



(«} Del'an 757 ♦ axt. 6 , idiu de Balutcp. iSx* 



i 



Liv. XXXI. Chap. XXVI. .175 
pour ainfi dire, reculie d'un degri, quelquefbis 
de deux , & fouvent davahtage. 

On voit, dans les livtes des fiefs (^k) , qiJS, 
quoiaue les vai&ux du roi puflent donner un fief , 
c'eA-a-dire, en arriere-fief du roi , cependant 
ces arriere-vafTaux ou petits vavaiTeurs ne pou- 
voisnt pas meme donner en fief; forte que 
ce qu*ils avoient domi 在, ils pouvoient toajours 
le reprendre. D*ailieurs , une telle conceffion ne 
pafToic point aux enfans comme des fiefs , parce 
qu'eile n*^toit point cenfee faite felon la loi des 
nefs. 

Si Vqn cojmpare I'itat oil 6toit l,arriere • vafTelagtf, 
clu tem^s que les deux fenateurs de Milan ^cri- 
voicnt ces livres , avec celut oil il ^toit du temps 
du roi Pepin, on trouvera que les arriere- fiefs 
conferverent plus long-terhps leur nature primi- 
tive , que les fiefs (c). 

Mais, lorfque ces finateurs ^crivircnt , on 
avoit mis des exceptions ii g^n^rales ^ cette re- 
gie, qu*elles ravoient prefque an^ant'ie. Car fi 
celui qui avoit re9u un fief du petit vavaileur, 
I'avoit fuivi k Rome dans une expedition , il ac- 
qu'^roit tous les droits de vaflal (d ) : de m^me, 
s'il avoit donni d, I'argeiu au petit vavaffeur pour 
obtenir le fief, celui- ci ne pouvoit le lui 6ter , lii 
fempecher le tranfmettre a fon fils , jufqu'^ ce 
qu^il lui e0t rendu fon argent. Enfin , cette regie 
netoit.plas fuivie dans le fenat de Milan (e\ 



(h) Liv. I', ctiap. I. 

W Au moins en Italie & en Allemagne* 
(d) Liv. I des fiefs, chap, i. 



176 De x-'Esprtt Dti Lois ; 



CHAPITRE XXVri, 
Autrt ihangement arrive dans ks fiifs, 



33^1/ temps de Chatlemagne fa) , on ^toit 
oblige • fbois de grandes pemes ^ de fe rendre a la 
convocation, pour quelque guerre que ce fut; 
on ne recevoit point d'excufes ; & le comtequi 
auroit (xempte quelqu'vm , auroit et^ puni lui- 
ttieme. Mais le traite des trois freres^ ( k) 1x11 1 
jdeffus nne reftriftion ― tira, pour ainfi 
dire , la nobleiPe de la nai 應 do roi : on ne fut 
plus tenu de firivre le roi a- la guerre , (^quand 
cette guerre ^toit d^fenfive. II fut libre , dans tes 
autres, de fnivrc fon feigneur , ou de vaquer a 
fes afFaires. Cc traiti fe rapporte a un autre , fait 
cinq ans auparavant ( d) entre les deux freres 
Charles le chauve & Louis roi de Germanie , 
par lequel ces deux freres difpenferent leurs va(- 
laux de ks fuivrc k la guerre , en cas qu'Hs Mkat 



{a) Cdpitulaire l,an ^1 , ait. 7 , ^dit. 69 'Batuze 
pap 3^5. 

{*) Apud Marfnam, I'an 847, Edition de Baluze, 

pag« - •、 

(f) Volumus ut cujufcumque noftrum homo、 in cujuf- 
cumque regno fit , cum fcnion fuo in' hqftcm , vcl aliis 
fuis utilitatihus , pergat ; nifi talis regni invafio quatn 
Lamtuvcri dicunt , quod ahpt , accident , ut omnis j)o- 
pulus ilUus ttgni ad cam repelUndam communitcr per- 
gat , art. " ibid, page 44, 

{d) Apud Argcntoratum , dans Baluze , capitulair«s » 
tome II p p. 3^. 



Liy. XKXI. Chap. XXVII, Trf 
Cftielqu'entreprife I'un contre I'autre ; chofe que 
ks deux princes jnrerent , & qu'ih firent jurer aax 
deux sLrmies. 

La niort de cent mille Francois a la bataille 
de Fontenay ^penfer a ce qui reftoit encore de 
liable^ (e), que , par les querelles particulie- 
wes de fes rois fur leur partage , elle feroit enfin 
extevmin^e) & que leur ainbition & leur jalou- 
iie feroit verfer tout ce qu'il y avoit encore de 
.feng a r^pandr«; On fit cette lor, que la nobieiTe 
nfe feroit cdntfainte de fuivre les princes k la 
: guerre , que lorfqu'iV s'agiroit de d^fendr^ ferat 
contre uiie mvtfion ^mngevd Elle fiu tn ufage 
•pendant pk&on' fmles (fj. 



C H A P I T R E XXVIIf. 

Changismens arrivis dans les grdnds offices & dans 
la fiefs. 

It fembloit aue tout prit un vice particular , 
& fe corrompi^ en meme temps. Fai dit que, 
dans les prcrmiers temps , ptu^ieurs fie& ^toient 
ali6n^s a perpi6tuiti : maU c etoient des ca$ par- 
tkuliers » & ie& fief» en general confer voient tou^ 
jours leur propre nature ;6c,fi la touronne avoit 



(e) EfFcftirtmciit , cc fut !a noUtflpe quriit ce trait 么 
Voyez Nitard . Uv. IV. 

(/) Voyc£ la loi de Guy , Roi des Remains r par mi 
celles qui ont iti a'fout^es a la loi falique & i sfBe 
lies Lombards, tit, 6》 $. 2> dans Echard. 



178 t)E l'Esphit des t.ois , 
perd^ des fiefs, elle en avoit fubftitui d'autm; 
yai dit encore que la couronne n*avott jamais 
aliini ]es grands offices a pert^tuit^ (a), 

Mais Charles le chaute fit un r^lement gi- 
niral , qui afFeda ^galement & les grands offices 
& les fiefs •• il 6tablit , dans fes capitulaires , que 
les comt^s feroient donn6es aux enfans ducomte; 
& il voulut que ce r^glement eiit encore lieu poor 
ks fiefs. 

On vcrra, tout-i-Fheurc , que ce riglement 
re^ai une plus grande extenfion ; de forte que les 
grands , offices & les fiefs pafTerent a des parens 
plus j&loign^s. 11 fuivit de-1^ que la plupart des 
feigneurs , qui relevcnent imm^diatement de ki 
couronne , n,en releverent plus que m^diatement. 
Ces, comtesj qui rendoient autrefois la jaftice 
dans les plaids du roi ; ces comtes , qui me« 
noient lei homines iil>res a la guerre, fe troO- 
vercnt entre le roi & fes hommes libres ; & la 
puifTance fe trouva encore reculee d'un degr^. 

II y a plus: il paroit, par les capituiaires(cj, 

(a) Des auUttrs ont dit qjue hr comt^ de Toirioufe 
avoit ^t^ donate par Char les- Mattel, & paflfa d'h^ri- 
tieir en h^ritier jufqu'au dernier Raymond ; mais , (1 
cela eft, ce fut reffet de quetques circonftances qui 

Eurcnt engager a ckoifir le$ contes de Touloufe parmi 
iS enfans du dernier po(re(F(E;ur. 

(b) Voyez fon cagitulaire , de I'an 877, tit. ^3 ar« 
ticles 9 & 10 , apud Carifiacum, Ce capitulaire fe rap« 
porte a un autre de la mime aim^e & du mdme lietr 參 

(c) Le capitulaire fix , <I« I'an 811 , art. 7 ; 8c celui 
de Van 815 , art. 6 , fuf les Efpagnols ; le recueil des 
capttulaires , liv. V, article aife; & Id capitulaire de 
l*an 869, art. 1 ; & celo^" I'an 877 ^ art, 13 , 6dk, 
Baluz«* 广一 



L I V. XXVni. Chap. XXVIII. 179 
que les comtes avoient des benefices attaches k 
leurscomt^s , & des vadaux fous eux. Quand les 
comtes furent h^reditaires, ces vaflaux du comte 
ne furlsnt plus les vaflaux immtdiats du roi ; les 
b^n^fices attaches auz comtes ne furent plus les 
benefices du roi ; les comtes devinrent plus puif- 
fans, pares que les vaHaux quils avoient d^ji 
les mirent en ^tat de s'en procurer d'autres. 

Pour bien fentir rafToiblifTcment qui en rc- 
fulta li k 6n de la fecon4^ .race , il n*y a q\x*k 
voir ce qui arriva au comcnencement de fa troi« 
fieme, ou la multiplication des krfiere- fiefs mit 
le$ grands vaflaux au d^fefpoir. 

Citoit une coutume di| royaume (d)^ que, 
guand les ain^s avoient donni des partages k 
jeurs cadets, ceux-ci en faifoient homiiiage k 
I'ain^ ; de maniere que le feigneur dominant ne 
les tenoic plus qu'^en arri6re-iief. Philippe Augufte, 
]e due de Boureogne, tes comtes de Ke vers , de 
Boulogne , de uint Paul , de Dampiere , & au« 
tres leigneurs , declarerent (e) que dor^navant , 
foit que le fief fut divife par fucceffion ou autre- 
ment , h tout releveroit tou;ours du mime fei- 
gneur, fans aucun feigneur mo^^cn. Cette ordon-^ 
nance ne fut'pas g^neralement fuivie ; car, comme 
i'ai dit aiileurs , il etoit impoilible de faire , dans 
ces temps- la , des ordonnan'ces e^n^rales : mais 
plufieurs de r'os coutumes fe r^gierent la-deflus* 



(fl Comme il paroit par Othon de FriHRngue , des 
genes He Fr^d^ric , liv. ix , chap. 29. 

Voyez I'ordonnance de Philippe Augulle > die 
fan 1209 » dans le gouveaii recuetU 



i8o De l'Esprit des Lois 




C H A P I T R E XXIX. 



Dt la namn des fitfs defnus U regne de Charles 

LE CHAUVE. 

J,Ai dit que Cbarles le chauve voulut que, 
guand le poiTefTeur rfun grand office ou d*ufi 
ficf hiiTeroit en mourant un fils , l,office ou ]e 
fief lui fut donn^. 11 feroir difficile de fuivre le 
proei \% des abus qui en rifulterent , & de Kcx- 



7e trouve , dans les {vres ( des fiefs , qu*au 
conlmen cement du regne de rempereur Conrad* 11, 
ks ilefis , dans les pays cte fa domination , ne 

EaiToient point aux petits-fBs; ils paflbient feo- 
ment a celui des enfens (^^ du dernier po<- 
fefleur Gue le feigneur avoit choifi : ainii les fiefs 
flirent donnas par urie efpece d'ele&ion , que le 
{eigneur fit enrre fes enfans. 

J*ai exp!iqu6 , au chapitre XVII de ce livre , 
comment, dans k feconde race , la couronne fe 
trouvoit a certains ^gards ileftive ,& a certains 
egards h^r^ditaire. Elle ^toit hereditaire , parce 
'qu*on prenoit toujouys les rois dans cette race ; 
elle r6tok encoce , parce que les enfans fucc^- 
doient : elle 6toit ^leflive , pare- que le peupic 




(a) Ltv.I.tit. I. 

(^) Sic progrtffum tfi 、 ut ad filios deveniret in quern 
dominus hoc vtiUt beneficium confirmarc , ibid. 



L I V. XXXI. Chap. XXIX. i8f 



choifilToit cntre les enfans. Comme les chofes yont • 



fiefs , le meme efprit que Yon avoit fuivipour 
la fucceffion k coaronne. Abfi les fiefs ^aflerent 
aux enfans, & par droit de fucceifion & par 
droit d'^leftion ; & chaque fief fe trouva, comme 
la couronne , & ^leSif & h^ditaire. 



Ce droit d*eledion , dans la perfonne du fei- 
gneur, ne fubfiftou ( i Ypas du temps des aa* 
teurs («) des livres des fiefs , c eft-a-dire , foui 
le regne de Fempereur Fr&16ric I. 



C H A P I T R E XXX. 



Continuation du menu fujeu 

II eft dit , dans les livres des fiefs, que, quand 
Tempereur Conrad (a ) 严 tit pour Rome, les 
£deles qui itoient a fon fervicc lui demanderenc 
de faire une loi pbur que les fiefe, qui paflbient 
aox en&ns , paflaflent aufC aux petits- enfans; 6c 
que celui dont le frere etoit mort fans heritiers 
legitimes, put fucc^der au fief qui avoit appar* 
tenu a leur pere commun : cela fut accorde. 



(cj Au moins en Italic 8c en Allemagne. 
\i) Quod kodii ita ftabilitum eft, ut ad omnet aqua^ 
liter vcniat , lir. I des fiefs , tit. i. 

(«) Gcrarius Niger 、 & Auhertus dc '0rt9» 
\a) Liv. I d«s iiefs , tit. " 






tSx Df lTsprit DCS Lois ; 
, On y ajoute, & il faut fe fouvenir que ce!Ux 
qui p^^rlent vivoient du temps de rempereur 
Fr^dferic I ,、 " que les anciens iurifconfultes (c ) 
9 avoient toujours tenu que la fucceflion des nefs 
9 en ligne collaterale ne paflbit point au-dela des 
If freres germains ; quoiaue , dans des temps mo* 
V denies , on I'efit portee jufqu'au feptieme de*- 
n gre , comme , par le droit nouveau , onl'avok 
99 portee en ligne direfte jufqu a rinfini "、• Ceft 
sinfi que la loi de Conrad regut peu-i-peu des 
cixtenuons. 

Toutes ces chofes fuppoftes, la fimple lec- 
ture de rhiftoire de France fera voir que la 
perp^tuit^ des fiefs s'etablit plutot en France qu'ea 
Allemagne^ Lorfque Fempereur Conrad II com- 
men^a a regner en 1024, les chofes fe trouve- 
rent encore en Allemagne com meddles ^toient 
deja en France (bus Te regnc de Charles le 
chauve , qui mourut en 877. Mais en Fran- 
ce, depuis le regne de Charles le chauve , il fe 
fit de tels changemens , que Charles 】e fim- 
ple fe trouva hors d'itat de difbuter a une mai- 
fon etrangere fes droits incoHteftables a Tempire ; 
& qu'enfin , du temps de Hugues-Capct , la mai, 
fon regnante , depouill^e de tous fes domaines , 
ne pfit pas m6tne fomenir la couronnc^ 

La foiblefTe d'e(jprit de Charles le chauve mit 
en France une egale foibleffe dans I'^tat. Mais ^ 
comme Louis le Germanique fon frere, & quel- 
ques-uns de ceux qui lui mcccderent , eurent de 
plus grandes qualites , h force de kur eiat fp 
loutint plus lopg-teinpst 



(h) Cu)as I'a tjres bien prouvf 
(f) Liv, I des ficTs, tit. 夏, 



tiy. XXXI. Chap. XXX. i8| 
Que dis-]e ? Peut-^rc que I'humeur flegma- 
tlque ,&, 6 i'oTe le dire , rimmutabiliti de l,ef- 
prit d6 la nation Attemande, r^fifla plus long- 
temps que celut de \sl nation Fran^oife a cette 
jdifpofition des chofes, qui faifok'que les fiefs, 
comme par luie tendance naturelle , fc perp" 
tuoient dans les families. 

Fajottte que le royaume d'Allcmagne ne fiit 
pas devail^ , & , pour ainfi dire , an 豸 ami , comme 
}e fut celui de France , par ce genre particulier 
de guerre -que lui firent les Normands & les Sar- 
rafms. II y avoit moins de richeffes en AUcma- 
gne, mplns de Yillcs k faccager, ttioins de c6te$ 
% parcourir, plus de marais a franchif , plus de 
forets a p^n^trer.Les princes, qui nc virent pas 
^ ^aque infiant I'eta.t pret a tomher, eurent moins 
befoin de leurs v&iTaux , c'cft-a-dire , en d^pen- 
dirent moins, Et il y a apparence que , fi ks 
empereuTS d'Allemagne n*avoient M obliges de 
$'aller faire couronner a Rome, & de faire des 
expeditions com'tnueiies en Italic , les fiefs au, 
roient confervi plus long-temps chez eiu leur 
nature primitive. 

CH A PIT R E XXXL 

Comment I, Empire forth de la maifon 4t 
Charlemagne. 

Jji'fMPiRE qui , au prejudice de la branche de 
Charles le chauve , avoit d6ja ^tc donn^ aux M- 
- tards (<« )de celle de Louis le Germanique , pafl^ 



(fl) Arnovii , &. fon fils Lpuis IV. 



1^4 De L^EsPRiT DE$ Lois; 
eocore dans ime maifon ^rai^ere , par I'^lefiddit 
de Conrad, due de Francaiiie , I'an 912. i«a 
branche qui rignqit en Fr^ace , £c qui pouvoit 
a peine difputer des villages , ^toit encore moins 
en ecat de difputer rcmpire. Nous avons un ac- 
cord paflfe cntre Cb^rles k fmpls & I'empe- 
rear Henri 1 , qui avoit fuccM^ a Conrad. Oa 
I'appeUe le paSe de Bonn (h). Les deux princes 
fe rendirent dans un tmire qu'on avoit plac^ an 
milieu du RKin, & fe jurerent uoe amiti^ eter- 
tielie. On employa un me^io umine aflez boiu 
Charles prit le titrede roi de la France occidentale^ 
& Henri celuide roide la France orientale. Charles 
contra£la avec le roi de Germanie , & non avec 
lempefeur. 



C H A P I T RE XXXII. 

Comment la couronne de Fr&nct pajfa dans la 
maifon dt Hucxjes^Capet. 

neral des arriere^fiefs , 4tei|nkent le gouverne- 
rnent politique , & formerent le gouvernement 
feodaJ* Au lieu de cette multitude innocnbuLile 
de vailaux que les .rois avoieot eys , ils n'en eu* 
rent plus que quelques-uns , dont les autres 、 
penduyent. lies rqis n'eu^t pr«r<|ue plus dVu - 
totite dire^le : un pouvoir qui devoit paiPT^r par 



{h) De ran 916 , rapport^ p»r Aubert le Mire , cod, 
donatiohum piarum , cnap. 27. 

tant 



Li-v. XXXI. CifAP. XXXn.. i8j 
taint d*Sutres pouvoirs, & par de fi grands pou- 
voirs , s'arrlta ou fe perdit avant d arriver a fon 
terme. De fi grands vaflaax n'obeirent plus; 6e 
ils fe fervirent mSme de leurs arrieres-vaffaux 
pour ne plus ob^ir, Les roU, priv6s de leurs' 
domaines , r6duits aux villes de Rheims & de 
Laon , refterent a ieur merci. L'arbre etendit trop 
loin fes branches , & la tcte fe Hkha* Le royaume 
fe trouva fans domaiae , comme eft aujourd'hui 
rempire. On donna la courohne. a un des plus 
puiiians vaflaux. 

Les Normands ravageo'ient le royaume : ib 
venoient fur des efpec^s de radeaux ou de petits 
b4timens , entroient par rembouchure des rivie- 
res, les remontoient , & d&aftoiemle paysd^s 
deux c6t6s. Les villes d'Orlians & de Paris (of 
arretoient ces brigards ; & ils ne pouvoient a van- 
cer ni fur la Seine , ni fur la Loire. Hugues Capet, 
qui pofTedoit ces deux villes , tenoit dans fes mains 
les deux clefs des malheureux reives du royaume ; 
on lui d^f^ra une couronne qu'il 4toit feul en 
碰 tat de d6fendre^ Ceft ainfi que depuis on a donne 
f empire a la maifon qui tient immobiles les fron- 
deres des Turcs. 

JL'empire etoit forti de la maifon de Charlema- 
gne, dans le temps que I'h^rMit^ des fiefs ne 
s'^tablifTott que comme une condefcendance. Elle 
lut nri^tne plus tard i b) en ufage chez les Aile- 
fnaiads. que chez les Francois : cela fit que rem- 
pire , confid^r^ ^ornme un fief, fut ik&iL Au 



(j) Voyei le eaj>itu1«ire de Charles U chauve , de 
Pan 577 , apud Carifiacum » (ur I'tmportaoce de Paris , 
de faint Denys , & des chateaux fur la Loire , dans ce» 

V«ycx ci-deflus le chap. 30, page 182, 

、 Q '~ 



»S6 D£ t'EsPRlT DES LotS, • ' 

contraire, quand la.couronne de France (brtit die 
la maifon de Charlemagne » ks fiefs etoient r^el- 
lemem her^itaires clans ce royaume : ia couronne » 
comme un grand fief, le fut auiB. 

Du refte , on a eu grand tort de rejeter for 
k momecit de cette revolution tous les change 一 
mens qui etoient arrives ou c|ui arriverent dc- 
puis. Tout fe r^duifit a deux evenemens ; la fa- 
mHle r^gnante diangea , & la couronne 6xt unie 
i un grand fief» 

C H A P I T R £ XXXIIL 
Qiulqucs confiquencts de Id perpetmte dcs.fofs*. 

fulvit y de la perpe tultd: des ^(s >, que le droit 
d'ainefle & de primogeniture s'etabiit parmi les 
Francois. On ne le connoiiToit point dans la pre- 
miere race {a); la couronne fe partag^oit entre 
les'freres , les aleux fe. divifolent de m6me ; 6c 
Ijes fiefs , amjoviWes ou a vie , n'etant pas uiv 
objet de fuccefEon, ne pouvoient pas etre ua 



Dans la- feconde race , le titre d'enapercur qu'ai- 
voit Louis le debcnnaire , & doru il honorsL 
Lothaire , fon fils air,e, lui fit imaginer de don- 
ner k ce prince une efpece de primautiL fur fes^ 
cadets. Les deux rois {b\ deyoient aller trouver, 
FempereUt chaque annee, lui p^ter. 4es prefsnsji 



, (a) Voyei la lai falique & la loi des Rtpuaires au 
titre des aleux. 

(*) Voyez le capitulaire de fan 817,, qui contieifT 
le premier partage que Louis le debonnaice fit entce^ 
fe& enfans* 



Liv. XXXI. Chap. XXXIII. tij 

& en recevoir de lui de plus grands; ils devoient 
conferer avec lui fur les affaires communes. Ceft ^ 
ce qui donna a Lothaire ce$ pretentions qui lul 
reuffirent mal. Quand Aeobart (c>ecriyit pour 
ce prince , il all^gua la difpofition de rempereuc' 
meme , qui avoit aflbci^ Lothaire a Fempire p 
apres que , par trob jours de ^edne & par Is 
celebration des faints facrifices , par des prieres 
& des aum6nes, Dieu a volt kit cbnfult^ ; que 
k nation lui avott prete ferment, qu*elle ne pou- 
voit point fe parjurer \ qu,il avoit envoy 6 Lo- 
thaire k Rome pour etre confirm^ par le pape- 
II pefe fur tout ceci , 6c non pas fur le droit 
d'ainefle. II dit bien que rempereur avoit defiene 
- un partage 、 aux cadets , & qu,il avoit prkttri 
raine ; mais » en difant quil avoit pr^ftre I'ain 会, 
c'etoit dire en mSme 一 temps qu'i! auroit pu pr^« 
ferer les cadets. , 

Mais, quand les fiefs futent h^r^dkaires , I, 
droit d'aineHe s^ablit dans la fucceflion des fiefs; 
& par la m^c raifon , dans cellede la couronne , 
qui etoit le grand fief* La loi ancienne , qui for* 
molt des partage ne fubfifta plus : les fiefs etanf 
. charges d*un (ervice^. il fall oh qye le poffefleur 
fit «n ^tat de le rcmplir. On ^tabiit un droit de 
primogeniture \ & la raifon de la loi feodale for^c^ 
cells de la loi politique ou civile.- 

Les fiefs pafiant aux enfansdu poifeflfeur , le» 
feigneura perdoient la liberti d,en difpoler ; hi 
pour s'en d^dommager, ils ^tablirent un droit 
qu'oiT appella le droit de r achat , dont parleht 
nos coutumes, qui i« paya d*abord en figne di-* 、 



(c) Voyc2 fes deux lettres a ce fu)et , dont V'uRfl^ 
i pour tkre tU cUvifiont imgtrii* 



188 De lEsprit d£s Urn, 

re6te, & qui, par ufage , ne fe paya plus qu'en 

llgne collat^rale. 

Bientot les fiefs purent 6tre tranfportes auz 
etrangers, comme un bien patrimonial. Cela fit 
naitre le droit de lods & ventes , ^tabli dans pre" 
que tout le royaume. Ce$ droits furent d*abord 
arbitraires i mais quand la pratique d'accorder ces - 
permiffions devint generate , on ks fixa danscha* 
que contr^c. 

Le droit de rachat devoit fe payer \ cfaaqiie 
mutation d'heritier, & fe paya meme d*abord 
en ligne direSe (i). La coutume la plus gen^^- 
rale I'avoit fix^ a uhe ann^ du revenu. Cela 
ctoit on^reux & incotnmode au iFaCIal , & affeo 
toit , pour ainti dire ,4e fief. II obtintfouvent (e) , 
dans i'ade d'hommage , que le felgneur ne de- 
n>anderott plus poiu- le rachat qu une certaine 
fomme d*aTgent , laquelle , par les changemens 
atrfves aux monnoies, eft devenue de fluHe im- 
portance : amfi le droit de rach^ fe trouve au>* 
jourd'hut prefcpie r^duit a rkn , tandis que celui 
de lods & ventes a fubTifVi dUns toate (on Ven- 
due. Ce droit-ct ne concernant ni k.Taifal ni fes 
keritiers, iHnis ^tant nn ca$ fortuit <fti,on ne de* 
voit ni pr^voir ni attend re, on ne. £t point ces 
- fortes de fitpulations , & on continua a payer 
une certaine portion du pri 望. 

Loffque les fiefs ^ient a Tie, onne pouvoit 
pas donner une partie de fan fief, povt )e teoii 

II I • II ' II , { II I 鳴 

(i) Voyea I'or^nnaiic^ PHtlippr- Augufte , 

fan 1209, fur les fiefs. 

(«) Ofl trouve danr te> chartres plufievm de c«» 
<onve>)tions ,comme dans le capitulaire cie Vendome 
& cdui d« Pabbaye de S. Cyprien en Poitou 4oAfc M.. 
Galland , page 55 » a 4naaik dM eabtuiu^ 



Li V. XXXI. Chap. XXXIII. 18, 



pour toujours en arriere-fief; il eut etc abfurde 
qu'un (imple ufu fruitier eut difpofe de la pro- 
pri^te de la cKofe. Mais lorfqu'ils devinrent per- 
petuels 9 cela (J') fut permis , avec de certaines 
reflri6lions que mirent les coutumes ( g、 ; ce qu,on 
.appella fe jouer de fon fief. 

La perp^tuitd des fiefs ayant fait ^tablir le 
droit de rachat, les fiUes purent fucceder a un 
fief, au defaut des males. Car le feigneur don - 
mnt le fi^f a la fille , il multiplioit les cas de fon 
.droit de rachat , parce que le mari devoit le payer 
comme la fern me (A). Cette difpofition ne pou- 
voit avpir lieu pour la couronne ; car , comme 
die ne relevoit de perfonne , il ne pouvoit point 
y avoit de droit de rachat fur elle. 

La fille de Guillaume V , comte de Touloufe , 
^ fucc^da pas a la comt 么 Dans la fuite , Alienor 
fuccieda a I'Aquitaine, & Mathilde a la Norman- 
die; & le idroit de la. fucceffion des fiiles parat 
<)ans ces temps-la fi bien 台 abU , que Louis le 
jeune , apr^s la diiTolutton de fon mariage ayec 
Al.^nor , ne fit aucune diificuhe de lui rendre ia 
Goyenne. Coxnme ces deux deriiiers ex€mp}es 
fuivirent de tr^s ptks ; le premier, il faut que k 



£on des fiefs , fe foil introduite plus tard (i) dans 
la comt^ de Touloufe , que dans ks autres pro- 
vinces du royaume. ' 

(/) Mais on ne pouvoit pas abr^ger le fief, c'eft-a" 
dire, en ^teindre ime jxortion. 

(g) £Ues fnerent la ]K>Ttion dotit on pouvoit fe 
jouer. 

(h) Ceff pour cela €gM te feigneur contraignok l» 
,6uvc de fe remarier. 

(i) La pliiptrt des grandes maifons avoient leurs 
lois de fuccemon partkulier«s. Voyez ce que M, de ki- 
Thaumafllere nous dit for te> mai^ns do Ben" 




La conftitution de divers royaumcs de I'Eir^ 
fope a fuivi F^tat a£bel oil itoient les fiefs dant> 
les temps que ces royaumes ont ^te fond^s. Les 
femmes ne fuccederentni a la couronne de Fhince, 
ni a Fempire ; parce cpie, dans retabliffeinent de 
ces deux monarchies, les l^tnmes ne pouvoienC 
iucceder aux fiefs : mais elles fuccederent dans les 
royaumes dont r^tabliiTement fuivit celiii de la 
perpetuite des fiefs , tels que ceux qai furefnt fow- 
d^s par tes conquetes des Normand», ceux qui 
\e furent par les conquetes faites fur les Maures; 
d'autres enfin , qui , au delar des Ihnites^ de I'AUe^ 
inagne, & dans des temps aiTez modernes , pri*- 
rem en quelque Csqon une feconde nalfiance par 
FetabliHement du chriAianifme. 

Quand^ les fiefs 6toient ,ainovibIes , on les don- 
noit a des gens qui ^toient en erat de les fervir ; 
ti il n*etoit point que&lbn des minQurs. Mais 
qaaQcl lis furent perpetuck (k) , les feigneurs pri- 
rent le fief jufqu'a la majorite , foit pour aug- 
mcnter lews profits , foit pour fatre Clever le 
pupille dans Kexercice des armes. Ceft ce que 
nos coutumes appellent la garde-noble , laquelle 
eft fondle fur dautres prineipes que ceux de la 
tuteile ,& en eft enfierement diftin£te, 

Quand les fiefs eroient a vie , on f« rccom*- 
mandoit pour nn fief; & la tradition r6elle , qui 
fe faifoit par le fceptre , conflatok le fief, comme 
fait auiourd'hui rhommage. Nous ne voyonspa» 



(ft) On voit dians le capitulaire de I'ann^ 877 , afuS 
CanjUcuM , article j, edition' de Baluw , tome il , 
pag. 169 , le moTient ou les Rois firent adminiftrer ler 
fiefs , pour le; conferver airx tnineirrs : exemple qav 
rfiu fuivi par les- feigneurs , & donoa I'origjine "e^ue? 
•o-w appellgAS U garde-uoble^ 



L X V. XXXI. Chap. XXXIIf. tji 
i[ue les comtes , ou m^me les envoyes du roi , 
re^uffent les hofntnages dans ies provinces ; 6c 
Wte fon^ion ne fe treiive pas dans les com mi f- 
ilons de ces officiers qui nous ont ete confer 
dans les capitulures. 11$ taifoKnt bien qiielquefois 
priter le ferment <Je fide'it^ {1) a tous les fo)€ts;, 
mais ce ferment ^tok fi peu un hommage de 
nature^ de ceux qu'on ^tabiit depuu , que , dans> 
ces derniers , le ferment de fld^lite dtoit une ac* 
tionjointe a rhommage ( m>, qui tantot ftiivoit 
& tant&t pr^c^doit I'hommage , qui n'avoirpoint 
lieu dan» tous les hommdges , qui fut moins i*o - 
lemnelle que rhommage, & en etoit enttdrement 
diftinfte. , 、 

'Les comtes & les envoyis <fu roi faifoient 
encore , daiur le» occafkions , clonner aux vaf- 
faux (n) dent la fid^lit^ ^toit fufpedle , une aflu- 
tance qu*on appelloit firmitas mais cette aflU— 



(/) On cn trouve la formule diins le capitulaire ir 
l,an 801, Voyez. aufll celui de fan 854, art. 15 ^ 
& autrcs. 

(wi) M. du Cange , an mot Hominiurtu, page 11^5 
& au mot 'fidcUtas-t page j^jj^ , cite les chartrcs des 
anciens hommrges , oii ces differences fe troiivent , &. 
grand nombre d'autorit^s qu'on pent voir. Dans I'honv 
md^e , le vaffal mettoit £a main dans Mlledu feign eur^. 
& |uroit : le ferment de fid^it^ fe faifoit en jurane 
'f«r les ^vangiles. L'hommage fe faifoit a genoux ; le* 
ferment de fidelity debaut. II n'y avoicqiie le feigneur 
<jui pftr recevoir 卩 hommage ; mais fes officiers pou- 
voient pren(1re le ferment de fidelity.. Voyea Litleton , 
CtSi. 91 & 92. Foi & hommage , c'eft fidelit^ & hom- 

(n) Capitulaire de Charles le chauve , de. I'an , 
pofi redUum a Confiuentibus arU 3 ^dit* de Bfulaze.,, 



•tQ2 De L*EsPRtT DES LoiS ; 

ranee nc pouvoit etre un hommage, puifquele^ 
rois ( 、 fe la donnoient entr'eux. 

Que fi rabbe Suger (p) parle d'une chaire 
de Dagobert , ou , felon le rapport derantiquit^ , 
les rois de France avoient coutume de recevoir 
les hommages des (signeurs , il eft dair qu'il em - 
pl6ie ici les idees & ie langage de fon temps. 

Lorfque les fiefs pafTerent aux h^ritiers , la 
reconnoifTance du vaflal , qui n'etoit dans les pre- 
miers temps au'une chofe occafionnelle , devmt 
une adion rdglee : elle fut faite dune mamere plus 
^datante, elle fut remplie de plus de formalites ; 
parce qu'elle devoit porter la m^moire des de- 
voirs r^ciproques du feigneur 6c du vaflal dans 
tous les ages. 

Je pourrois croire que les hommages com- 
Stencerent a s'^tabllr du temps du roi Pepin , 
cjui eft le temps ou )*ai dit que plufieurs b6n4- 
lices 'furent donnos a perpetuit^ : tnais je 】e croi-» 
rois avec precaution , & dans la fuppoittion feule 
que les auteurs des anciennes annalesdes Francs fq\ 
n'aient pas ^te des ignorans, qui, d^crivant les 
c^r^monies de I'afie de fid^Iit^ que Taflillon , 
due de Baviere, fit a Pepin , aiept par)£ (r) fui- 
vant les ufages qu'ils voyoient pratiquer de leur 
temps. 



m '- {o\ Ihid. art. i. 

If) Lib, dt at(minifiration€ fuS: 
fq) Anfio 7/7 , chap I7- \ 
(r) Tajfillo vtrtit in vaffatico fe c&mmendans , per «kr- 
fius facramenta jitrayit multa & innumerakilia , reli* 
suiis fanciorum manus imponens , '& fdeiitatem promift 
Pippino. II fembreroit q<i'il y auroit la un hommage & 
un ferment dc fid^Ut^. Voyex i U page , 1» 
note (!»)• 



Liv. XXXI. Chap. XXXIV, 19) 



; «^、\^-*\^、.、;-、 、,乂 《^*^、、,、:^:^ 二 《— 



C H A P I T R E XXXIV. 

Conmusaan du mime fii}et. ! 

C^UAND les fiefs 叙 oient amoTiiiies: on & 

nappartenoient guere qu'aux lois politiqoet; 
c,eft pour cela que , dans les bis civiles de c0s 
temps- la ^ il eft fait H pea de aention des loH 

C^es fiefs. Mais , lorfqn'iis deviarem fa^r^hairet, 
cju'ils purent fc donner , fe vcndre , fe 16guer , 
iisappartinrent Sc aut tois poittfques6c aux lois ci« 
viles. Le fief, confid^re cornme twc ebligation 
att fervke niilitaire j tenok au droit poJttique ; 
^.^Jidiri coflime ufi genre de hnen qm ^toit dans 
le commerce, il CMoit «tt droit civil. Cela dorun 
nai/Tance aux lois civUes fur les fie&, 

Les fiefs 6tant devenus h6r6ditaires, les lois 
Concemant I'ordrS des iuccei&oiU dwent itrt 
€ehtkt68 k k perp^uiti des fiefs. Akifi s'itabHt , 
nialgr^ la diip.ofition du droit Romain 6c de la 
ioi lalique {'Sjl *cette rfegle du dfoit Frahfofs • 
prcpres nc rtmontent point 、乡、 • II falloit que ie 
mais a'ieul , un grand oncle • 
^oroient kx^ de miuvait vailaux a donner au f«i* 
gneur : auffi ' cette regie ti'cut-eUe d'aberd lieu 

• que pour les fiefs , comme nous Fapprenons de 
Soutiilier (c\ 



(4) All titre des aleux. 
(3) Llv. lY fiudis , tit. 5f. 
(f) Somme rurale , lir. I , tit. ,6 , p, 447. 
T 囊 IV, R 



De l'Esprxt d£s Lois ; 
Les fiefs ^ant devenas h^r^ditaires, les fci- 
Efiturs qui ^evoient yeiiler a ce que je fief CAt 
lervi , exigerent que les filles ( d) qui devoient 
fuccider au fief, & ie crois , quelquefois ies mi- 
les, ne puflTent it marier fans leur confentement ; 
de forte que les cpntrats de mariage devinrcnt, 
pour les nofeies, une difpofition civile. Darisun 
afte pareil , fait fous les ycux du fdgneui:, on fit 
det difpofkions pour la fuccelBon ^tore , dans 
la vue que k .fief put ^re fervi par les h&titkrs : 
aufU l9s feuls nobles eorent-ilsii-abord la libeiti 
difpofer des fucceffions futures par contrat de 
manage I'ont remarque Boyer ( -) & 

Aufrerius (/). 

II eft ioBtiie de dire que le retrait lignager » 
£otnd6 fur raockn drcHt des parens , qui eft im 
. inyftere de none aacienne jurifprudence Fran- 
Soife que )e n'ai pas ie temps de dtvelopp^F • 
:Ae put avoir li£u a regard ^ef$ , que lorf- 
qu'ils devbreni p^rpituelst 

Italiam , Italiam" 一 (g)* Je £ab le trait^ des 
fiefs oil la plupart des auteurs I'om covamenci. 



Suivant une ordonnanct de S, Louis , de ran 
, pour conftatcr le$ coutuMes <!*A«}ou & du 
•Maine, ceux qui auront le bail d'une fiUe b^ritiejce 
: d'un &ef donneronc airurance au fcigfieor qu'dle ne 
fera marleie que fon conCentement. ' 
MDecif. i55,n*.S; & icH,n。. 38. 
(/) In cApeU* ThoL decifion 4^5. 
iEa^ide , liy. in , v«s $13. 

fin ^ fEffru d(s UU. 




D E S : ' 

LintES ET CHAPITRES 
Contenus dan$ ce lVe. Volume. 



L I Y R E XXIX. 

X>/ la manUrt de compofer Us lols* 

Chapitre L LJt t efpm du Icajlataify pa« j 
Ch. II. Conthwation du meme- fujtt, 4 

Ch. IIL Que Us loU qui paroijfcnt 

ioigncr des vues du Ugifiate)ar , 
, font fintvent conformed. J_ ― 
Cb. IV; Dts l(Hs qui choquint Us wes 

du legijtateur. 6 
Ch. V. Continuatwh du mime fujtt. ibid. 

Ch. VI. Que Us loiS' qui paroifent Us 

memes , nont pas toujours U 

mime effete 7 
Ch. VII. Cormnuatim du meme fujet. AT" 

ceffiti dc bicn ewnpojer Us his • 
、 8 

Ch. VUI. Que les kh qui paroiffent les 
mims , nont pas toujoufS eu 
, le mm motif, 9 
R % 



1^ TAB 11., 

Cu. IX, Que Us . lots Grecques & Ro^ 

mamts onupuni - i/wnicU^ de 
- Joi mem€ , *pins avoir U mm€ 
motif,* lo 
Ch. X. Qui Us hm qui parotffent ovr- 

、 traires , dirivtnt quelquefais dm 

Cif. Xf. * *De quelle maniere deux his 

nrfcs peuvfnt itre €on^are£s* 
.' ' '• . -- ' -' - 一, 13 

Ch. XIL Que hs his qui paroiffait 

minus , font rftlUmnf ^mlquc- 
'foils diffirenus, 14 
Ch. XIIL . Qu'il nf fauf point fep^rtr Us 
. his de Mjit^our Uqucl elUs 

font /kites, Vea his Romairus 
\ fur .U vol, 15 
Ch. XIV. 、 Qu'il ne faut point ppanr Us 

his dts circonftances dans hf - 

qwtlks iUcs ont i$€ fgkfs. 18 
Ch. XV. QhU tfl hn qutlquefois quimt 

loi h corrkf tUc-mem* I, 
Ch. XVL Chof^s a ohfirver dans U con^ 

fiuon dislps. 10 
Ch. XVIL Mauvaife tMfUire dt dommer dt^ 

l(HS. a6 
Ch. XVnt Pis id€4i <tuniformit€\ 28 
Ch, XIX. 、 XI" Ugifkteurs. af 



DES CHAPITRE5. f^j 

LI V RE .XXX. 、 



Theont da loh fiodatcs ckei Us France ^ 
ibi^ 'U rapport qudUs.ont avi^ Cita^ 
m ument dt la Monarchic. 



Cn. II. 

Ch. IV. 
Ch. VL 

Ch. m . 

Ch, Vin. 
jCh. IX. 



Ch. X. 
Ch. XI. 
Ch. XII. 



Ch. XIIL 

Cs. xiyr 



1>t$ loiis fiodahs, 39 
' Des fgurai d" lois feodaus. 

3» 

Orlffp$ dn yaffcUp. 3 ^ 
Continuation du meme fujet. 34 
De h C9nquit€ dcs jpranet. .3 J 
、D" GQtks , dcs Bourguignons 
6» dfs Frm". 36 
DiffirenUi mofucres de partagir 
ks ferrif, 二 - J7 

vimtion du mime fujeu 38 
application dc la loi des 
^rgujgnQns & dc ccUe 
Wijigoths fur U partage des , 
terres, 39 
Dis fervitudes, 4 墓 

Cpndnuation du mim fujtt, 43 
Que Us ttrr" du partake des 
harbam nc fiay^unt jmwu <fr 
tribuUp 48 
Qiiflk^ itoUnt les charges des 
Romains & des Gaulois dans 
U mcndrchie des Frahu* {ft 
'D< "fiToa appdhit Cenfus. 56 




igS TABLE 

.CHi XV. Que ce quon appelloit cenfus tu 

ft levoit que fur Us firfsj €^ 
non pas fur Us hommes lihrcs. 

58 

Ch. XVI. Dts Uiidis &u vaffaux. 6t 
Cu. XVII. Du firvicc militain dts h&mmes 

hbru. 65 
Ch. XVIIL Du double fetvia. 69 
Ch. XIX. Des cvmpt^fiions^ cke^ Us peupks 

harbarts 73 
Ch. XX. Dt ce que Fon a appelU dtpuis 

la jufiic4 dts ftipieurs, 75^ 
Ch. XXI. De la juftice territoriaU des 

化 Ufis. 85 
Ch. XXII. Qui Us ju^es itoUnt itahUcs 

ayant la fin de la ficandt race. 

88 

Cb. XXIII. Idie gMrak "livr€ de tEui^ 

de la monarchU 
Frangoift dans Us GauJes , 
par M. I^Ahbi DvBOS. 93 
Cu. XXIV. Candnuanon du mem fujet. R" 
flexion fur ie fond {ki fyftaiu. 

54 

Ch. XXV. D《 li fuAUjJi Frao^oifi. 99 



I V R E XXXI, 



Thioric des Ids fiodalts chc^ Us Francs , 
dans U rapport qudUs one avcc Us rc', 
volutions de Itur monarchic. 

Chapitre I. Chofmmins dans la offices & 





DES CHAPITRES 19^ 
Comment U gouvemaiufU civU 
fia rcformL 114 
jiutoriti dcs Mains Ju Palais. 

"9 

Qutl imt^A tdgardJis Moires , 
' de la nation. ii« 
Mains ebunrtnt U, 
、處 nt des armies. 1 24 
Ucntent 
la premiere race, 
126 

Dts fjrands offices d» des fitfs, 
fous Us Moires du Palais. 

\x% 

\ Us aliux furent chan* 
tn fiefs. 130 
mtnt Us hiens tccUfiajUques 
furent conv^rUs en fiefs. 154 
Rkhcffes du CUrgl 136 
Em dc I, Europe At temps de 
Charmss-Martel. 138 
Ch. XII. Etabliffcmens des dimes, 142 

Ch. XIIL Dts iUmms aux iyichis & 
Mayes* I47 
Cp. XIV. Dcsptfs dc CHAtttES^MAMMU 

• . M* 

Gh. XV. Cormnuatton du mem fitjtu 149 

Ch. XVI. €onfufio, dc la wyauti & it 
U mairtne. Sccondt race, 董、。 

Ch. XVIL Choft partkuUere dans NUSion 
des Rots dc la feconde ract. 

Ch. XVIIL CharlemagnM. i;^ 
Ch. XIX. Condnuadon du menu fuja. 157 

JCH. XX. LE DXBOirNAlRE, icg 

Ch. XXL Continuation du mem fujtt. i6» 
Ch. XXIL Condnuadon du mtm fv^tu 162 



Ch. II. 
Ch- ilL 
Ch. IV. 
Ch, V. 
Ch. VL 

Ch. VIL 

Ch. VIII. 

Ch. IX. 

Ch. X. 
Ch. XL 



^ A B L fc 



Ch. 
Ch. 



406 

Ch; XXIIL . Continuation du mime fujtt. t$4 
Ch. XXIV. Que Us hommis librcs furent 
rtndus capatUs dc poffcdcr des 

CAt)SC PRIKCIPALE D£ L^At^FOIBLISSEM^T 
Di LA 5£C01<iO£ RACE. 

XXV. ^hofigement Jans ks aleux, 176 

XXVI. Ckangement dans Us fiefs. 174 
Ch. XXVI I. Autre ^changmmtarriv^ dans Irs 

'- 。• • faf}.' • 176 

Ch. XXV hi. Changmcns arrives dans Us 
\ grands affcts & dans Its fiefs. 

177 

Ch. XXIX. De la nature des fiefs depuis le 
, regne de CJffARiES IE chaV- 
V£. 180 
Ch. XXX. Cdntirmanm du meme fujet. 181 
Ch. XXXIr Comment I, Empire fortix dt la 
lhaifm dt Charlemagne. 
Ch. XXXII. Commtnt la eouronne dt France 
paffa darts la maifon 4e Hi/- 
Gt/ES 一 CA^£r, 184 
'Ch. X'XXIIL Qtui^tres ttnfcquencci dt la per- 
- \ . pemte des fiefs. ^ , 186 

Cm. XXXfX, Commuadon -du mm*fnjet.' 4 y j 



Fin deb Table* 



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